Le caporal Frederick Percival Bousfield

Le capitaine Scott McDowell était très jeune, huit ou dix ans à peine, quand il a entendu le nom de Percy Bousfield pour la première fois. Ainsi se nommait l’un de ses arrière-grands-oncles qui avait pris la mer et bourlingué dès 14 ans avant de s’enrôler dans l’armée et d’être tué au front occidental en 1916.

La dépouille du caporal Bousfield, signaleur de 20 ans incorporé dans le 43e Bataillon (Cameron Highlanders of Canada), était introuvable, et sa dernière demeure inconnue. Mais, la légende perdurait dans sa famille.

La grand-mère maternelle de McDowell était une Bousfield, et c’était un parent dont il entendit souvent parler en grandissant, même s’il ignorait que des recher-
ches étaient en cours. Il ne savait pas non plus que le nom du soldat inconnu était inscrit au Mémorial de la Porte de Menin, à Ypres, en Belgique, parmi ceux de plus de 54 000 combattants de l’Empire britannique.

(page 6-7-8-9) Le souvenir de Frederick Bousfield s’est perpétué dans la légende familiale. Il existe foule de photos, cartes postales, lettres et souvenirs de l’ancien matelot. Bousfield naviguait de par le monde lorsque sa famille a immigré d’Angleterre au Canada et s’est établie à Winnipeg en 1912.

En aout 2022, McDowell, officier de carrière dans le renseignement, fut muté à la Direction de l’histoire et du patrimoine des Forces canadiennes à Ottawa en tant qu’officier responsable des journaux de guerre. Il travaillait dans l’un de ces banals édifices en briques quand, trois mois plus tard, ses collègues et lui ont été convoqués à une grande réunion. C’est alors qu’un haut gradé a annoncé qu’une équipe d’enquête avait identifié la tombe du caporal Frederick Percival Bousfield.

« La Terre s’est arrêtée de tourner pendant un instant, nous a confié McDowell. Je me suis dit : “mon Dieu, c’est Percy.” J’étais sidéré. La probabilité était quasiment nulle. C’est complètement fou. Je n’ai pas entendu un traitre mot du reste de la réunion. »

(page 6-7-8-9) Le souvenir de Frederick Bousfield s’est perpétué dans la légende familiale. Il existe foule de photos, cartes postales, lettres et souvenirs de l’ancien matelot. Bousfield naviguait de par le monde lorsque sa famille a immigré d’Angleterre au Canada et s’est établie à Winnipeg en 1912.

Bousfield fut tué lors de la bataille du mont Sorrel le 7 juin 1916 en Belgique. Enlevée aux Canadiens, la côte du saillant d’Ypres fut reprise au fil de deux semaines d’âpres combats. Les unités alliées perdirent 8 430 hommes en 12 jours.

« Il avait quartier libre à ce moment-là, mais il n’est pas resté oisif, et malgré l’épouvantable déluge d’obus, il a fait un superbe travail en portant aide à nos blessés, écrivit Horace John Ford, alors capitaine de sa compagnie, à la mère de Bousfield.

C’est en soulevant l’un de ses camarades sans défense qu’un obus a éclaté à ses pieds, alors vous comprendrez que ce brave garçon n’a pas souffert du tout, et bien que sa mort soit une profonde douleur pour ses proches, ils peuvent tout de même rendre grâce à Dieu et le remercier de la manière dont cela est arrivé. Il accomplissait une œuvre salutaire pour soulager la souffrance, et il l’accomplissait bien et de façon noble, sans peur ni sans songer à récompense. »

La dépouille de Bousfield, anglais de naissance, fut couchée dans une tombe temporaire aux côtés d’autres, derrière un chalet près de l’église de Zillebeke, non loin du lieu de sa mort. Elle fut marquée d’une simple croix en bois, qui devait être remplacée par une pierre tombale blanc ou gris pâle comme celles dont sont parsemés les terrains de cimetière militaire après le transfert des tombes du champ de bataille.

Des milliers de tombes temporaires semblables furent créées à la hâte sur les champs de bataille de la Grande Guerre ou aux alentours. Étant donné la nature stagnante des combats, ils étaient souvent piétinés à maintes reprises, endommagés par le feu de l’artillerie et détrempés par les pluies. Beaucoup se retrouvaient sous les bottes des soldats, d’abord celles de l’ennemi lorsqu’il avançait, puis sous celles des Alliés reprenant l’avance vers l’est. Les terrains étaient inévitablement détruits, et les lieux d’un grand nombre de tombes, par ailleurs documentées, anéantis.

Ainsi fut le sort que connut la dépouille de Bousfield.

Le 14 septembre 1923, une pierre tombale du cimetière de Bedford House, près d’Ypres, fut portée au registre : « A Corporal of the Great War—Canadian Scottish—Known Unto God » (Un caporal de la Grande Guerre – canadien écossais, connu de Dieu, NDT). La dépouille avait été transférée avec d’autres de Zillebeke en février. Elle ne fut pas identifiée et la date de la mort resta inconnue, bien que l’on confirma que dans les autres tombes étaient des victimes de la bataille du mont Sorrel.

« J’ai le regret de devoir vous informer que bien que le quartier du sud-est d’Ypres où le caporal
F. P. Bonsfield [sic] aurait été enterré ait été fouillé, et que les dépouilles de tous ces soldats enterrées dans des tombes éparpillées à l’écart aient été enterrées à nouveau avec respect dans des cimetières afin que les tombes puissent être entretenues à jamais comme il se doit, la tombe de ce soldat n’a pas été identifiée », est-il écrit dans une lettre de l’ancienne Imperial War Graves Commission, devenue la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth.

Une carte postale que le matelot de 14 ans Bousfield écrivit à ses parents en 1910.

Bref, Percy Bousfield était perdu, mais pas oublié. Pour un homme de l’époque de 20 ans, il avait eu une vie incroyablement riche et bien documentée, et presque un siècle plus tard, des photos, des lettres et des histoires de ses aventures et de sa mort pour une noble cause s’échangeaient dans sa famille.

Puis, en octobre 2019, la Direction de l’histoire et du patrimoine reçut un rapport de la commission qui détaillait une possible identification de la tombe 68, rangée C, lot 11 dans la division no 4 à Bedford House.

La commission, qui gère plus de 1,1 million de tombes militaires dans plus de 23 000 lieux et dans 150 pays et territoires, avait reçu trois « rapports très détaillés » de chercheurs indépendants indiquant que la tombe était celle du caporal Frederick Percival Bousfield.

« La Terre s’est arrêtée de tourner pendant un instant. La probabilité était quasiment nulle. C’est complètement fou. »

La Direction lança sa propre enquête avec l’aide du Programme d’identification des pertes militaires des Forces canadiennes, de la Forensic Odontology Response Team et du Musée canadien de l’histoire.

Des journaux de guerre, des états de service, des registres de victimes et des rapports d’exhumation et de transfert furent épluchés. La Direction conclut que la tombe ne pouvait être que celle du caporal Bousfield. Les détails de l’identification partielle ne correspondaient à aucune autre personne.

Renée Davis est historienne civile à la Direction de l’histoire et du patrimoine et chargée de recherches principale au Programme d’identification des pertes militaires. Avec une petite équipe d’historiens et d’étudiants en enseignement coopératif, elle mène des recherches et analyse des dossiers portant sur des tombes, ce qui diffère considérablement de l’identification de dépouilles retrouvées.

« Habituellement, on est face à une pierre tombale sous laquelle repose un inconnu, mais pour une raison quelconque, un identifiant d’unité, une date de décès, ou quelque chose de ce genre qui suscite l’intérêt [d’un chercheur indépendant], nous a-t-elle expliqué.

Alors cette personne entame des recherches et rédige un rapport pour la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth. »

La commission effectue ensuite une analyse préliminaire du bien-fondé de chaque dossier, puis remet au pays concerné un rapport avec ses conclusions et celles des chercheurs indépendants, ainsi que ses recommandations.

« Bref, Percy Bousfield était perdu, mais pas oublié. Presque un siècle plus tard, des photos, des lettres et des histoires de ses aventures et de sa mort pour une noble cause s’échangeaient dans sa famille. »

C’est à cette étape que l’équipe de Davis intervient. Elle enquête et rédige des rapports accompagnés de recommandations au Comité d’examen du Programme d’identification des pertes militaires sur l’identification catégorique de pierres tombales. Elle n’effectue pas d’exhumation.

Davis explique que son équipe peut identifier de façon sure deux pierres tombales sur dix dans les dossiers qu’on lui confie. Onze des 46 identifications qu’elle a réalisées à ce jour ont été accomplies à partir de stèles, les autres, à partir de dépouilles. La grande majorité sont de la Première Guerre mondiale, où la proportion de disparus au combat fut bien plus grande que lors de la Deuxième Guerre mondiale.

À l’heure où nous rédigeons cet article, le Programme d’identification des pertes militaires se concentre sur 40 enquêtes concernant des dépouilles et sur 38 concernant des tombes.

« On se sent très proche de ces personnes. C’est du concret, note Davis. Des fois, les dossiers comme celui-ci peuvent être bouclés, et c’est merveilleux.

« Mais, assez souvent, il n’y a pas suffisamment de preuves pour affirmer avec certitude de qui il s’agit, ce qui est parfois un peu déchirant. »

Aucun autre profil ne cor-respondait aux rares détails sur Bousfield.

« La famille est chanceuse que Percy était caporal, car sa tombe l’identifiait en tant que tel et en tant que Canadien, et les écrits indiquent qu’il était membre du régiment Highland, souligne Marjorie Bousfield, historienne de la famille et cousine au deuxième degré Marjorie Bousfield. Alors cela limitait vraiment les possibilités.

« Si seul “soldat inconnu” avait été inscrit, il n’y aurait eu aucun espoir, tant ils sont. Dans le cimetière de Percy à Bedford House, il y a [5 139] tombes [du Commonwealth], dont [3 011] ne sont pas identifiées.

« C’est vertigineux. C’est vraiment vertigineux. »

Marjorie Bousfield avait retracé les années de marin de son grand-oncle en parlant avec ses frères et sœurs. Elle avait retrouvé les noms de bateau où il avait travaillé et les nombreux endroits qu’il avait visités. Elle avait aussi découvert des croquis de sa main (il était dessinateur) et des lettres et cartes postales qu’il avait écrites.

La famille, dit-elle, « ignorait complètement qu’il était là-bas », au cimetière de Bedford House, avant que McDowell ne s’assoie à la réunion de la Direction de l’histoire et du patrimoine.

« Cela m’attriste qu’il n’ait pas pu vivre toute sa vie, explique-t-elle. Et c’est encore plus triste quand on multiplie ça par le grand nombre de jeunes hommes qui ont fait la Première Guerre mondiale; un nombre astronomique. Et on pense aux répercussions sur ses proches au pays, car c’était un frère que l’on chérissait vraiment.

« Mais moi, je me sens heureuse. Ce n’est pas comme quand les familles reçoivent des avis de l’armée, ce qui est toujours triste. Nous savions déjà qu’il était mort, donc il n’y a pas cet impact immédiat de tristesse et de tragédie. Nous pouvons donc nous réjouir de savoir où il est. »

Contrairement aux noms de disparu inscrits sur le Mémorial national du Canada à Vimy, en France, qui restent même lorsqu’un disparu est identifié, le nom de Bousfield sera enlevé de la Porte de Menin.

Le soldat Harry Atherton

Harry Atherton n’avait que 19 ans quand il quitta les usines, fonderies et houillères de Tyldesley, sa ville industrielle du nord de l’Angleterre, et qu’il arriva au Canada pour commencer une nouvelle vie.

Il n’aurait pas pu trouver plus loin ou plus différent de chez lui quand il s’est installé à McBride, en Colombie-Britannique, un village des Rocheuses dont la population, même en 2021, n’était que de 588 âmes.

Mais, pour un charpentier comme Atherton, un endroit comme McBride était une promesse de prospérité en 1913.

Loin de la route romaine qui traversait sa ville natale où l’urbanisation et l’industrialisation avaient pris racine au XIXe siècle, McBride était un nouveau village situé au mille 90 de la Grand Trunk Pacific Railway. Une gare était en construction sur ce qui allait devenir la rue Main. Les lieux se développaient grâce à l’agriculture, l’exploitation forestière et la voie ferrée.

Cependant, Atherton ne verrait pas beaucoup plus d’aménagement que le petit édifice avec la plateforme et la pancarte « McBride ». Un an après son arrivée, une guerre mondiale éclatait en Europe, guerre d’où il ne reviendrait pas.

En mars 1916, Atherton, qui était alors un artisan de 23 ans, prit le train vers Edmonton, à l’est, où il s’enrôla dans le Corps expéditionnaire canadien.

En juillet, il était en France, au combat sur le front occidental en tant que membre du 10e Bataillon d’infanterie canadienne.

En aout, Atherton prit le chemin d’une des batailles les plus sanglantes de la guerre, celle de la Somme.

Il reçut une balle à la cuisse gauche le 26 septembre 1916, lors de l’assaut des fortifications allemandes de Thiepval. Ce fut l’une des 241 victimes du 10e Bataillon. Comme c’était souvent le cas avec la boue et la saleté du temps de la guerre en France, la plaie s’infecta. Atherton resta hospitalisé 72 jours et on lui permit de retourner au front en mars 1917.

Il semble qu’il ne participa pas aux combats à la crête de Vimy, mais il avait rejoint le 10e à la mi-mai et il prit part à ceux de la côte 70 au mois d’aout. C’est là, en périphérie de la ville minière de Lens, que les quatre divisions du Corps canadien commandé par le lieutenant-général Arthur Currie se mesurèrent à cinq divisions de la 6e armée allemande. Il fallut 10 jours pour arracher la côte au sol crayeux des mains des Allemands.

Les canons canadiens et britanniques lancèrent presque 800 000 obus sur plusieurs jours avant de passer à l’attaque. Les fantassins avançaient sous le couvert d’un rideau de fumée et d’un barrage rampant, et les balles de mitrailleuse tirées des deux côtés se comptaient par millions.

La bataille finit au combat rapproché, au corps à corps désespéré. La Croix de Victoria fut décernée à six Canadiens pour leurs actes sur la côte 70, quatre d’entre elles pour des combats rapprochés.

Atherton fut blessé le premier jour. La nouvelle de sa mort se répandit peu après.

Le 11 juillet 2017, un siècle après sa mort, des sapeurs de combat nettoyant de vieilles munitions trouvèrent des restes humains près de la rue Léon Droux de Vendin-le-Vieil, au nord de Lens. Il s’agissait de ceux d’Atherton.

On ne saura probablement jamais ce qui est arrivé à ce soldat de 24 ans, ni comment il disparut.

« Pour être franche, je ne fais pas de recherches là-dessus », a avoué Sarah Lockyer, l’anthropologue judiciaire et coordonnatrice d’identification des pertes militaires du Canada qui a analysé la dépouille d’Atherton et rédigé le rapport d’enquête.

« La dépouille est généralement près de l’endroit où elle a été découverte », explique-t-elle. Elle dispose de sept à 14 jours pour ses analyses, alors elle se concentre sur l’identification, et non sur la cause de la mort.

« Il s’agit donc de choses comme le profil biologique : évaluer l’âge, évaluer la taille, s’il y a quelque chose de notable concernant les dents ou s’il y a une fracture mentionnée dans les dossiers, des choses comme ça.

« Au final, ils ont été tués au combat, alors ils sont tous morts à cause de la guerre. »

Plus de 9 000 Canadiens furent tués, blessés ou déclarés disparus au combat sur la côte 70. Il y a eu plus de 1 300 portés disparus là-bas, l’un des plus grands nombres de toutes les batailles de la guerre. Lockyer note que 40 des 41 dépouilles que son bureau analysait au moment de l’entretien dataient de la Première Guerre mondiale, et la plupart de la côte 70. Les autres dataient de la Seconde Guerre mondiale.

« Il y a beaucoup de construction dans cette région et on retrouve des restes de dépouilles un peu partout », explique Lockyer.

Le 10e Bataillon auquel appartenait Atherton perdit 429 hommes sur la côte 70, dont 71 n’ont pas de tombe connue. Parmi les morts se trouvait l’un des six Canadiens à qui fut décernée la VC : le soldat Harry Brown qui périt lors d’une contrattaque le lendemain de la mort d’Atherton.

Les sapeurs qui ont découvert la dépouille d’Atherton ont aussi exhumé plusieurs artéfacts, dont un disque d’identité et des insignes du 10e Bataillon, notamment un insigne de casquette portant le blason distinctif à castor et couronne du bataillon.

L’équipe d’intervention en odontologie médico-légale des Forces canadiennes, le Musée canadien de l’histoire et le Comité d’examen du Programme d’identification des pertes militaires se sont mis au travail à l’aide d’analyses historiques, généalogiques, anthropologiques, archéologiques et d’ADN.

Le disque d’identité, appelé aussi plaque d’identité, illisible, fut envoyé à l’Institut canadien de conservation. L’inscription « 10 BATT » était clairement visible en bas après nettoyage. On voyait aussi une partie de numéro matricule « 4 – – 658 » et « ON » près du bord supérieur droit du disque. Le numéro matricule du soldat dont il est question était le 467658.

Lockyer souligne la difficulté à retrouver les proches d’Atherton. Il n’avait qu’une sœur, et notre anthropologue ne savait pas si elle avait des enfants. Le donneur d’ADN et le proche parent étaient en fait deux personnes différentes, dit-elle.

« Ils étaient tous deux quatre fois arrière-petits-cousins, ou quelque chose comme ça. Ils étaient vraiment éloignés d’Atherton. Ça arrive avec son arbre généalogique. »

Malgré les difficultés, les enquêteurs ont confirmé en octobre 2021 que les restes étaient réellement ceux d’Atherton. Sa dépouille fut enterrée avec tous les honneurs militaires, en France, au mois de juin dernier, avec ceux de deux autres personnes, dans le cimetière britannique de Loos, à Loos-en-Gohelle.

Comme c’est l’usage dans le cas de soldats canadiens retrouvés en France, le nom d’Atherton restera avec 11 285 autres sur le Mémorial de Vimy.

L’insigne de casquette d’Atherton (ci-dessus) portant le blason distinctif à castor et couronne du 10e Bataillon, avec des insignes de col C10 et un titre d’épaule du Canada en laiton trouvés avec ses restes. Le disque d’identité partiellement détruit (ci-dessus, à droite) a permis de confirmer le bataillon et le numéro matricule.

 

86e Congrès de la Direction divisionnaire du Nouveau-Brunswick

C’était une assemblée modèle pour la ville « modèle ». Plus de 170 personnes se sont pressées à la succursale d’Oromocto à l’occasion du très animé 86e congrès de la Direction divisionnaire du Nouveau-Brunswick les 9 et 10 septembre afin de définir l’avenir postpandémique des filiales de la Légion. La garde du drapeau est arrivée au pas, les portes se sont fermées, et Rick Bennett, trésorier national, a déclaré la réunion ouverte.

« Nous avons dû prendre des décisions difficiles, a déclaré le président Daryl Alward dans son allocution d’ouverture. Mais, nous les avons prises ensemble dans l’intérêt de la Légion. »

Il a ensuite remercié les bénévoles et les légionnaires de leur dévouement et de leur travail acharné qui a aidé les filiales à surmonter les défis de la pandémie. Il a également déploré la rude perte de la filiale Portland de Saint John et l’incendie qui a détruit le bâtiment de la filiale Kennebecasis à Rothesay, qui a depuis retrouvé un toit. Mais, ce sont surtout les adhésions qui étaient au cœur du rapport du président et qui ont monopolisé une grande partie de la première journée.

« Les adhésions sont au centre de toutes les préoccupations, et les chiffres sont en baisse, a déclaré
M. Alward. Je vous en prie, continuez de renforcer le nombre de nos membres, car nous ne fonctionnerons pas sans eux », a-t-il supplié.

Le président a ensuite salué l  succès du livret d’histoire commémoratif de la direction. Les recettes du projet servent à financer les bourses et les programmes divisionnaires de leadership pour les jeunes de la Légion.

« Les adhésions, c’est mettre des fesses sur les chaises de votre filiale. »

M. Bennett, en tant que repré-sentant de la Direction nationale, a fait écho aux remarques de M. Alward sur l’adhésion dans son discours aux délégués. « Les adhésions, c’est mettre des fesses sur les chaises de votre filiale, a-t-il déclaré. C’est comme ça que vous restez à flot […] sans les filiales, nous n’existons pas. »

« Je suis fier d’être membre d’une filiale […] il est primordial que les directions divisionnaires aident les filiales. Elles comptent plus que tout. »   

M. Bennett a ensuite demandé aux membres du public de moins de 50 ans de se lever. Seuls deux ont sauté sur leurs pieds. « La Légion royale canadienne est à vous, leur a-t-il dit. Saisissez-la, prenez-la à pleine main, élancez-vous avec elle. N’écoutez pas les vieux casse-pieds comme moi. » Le message de M. Bennett était limpide : il faut davantage de jeunes membres, et ils sont l’avenir de la Légion.

Le premier vice-président de la direction divisionnaire, Antonin Chevalier de la filiale Alfred Ashburne de Gagetown, a ensuite pris la parole pour présenter le rapport du comité du coquelicot et du souvenir. Élément notable, M. Chevalier a reçu des plaintes sur les nouvelles couronnes et croix biodégradables de la Légion, qui se décoloreraient et sentiraient mauvais.

« La Direction nationale a déployé de grands efforts pour s’assurer que cela ne se reproduise plus, a souligné M. Chevalier. Si vous avez des problèmes, envoyez rapidement un rapport à la direction afin qu’on puisse s’en occuper. »

Le rapport de M. Chevalier a fait place à une discussion sur la question de savoir si les filiales utilisent le fonds du coquelicot aux fins prévues. Le premier vice-président a rappelé aux délégués que les filiales devaient dépenser 80 % de leur fonds du coquelicot chaque année. Amasser et se vanter du montant n’aide pas les anciens combattants, a-t-il rappelé.

Thea McEvoy de la filiale Miramichi a repris le poste de Gary McDade, longtemps trésorier de la division, qui est décédé soudainement en avril dernier. Elle a souligné combien il sera « difficile à remplacer ». Mme McEvoy a indiqué que la Division du Nouveau-Brunswick disposait de 145 106 $ dans son fonds d’administration générale à la fin de 2022, une baisse de

Daryl Alward, président sortant de la Division du Nouveau-Brunswick, s’adresse aux délégués au 86e congrès divisionnaire.[Michael A. Smith/RL]

Représentant le Conseil national, le trésorier national, Rick Bennett, (ci-dessous) a assermenté le nouveau président Antonin Chevalier (en regard).

46 030 $ par rapport à 2021. Le fonds du coquelicot se montait à 32 906 $, celui de la Charitable Foundation à 185 918 $, et le fonds des services communautaires à 12 607 $. La division du Nouveau-Brunswick comptait 6 618 adhérents au 31 aout 2022, une baisse par rapport aux 7 358 de l’année précédente.

Les championnats de sport nationaux de la Légion ont repris après deux ans, et même si les équipes du Nouveau-Brunswick ont eu de bons résultats aux diverses épreuves, le financement partiel du déplacement de ses participants s’est avéré couteux, surtout que tout devient de plus en plus cher. Terry Campbell, président sortant de la filiale Peninsula de Clifton Royal, a déclaré que des changements étaient nécessaires pour que la direction provinciale puisse continuer de soutenir l’envoi de diverses équipes. En réponse, les délégués ont voté l’augmentation du budget des déplacements des athlètes que la direction du Nouveau-Brunswick envoie aux championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes de la Légion. Il passe ainsi de 700 $ à 1 500 $ pour compenser la hausse des prix des billets d’avion et des chambres d’hôtel.

Il faut noter que les délégués ont recueilli plus de 10 000 $ pour la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth.

Une présentation de Whitney McSheffery, gestionnaire de cas à Anciens Combattants Canada, a donné lieu à de vifs échanges. Au cours d’une courte période de questions suivant ses remarques, de nombreux délégués se sont dits inquiets de la confusion qui règne sur l’admissibilité aux prestations d’ACC ainsi que des délais pour obtenir des réponses et y accéder.

« On ne peut pas faire plus lent, Anciens Combattants Canada est quasiment dans le coma », a lancé un délégué frustré.

Les délégués ont estimé que les 30 minutes allouées à Mme McSheffery ne suffisaient pas. Son temps de parole prolongée, elle est gentiment revenue pour tenter de répondre aux préoccupations urgentes.

Après un copieux diner de sandwichs et de soupe et, pour certains, d’un peu de bière, les délégués ont pris un bus pour se rendre au cénotaphe d’Oromocto. La lieutenante-gouverneure Brenda Murphy et Robert Mackay, son aide de camp, se sont joints à eux lors d’une brève cérémonie de commémoration. Le clairon a sonné, la garde du drapeau est arrivée, puis cinq couronnes ont été déposées sur le monument.

De retour aux affaires du congrès, l’élection du nouveau conseil exécutif provincial a eu lieu. Tout d’abord, Tom Daigle de la filiale Moncton et M. Campbell ont été proposés au poste de président honoraire. M. Campbell s’est désisté, et M. Daigle a donc été élu par acclamation.

M. Campbell a ensuite été proposé au poste de président, comme l’ont été M. Alward et M. Chevalier. M. Alward a refusé à nouveau. M. Campbell a décliné, comme à son habitude, non toutefois sans bondir de sa chaise et s’écrier théâtralement : « Je serais stupide de me représenter! » C’est donc ainsi que M. Chevalier a été élu président par acclamation.

Harold Defazio, de la filiale néo-brunswickoise Kennebecasis de Rothesay, a également été élu par acclamation au poste de premier vice-président, de même que Earle Eastman de la filiale St. Croix de St. Stephen à celui de deuxième vice-président, Mme McEvoy, à celui de trésorière et Henry D’Eon de la filiale Lancaster de Saint John à celui de sergent d’armes.

La seule course disputée a été celle de président des débats. La titulaire, Géraldine Lefebvre de la filiale Oromocto, a accepté sa nomination. Étonnement, Terry Campbell aussi, et un murmure de surprise s’est fait entendre dans la salle. M. Campbell est arrivé en tête.

La nouvelle direction ayant été choisie, M. Chevalier a déclaré que son rôle consistait à « aider les anciens combattants.

« Je ne m’inquiète pas pour moi. J’aurai l’aide dont j’ai besoin, mais nous devons nous assurer qu’il en va de même pour les anciens combattants. »

M. Chevalier, légionnaire depuis 23 ans, est un visage familier. Il estime que cela aidera à faire avancer les choses. Son objectif principal en tant que président? « Travailler de concert et améliorer les choses. Nous devons être meilleurs, et cela prend du temps. »

De la lumiere sur le chemin

Deux signaleurs utilisent un projecteur de lumière à bord du NCSM Assiniboine en 1940 (en regard). [Gerald Moses/MDN/BAC/PA-116048]

En juillet 1942, une flottille de 13 U-boot passa des jours à traquer le convoi ON-115 en Atlantique Nord. Le piège devait se refermer les 2 et 3 aout, mais le mauvais temps compromit l’attaque des sous-marins. La situation n’en était pas moins tendue.

Les sous-marins allemands coordonnaient leurs manœuvres par radio. De leur côté, les 12 bâtiments escortant le convoi de 41 navires marchands n’avaient pas de système « Huff-Duff » à bord, l’équipe-ment de radiogoniométrie haute fréquence abrégé en HF/DF, qui leur aurait servi à les localiser avec précision. Les Allemands se guidaient vers leur proie grâce à une technologie semblable ou en interceptant les signaux radio des navires des Alliés.

Le groupe d’escorteurs du convoi était canadien et se composait des contretorpilleurs Saguenay et Skeena ainsi que des corvettes Agassiz, Louisburg, Wetaskiwin et Sackville de la Marine royale canadienne. Pour maintenir la formation du convoi, les escorteurs et les navires mar-chands s’envoyaient des signaux lumineux à l’aide de lampes. La majeure partie des messages sur les mouvements du convoi se transmettaient ainsi pour éviter que les U-boot les interceptent.

Le convoi ne perdit finalement que trois navires marchands. Un désastre encore plus important fut évité grâce au mauvais temps et au manque d’expérience de certains des membres d’équipage des U-boot.

Et les sous-marins détectés par des vigies attentives ou un radar furent attaqués. Le Sackville en prit trois pour cible. Deux subirent des dégâts considérables les forçant à se retirer, et l’on pensa même, bien qu’à tort, que l’U-552 avait coulé.

C’est d’ailleurs le Sackville, dernière corvette du genre, qui servit de modèle de corvette dans Greyhound, film de Tom Hanks sur un groupe d’escorte de la Seconde Guerre mondiale. Au début du film, une corvette communique avec un avion à l’aide d’une lampe clignotante afin que les Allemands ne puissent pas la repérer.

La communication par signaux lumineux plutôt que par radio permit de sauver d’innombrables vies lors de la bataille de l’Atlantique. L’histoire de ce système de signaux est intéressante, et il pourrait bien être en train de renaitre.

La communication par signaux lumineux se fait à l’aide d’une lampe à obturateurs mobiles permettant de produire des clignotements. L’alphabet, les chiffres et la ponctuation sont codés en Morse : les signaux les plus longs sont des tirets, les plus courts sont des points. Ce type de communication marche nuit et jour, et elle est visible de plus loin que les pavillons de sémaphore.

La Marine royale a commencé à utiliser les signaux lumineux dès 1867, et c’est depuis un classique de la communication maritime. Ils ont été très utilisés pendant les deux guerres mondiales, surtout lors de la bataille de l’Atlantique, où ce fut le principal moyen de communication entre navires.

La communication internavire était importante pour transmettre des messages administratifs, mais aussi pour orchestrer le mouvement des convois.

Un « écran » de navires de guerre protecteurs gardait les convois : c’était la défense la plus efficace contre les escadres de sous-marins. Grouper les navires marchands les rendait plus difficiles à localiser pour les sous-marins allemands. Cependant, les contrôler était compliqué, car la MRC manquait de signaux visuels. Anecdote cocasse : un officier supérieur exaspéré qui supervisait un convoi envoya un jour par signaux la question « Que faites-vous? » à une corvette de son groupe. La réponse? « Nous apprenons beaucoup. »

En mer, le lieutenant Stuart Keate (ci-dessus) lit un message envoyé par signaux lumineux à bord du NCSM Uganda en 1945. [MDN/BAC/PA-104384]

La MRC utilisa aussi des lampes clignotantes infrarouges à réception non directionnelle pendant la Seconde Guerre mondiale. C’était le mode de communication par signaux clignotants le plus sûr, mais il fallait le matériel de détection infrarouge pour recevoir le message.

LA COMMUNICATION PAR SIGNAUX LUMINEUX PERMIT DE SAUVER D’INNOMBRABLES VIES LORS DE LA BATAILLE DE L’ATLANTIQUE.

Toutes sortes de signaux clignotants servirent pendant la guerre froide, mais son utilisation diminua beaucoup en 2007. Les innovations en radiocommunication et en communication par satellite remplacèrent presque entièrement les signaux clignotants, bien qu’ils s’emploient encore occasionnellement lors d’exercices de communication entre navires.

Aujourd’hui, les navires de la MRC naviguant de conserve par tous les temps ne maintiennent plus de quart de signalisation visuelle extérieure. Même au début des années 1990, les compétences en communication par signaux n’étaient plus celles de jadis.

En ce temps-là, à une heure très matinale, un réserviste de la MRC ayant une expérience des signaux lumineux fut obligé de quitter la chaleur de son lit pour aller sur le pont lire un message lumineux d’un navire américain. Aucun des communicateurs de quart ne pouvait le déchiffrer. L’officier, désireux comme tous ses congénères de démontrer l’efficacité de son quart, était impatient de savoir ce que disaient les alliés. À moitié réveillé, le réserviste marmonna qu’ils souhaitaient le « bonjour » au navire. Puis, il repartit prendre son café. Ce n’est pas sur cela que reposent les opérations navales modernes, dira-t-on.

En effet, pratiquée comme elle l’est depuis plus de 150 ans, la communication par clignotement lumineux a peut-être fait son temps. La faible vitesse à laquelle les messages peuvent être envoyés est son principal inconvénient, car l’opérateur se doit de se caler sur la vitesse de lecture du destinataire. La station réceptrice doit accuser réception de chaque mot au moyen d’un flash lumineux avant que le suivant puisse lui être envoyé.

Bien que la norme de l’OTAN soit de huit mots par minute, on en envoie généralement jamais plus de six. Les communications par satellite modernes ont une bonne bande passante et sont habituellement fiables, mais elles restent quand même vulnérables aux interceptions. Les messages radio, bien qu’ils dépendent toujours de bonnes conditions atmosphériques et d’autres facteurs, sont désormais de très loin supérieurs à ce qu’ils étaient pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi donc, il semblerait que la technologie ait rattrapé la communication par signaux lumineux.

Pourtant, elle a encore certains avantages. On ne peut l’intercepter que si l’on se trouve dans le champ de vision. Et les signaux lumineux peuvent toujours servir de moyen de communication entre les navires pendant les périodes de silence radio. Alors, pourrait-on émettre et recevoir des signaux lumineux beaucoup plus rapidement grâce à la technologie moderne?

L’artiste Albert Cloutier a illustré un membre d’équipage de l’Aviation royale canadienne communiquant avec un navire d’escorte pendant la Seconde Guerre mondiale en utilisant un équipement plus basique (ci-contre).[Albert Cloutier/MCG/19710261-1839]

EN MARS 2020 A ÉTÉ EFFECTUÉ UN DEUXIÈME ESSAI AVEC DES DÉL POUVANT ENVOYER JUSQU’À 1 200 MOTS PAR MINUTE.

Des marins américains testent le convertisseur de lumière clignotante en texte, dernière technologie de signaux LUMINEUX, en juin 2017.[John Williams/US Navy (2)]

Des marins américains testent le convertisseur de lumière clignotante en texte, dernière technologie de signaux LUMINEUX, en juin 2017.[John Williams/US Navy (2)]

En 2016, la marine américaine a commencé à élaborer un convertisseur de lumière clignotante en texte. L’appareil, qui remplace les opérateurs, lit les messages beaucoup plus vite. Au départ, il s’agissait de lampes à signaux classiques, avec les ampoules au xénon existantes, et reproduisant une vitesse de transmission humaine. Puis, les ampoules ont été remplacées par des lampes à DÉL qui permettent d’envoyer des messages beaucoup plus rapidement. Le chercheur allemand Harald Haas a démontré en premier l’utilisation de DÉL à des fins de communication à très grande vitesse en 2011.

Ce système est mis au point aux États-Unis par l’Office of Naval Research, la Panama City Division du Naval Surface Warfare Development Center, en Floride et Creative MicroSystems. Une petite caméra détecte les messages, ensuite traités en temps réel par un ordinateur portable connecté. L’opérateur envoyant un signal tape simplement le message dans un ordinateur portable : il n’a pas besoin d’être formé au code Morse.

Les premiers essais du nouveau système ont été menés en juin 2017 à Norfolk, en Virginie, entre deux navires utilisant leurs lumières existantes et un ordinateur portable auquel était branché un capteur. Cet agencement a envoyé des messages à environ 120 caractères par minute. Des messages de routine rédigés d’avance pourraient encore accélérer la transmission. En mars 2020 a été effectué un deuxième essai avec des DÉL pouvant envoyer jusqu’à 1 200 mots par minute. On estime que les DÉL peuvent transmettre des signaux à des distances allant jusqu’à 12 milles nautiques, soit 22 kilomètres.

Le seul moyen qu’aurait un ennemi d’intercepter un de ces si-gnaux serait de se placer où il pourrait voir les navires communiquer, ou de se positionner derrière l’un des navires, auquel cas il ne rece-vrait que la moitié de la communication. Bien sûr, ce serait difficile à accomplir sans être vu par les navires qui s’envoient les messages.

Et bien sûr, les ennemis auraient également besoin de technologie pour lire la lumière des DÉL, qui clignotent si rapidement que l’œil humain ne détecte qu’une lumière en continu. Rien n’indique encore quand le nouveau système sera installé sur les navires de la marine américaine, mais il est clair qu’il fonctionne et il pourrait être utile de l’ajouter à l’ensemble des communications des bâtiments de guerre. Les outils de communication militaires modernes, dont les radars, les radios et les satellites, sont vulnérables au brouillage. Les plus grandes armées du monde ont démontré une capacité importante dans ce domaine. Ces mesures peuvent sérieusement dégrader l’efficacité des communications électroniques ou les rendre totalement inutiles. Un convertisseur de lumière clignotante en texte pourrait s’installer facilement, et il servirait à atténuer les problèmes de communication entre navires. Il pourrait également tenir lieu de système de messagerie de secours.

Pour les anciens de l’ère des signaux lumineux, il est encou-rageant de voir la technologie d’origine réutilisée et améliorée pour les opérations actuelles ou à venir. Les signaux lumineux ont encore de beaux jours devant eux. La MRC et les autres marines verront-elles la lumière? 

L’équipe C.-B.-Yn continue de dominer au cribbage

Le vice-président national et président des sports, Brian Weaver, avec l’équipe championne du cribbage de 2023 : Al Larsen, Lawrence Wasylyshen, Alan Thibodeau et Phil Gustavsen de la filiale Standard, Alb.[Stephen J. Thorne/RL]

Pour la sixième fois lors des huit derniers championnats nationaux de cribbage de la Légion royale canadienne, un duo originaire de Terre-Neuve représentant l’équipe C.-B.-Yn s’est emparé du titre chez les doubles à Cochrane, Alberta, en avril dernier.

Barry Dillon, né à St. John’s, et Richard Falle, de Stephenville, T.-N.–L., ont tous deux déménagé en Colombie-Britannique dans les années 1980. Ces champions de la côte ouest, membres de la filiale Prince Edward de Victoria, ont obtenu leur tout dernier titre chez les doubles en empochant 17 manches sur 18.

Des membres du 952e Escadron de cadets de l’Aviation royale du Canada « Westjet » participent aux cérémonies [Stephen J. Thorne/RL]

« Nous sommes accros au cribbage, et nous avons l’œil partout, c’est tout, répond M. Dillon quand on lui demande le secret du succès. Le cribbage, c’est notre drogue de prédilection.

« Je parie que j’ai déjà joué au moins 3 000 parties cette année. »

M. Dillon, vétéran de l’armée et boulanger à la retraite, nous révélait quelques techniques lorsque M. Falle, poseur de plancher et pêcheur à la retraite, l’a interrompu : « surtout, gardez ça pour vous ».

Joe O’Keefe et Lela Veld de la filiale Souris, Î.–P.-É., ont obtenu la deuxième place chez les doubles.

Bill Nelligan de la filiale Cranbrook, C.-B., est à nouveau champion chez les simples. Il a cette fois remporté 16 manches sur 18, contre 18 sur 18 à Ottawa lors des derniers championnats de 2019 avant la suspension pendant la pandémie de la COVID-19.

Harley Brown de la filiale Elrose, Sask., était second chez les simples.

Quant à l’épreuve des équipes, elle a été dominée par Phil Gustavsen, Lawrence Wasylyshen, Alan Larsen et Alan Thibodeau de la filiale Standard, Alb. Ils l’ont remportée lors d’une belle avec l’équipe de Norton, N.-B., composée de Sharon Graham, Beth Wilson, d’Anne Reid et de Gerard Mills, qui avait obtenu 27 points comme eux.

Quarante-trois joueurs de toutes les régions du Canada se sont retrouvés à la filiale Men of Vision (de grands hommes, NDT), nommée ainsi en l’honneur des vachers et travailleurs de ranch du Cochrane Ranche, première grande exploitation bovine de l’Alberta. La ville a fait ériger la statue d’un cavalier au bord d’un escarpement surplombant le ranch, car on lui attribue la naissance de la solide industrie bovine de la province.

d’ouverture. M. Weaver remet la plaque des simples à Bill Nelligan de la filiale Cranbrook, C.-B.[Stephen J. Thorne/RL]

Cochrane, à une demi-heure de route du centre de Calgary et à une heure de Banff, est l’une des municipalités de l’Alberta à la croissance la plus rapide. Elle compte plus de 32 000 résidants, deux scieries, ainsi que la société de GPS Garmin qui a récemment annoncé son développement et a embauché 300 nouvelles personnes.

Cochrane vit au rythme du chemin de fer. Des trains de deux kilomètres de long y passent plusieurs fois par jour, chargés de céréales, de potasse et d’autres matières premières à destination des marchés asiatiques, ou de conteneurs pleins de produits pour l’est.

Steve Jepson, président, note que sa filiale a fait face à la pandémie sans subir de grosse attrition. Elle compte environ 400 membres, et comme d’autres filiales du pays, la direction cherche des moyens d’attirer du sang neuf, surtout parmi les soldats de la paix et les vétérans d’Afghanistan, le groupe d’anciens militaires actuellement le plus nombreux à Cochrane.

Les joueurs, qui représentaient les 10 divisions de la Légion, ont disputé en deux jours 262 manches. Selon Rob Orser, le président du tournoi, ils avaient en moyenne 69 ans. L’équipe la plus jeune était celle du Québec.

Comme d’autres filiales du pays, la direction cherche des moyens d’attirer du sang neuf, surtout chez les soldats de la paix et les vétérans d’Afghanistan.

Les championnats ont été orga-nisés grâce à l’aide de plus de 30 bénévoles, notamment des cuisiniers qui, en plus des diners, ont proposé des steaks au barbecue le vendredi soir et un souper de rôti de bœuf le dimanche pour clôturer le tout.

Barry Dillon et Richard Falle de la filiale Prince Edward Branch de Victoria ont gagné aux doubles.[Stephen J. Thorne/RL]

Le vendredi soir, une « expérience de marquage » était l’une des activités proposées grâce à la Alberta Stockmen’s Memorial Foundation. Le siège de la fondation est à Cochrane, et elle conserve les archives des marques de la province depuis 1885 dans un musée situé sur les anciennes terres du Ranche.

La fondation détient une collection avec un grand nombre de fers de marquage, et le personnel du musée en a sorti un échantillon pour que les participants de la Légion puissent apposer des marques de leur propre conception. Des inspecteurs ont examiné leurs créations avant que les équipes marquent des rondelles de bois brut d’une trentaine de centimètres de diamètre.

Il y a eu de la musique le samedi soir et le champion des simples,
M. Nelligan, qui nous a confié jouer quelque 5 000 parties par année, a
déclaré que la compétition avait été stimulante. Il a grandi dans une famille d’aviateurs où il y avait huit enfants. « Comment occupe-t-on les enfants? Avec des cartes, » a-t-il dit.

Il a été imprimeur et il conduit désormais un camion dans la région de l’Okanagan en Colombie-Britannique deux jours par semaine. Il a appris à jouer au cribbage quand il avait quatre ans, et il souligne que son père n’avait « aucune pitié » pour son jeune âge.

« Il était impitoyable : si un point m’échappait, il le prenait. Moi, je préfère vous dire exactement ce que vous avez, et toute l’affaire. Je préfère vous battre quand vous avez atteint vos limites. » 

Des héros de chez nous

Le retour du 22e Bataillon

(canadien-français) à Québec en mai 1919

Le retour au pays du 22e Bataillon (canadien-français) est célébré à la une. L’insigne de casquette du bataillon (en regard).

Pendant la Première Guerre mondiale, le célèbre 22e Bataillon (canadien-
français) endossa la charge de représenter non seulement une ville ou une région, mais bel et bien l’ensemble du Canada français. Les célébrations du retour au pays organi-sées par la Ville de Québec en l’honneur du 22e en mai 1919 illustrèrent à quel point le Canada français s’identifiait avec le bataillon et se réjouissait de son état de service à l’étranger.

Presque 800 hommes défilèrent triomphalement devant la foule en liesse qui avait envahi les rues là même où des émeutes anticons-cription les avaient agitées au printemps précédent. La réaction sans équivoque des habitants de Québec et de ses journaux à l’occasion du retour des hommes au pays montrèrent combien ils estimaient que les vrais héros de la guerre étaient ces jeunes hommes qui avaient servi, et surtout ceux qui y avaient sacrifié leur vie. 

Le 22e Bataillon avait été levé en octobre 1914 en recrutant principalement à Montréal. Il était arrivé au front en France en septembre 1915, et il avait participé à d’intenses combats pendant tout le reste de la guerre. Quelque 5 600 hommes passèrent par les rangs du bataillon, qui subit de lourdes pertes : 3 549 morts et blessés. Le 22e retourna en Angleterre après une période d’occupation en Allemagne début 1919, puis embarqua pour le Canada le 10 mai.

Le conseil municipal avait formé un comité d’accueil avec mandat de préparer un retour grandiose pour le bataillon. Les portes et les remparts du vieux Québec furent richement décorés, et l’édifice du Parlement, la mairie, ainsi que l’hôtel Château Frontenac se virent ornés de guirlandes, de drapeaux et de bannières. Six impressionnantes arches de la victoire furent dotées d’un affichage portant les messages « Gloire à nos héros », « Bienvenue aux héros de Courcelette et de Vimy » et « N’oublions pas les morts
héroïques ».

L’énorme paquebot Olympic accosta à Halifax le 16 mai. Le 22e, formé de 35 officiers et de 759 hommes d’autres rangs, était l’une des unités canadiennes à bord. Deux jours plus tard, à 8 h, deux trains de 15 voitures arrivèrent à Québec et, malgré la pluie, des dizaines de milliers de résidents firent le déplacement pour accueillir les soldats canadiens-français. 

Puis, à 9 h 20, les soldats coiffés de leur casque d’acier et fusil avec baïonnette à l’épaule, sortirent triomphalement de la gare en défilant devant un accueil enthousiaste. Les trains, les bateaux et les usines actionnèrent leurs sifflets, les églises firent sonner leurs cloches, et les klaxons de voiture retentirent alors que la foule en délire les acclamait et lançait fleurs, serpentins et confettis. 

Le bataillon passa par la basilique-cathédrale de Notre-Dame et le manège, puis il suivit la rue Saint-Louis jusqu’au monument à Samuel de Champlain près du Château Frontenac, où le maire, Henri-Edgar Lavigueur, prononça un discours émouvant. Faisant allusion à la discorde qui avait éclaté dans sa ville un an auparavant, il dit qu’il espérait que les hommes de retour seraient « les apôtres de l’entente cordiale […] dont nous avons tant besoin pour […] la grandeur du Canada ».

À 16 h, le 22e défila fièrement dans les rues étroites de « la vieille capitale ». Les gens du quartier populaire de Saint-Roch, dont les protestations contre la cons-cription avaient été les plus véhé-mentes en 1918, se montrèrent les plus allègres et accueillants. Le 22e s’engagea dans la rue
Saint-Vallier, généreusement ornée de drapeaux, de guirlandes, de fanions et de bannières d’accueil comme tant d’autres rues du quartier. 

Ce soir-là, lors d’un banquet au grand salon du Château Frontenac, les officiers du bataillon furent reçus en tant que « héros de chez nous, de notre race, de notre chair et de notre sang » par le premier ministre, Lomer Gouin.

Le bataillon, escorté d’une grande foule, prit le train pour Montréal peu après minuit. Ce jour-là, le 19 mai, le quotidien montréalais La Presse publia un éditorial avec des paroles fortes : « Depuis que le 22e est arrivé à Québec […] chaque Canadien français sent le cœur lui battre plus fièrement […] Pour nous, Canadiens-français, le Vingt-deuxième est quelque chose de très grand. » 

Le legs de Curtiss

Un hydravion à coque Curtiss HS-2L (à gauche) de la marine américaine sur la rampe de départ de la base américaine à Baker’s Point, passage Eastern [Musée de l’air de Shearwater (3)]

« On m’a rapporté hier que l’apparition inattendue d’appareils du service aérien avait suscité un grand émoi. Nous n’avons eu aucune information sur leur ajout à la garnison. Je serais heureux d’en avoir, car la forteresse est dotée de défenses antiaériennes. Les demandes de renseignements de la population civile indiquent qu’elle s’attend à une annonce. »

La lettre du 25 aout 1918 aux
autorités navales de l’officier supérieur de la Citadelle d’Halifax  était claire : à moins d’un préavis indiquant qu’un aéronef allait survoler la ville, l’appareil pourrait être suspecté d’être un avion ennemi et être abattu.

Les aéronefs qui avaient surpris la population civile et militaire d’Halifax étaient deux hydravions à coque Curtiss HS-2L de la United States Navy (USN). Ils étaient basés à Baker’s Point, dans le passage Eastern, de l’autre côté du port d’Halifax.

Mais, que faisaient-ils là?

La préface de l’histoire des aéronefs de l’aéronavale américaine à Baker’s Point remonte aux débuts d’une campagne allemande contre le transport maritime pendant la Première Guerre mondiale. L’Allemagne avait commencé à utiliser des sous-marins à grande échelle, les « unterseebooten » comme on les appelait du côté allemand, ou les « U-boots » chez les Alliés. Les pertes de navires des Alliés augmentèrent de façon astronomique.

L’Allemagne mena en fait deux campagnes contre le transport maritime pendant la guerre. La première, de février à septembre 1915, eut beaucoup de succès : elle fit couler presque un million de tonnes de navires. Elle ne fut abandonnée qu’à cause du tollé aux États-Unis après le naufrage du paquebot britannique Lusitania le 7 mai 1915. Il y avait 128 Américains parmi les 1 200 morts.

Cependant, le 1er février 1917, le grand état-major allemand déclencha une autre campagne d’U-boots sans limites, car il estimait disposer de suffisamment de sous-marins pour obliger la Grande-Bretagne à capituler. Toutefois, pour le succès de la campagne, les U-boots devaient se montrer sans pitié contre les belligérants et les neutres, les bâtiments de guerre, les cargos et les paquebots, dans les eaux britanniques ou à desti-nation de la Grande-Bretagne. Les Allemands savaient fort bien qu’attaquer tous les navires risquait de faire entrer les États-Unis en guerre, mais c’était un risque qu’ils étaient prêts à courir.

Cette déclaration inquiéta considérablement le gouvernement du Canada. Le 10 février, lors d’une réunion, un comité interministériel recommanda la création d’une aéronavale de la Marine royale du Canada pour la défense de la côte est. Deux jours plus tard, le comité établissait une exigence minimale de bases d’hydravions à Halifax et à Sydney, N.-É.

Ottawa demanda l’aide de la Grande-Bretagne pour étayer la proposition, et les Britanniques envoyèrent un aviateur naval chevronné étudier l’idée. En fin de compte, sa recommandation de créer une aéronavale de 300 hommes et 34 hydravions stationnés dans deux bases – au prix de 1,5 million de dollars – fut refusée par le Canada. Le cout en argent, en hommes et en matériel fut jugé excessif.

Pendant ce temps, pour affron-ter la menace des U-boots, la Marine royale relança le système de convois et adopta d’autres mesures défensives contre les sous-marins, comme les bateaux-leurres (les « Q-ships », des navires avec des armes dissimulées) et les canons sur les marchands. Pourtant, les pertes causées par les U-boots allaient croissant.

N.-É. Byrd est assis devant et au centre, entouré de ses officiers à la station en 1918 [Musée de l’air de Shearwater]

La base était supervisée par le capitaine de corvette (M) Richard Byrd, photographié avec son grand danois [Musée de l’air de Shearwater]

Puis, en janvier 1918, la Marine royale avertit Ottawa de s’attendre à « une attaque par l’un des nouveaux sous-marins ennemis dans les eaux canadiennes dès le mois de mars ». Un message ultérieur du 11 mars souligna à nouveau la menace et suggéra diverses contre-mesures.

Il s’agissait notamment de la construction d’hydravions et l’établissement de bases aériennes pour patrouiller sur la côte. Mais, le gouvernement canadien ne disposait pas d’aéronef militaire, et les Britanniques n’en avaient pas à lui donner. La marine du Canada n’avait été instituée qu’en 1910, et ses efforts principaux visaient l’approvisionnement en bateaux plutôt qu’en avions pour une aéronavale. Le Canada n’avait alors pas d’aviation.

Les Américains avaient déclaré la guerre à l’Allemagne le 6 avril de l’année précédente, lorsque plusieurs navires étasuniens avaient été coulés en février et en mars. Cela s’était ajouté au célèbre télégramme de Zimmerman, qui promettait au Mexique le retour des États du sud-ouest perdus lors de la guerre mexico-américaine de 1846-1848 s’il joignait ses forces à l’Allemagne contre les États-Unis.

Les États-Unis étaient désormais dans le conflit. Une conférence eut lieu à Washington au printemps 1918, à laquelle participèrent des représentants de la MR, de la MRC et de l’USN pour discuter de patrouilles aériennes au-dessus des eaux côtières canadiennes. Il en résulta un plan complet afin d’établir des bases aériennes en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve.

Halifax et Sydney étaient prio-ritaires : chaque base aurait six hydravions, trois dirigeables et quatre ballons cerfs-volants (attachés en permanence). Elles seraient situées précisément à Baker’s Point, au passage Eastern, et à Kelly Beach, au nord de Sydney. Les États-Unis fourniraient aussi six chasseurs de sous-marins, deux torpilleurs et un sous-marin pour intensifier les patrouilles.

Les Américains allaient fournir du matériel et des pilotes jusqu’à ce que les Canadiens puissent prendre la relève à l’issue d’une formation (aux États-Unis) et de l’obtention du matériel nécessaire. La création du Service aéronaval de la Marine royale du Canada, refusé auparavant par le gouvernement, fut alors approuvée. Le recrutement pour un service de 500 hommes commença le 8 aout.

C’est là que le lieutenant (M) Richard Byrd, surnommé Dickie, entra en scène. Byrd, aviateur de la navale, était impatient d’aller faire la guerre en Europe. Il avait étudié à fond le nouveau secteur aérien et avait donc une grande expertise.

Byrd était aux anges quand il reçut l’ordre de se rendre à Washington, certain que la marine avait accepté sa proposition de piloter un nouvel hydravion géant jusqu’en Europe. Mais, sur place, on lui dit d’aller à Halifax prendre le commandement d’une base aérienne de l’USN.

Sauf que la base n’existait pas encore : il lui faudrait d’abord la bâtir. Byrd serait chargé de tenir les sous-marins allemands à l’écart de la côte et d’escorter les convois à l’arrivée et au départ à Halifax et à Sydney.

Au début du mois d’aout 1918, Byrd, capitaine de corvette inté-rimaire, arriva à Halifax avec plusieurs wagons couverts remplis de matériel. Ses hommes et lui traversèrent le port sur les carlingues sans ailes de leurs hydra-vions Curtiss HS-2L qui flottèrent jusqu’à Baker’s Point, où eut lieu le réassemblage (cf. l’encadré « Le legs de Curtiss » page 6).

Un « terrain nu » à Baker’s Point fut vite transformé en « camp où régnait une grande effervescence », avec un abri pour hydravions
temporaire nommé le hangar « Y ».
Le 19 aout, le hissage de la bannière étoilée indiqua le commis-
sionnement de Byrd en tant qu’officier responsable de l’U.S. Naval Air Force in Canada.

Selon les plans de patrouille de Byrd pour chaque station, il fallait deux aéronefs pour escorter les convois, un pour les opérations anti-sous-marines et un en réserve. Les patrouilles partant de Baker’s Point commencèrent tout de suite, mais des retards dans la construction repoussèrent celles de North Sydney jusqu’à la fin septembre. Les deux bases inscrivirent vite un impressionnant nombre d’heures de vol en protégeant les convois, en détectant les canons de la défense portuaire et en assurant la surveillance côtière.

Bien que les aéronefs de Byrd ne détectèrent aucun U-boot allemand manœuvrant en Atlantique du Nord-Ouest, les pilotes eurent beaucoup d’entrainement dans des conditions de vol précaires. Selon Byrd, les « hauts plateaux et les falaises de la Nouvelle-Écosse rendaient l’air agité et la brume épaisse. Les changements étaient soudains et violents ».

L’armistice du 11 novembre 1918 venu, Byrd reçut l’ordre de retour-ner à Washington. Il était heureux de voir les effusions de sang de la guerre prendre définitivement fin, mais amèrement déçu de ne pas avoir réussi à accomplir son but personnel de traverser l’Atlantique par les airs.

Malgré ces frustrations, Byrd avait entretenu de bonnes relations avec les Canadiens. « Personne n’est plus tolérant, aimable, cordial et accueillant que nos voisins canadiens, dit-il. C’est grâce à eux que j’ai appris une grande vérité : le savoir pave la voie de la compré-hension et de la tolérance. » 

Un hydravion à coque Curtiss HS-2L à Baker’s Point en 1918 (ci-dessous). Des membres de l’Aerial Experiment Association se rassemblent en 1909 (en bas).[Wikimedia]

Le legs de Curtiss

En 1907, Glenn Curtiss, pionnier de l’aviation, rejoignit sur l’invitation de Alexander Graham Bell l’Aerial Experiment Association à Baddeck, Nouvelle-Écosse. L’année suivante,
il remporta le Scientific American Aeronautical Trophy aux commandes d’un aéronef de l’association pour le premier vol d’au moins un kilomètre. Il devint le père de l’aéronavale en mettant au point le premier hydravion à coque du monde, en 1912, et il en conçut plusieurs autres, comme le HS-2L.

Le HS-2L était un aéronef de reconnaissance et de patrouille générales conçu par Curtiss en 1917 pour l’U.S. Navy. Il y avait à bord un pilote et un observateur, et il était propulsé par un moteur à 12 pistons en V refroidi par liquide Liberty de 360 chevaux-puissance. Le HS-2L avait un rayon d’action de 830 kilomètres et un plafond de 2  800 mètres. Sa vitesse de croisière était de 105 km/h, et sa vitesse maximale, de 137. Après la guerre, le HS-2L devint le premier aéronef de brousse du Canada et inaugura les traditions du vol de brousse dans le pays.

 

Un abri à hydravions temporaire appelé le hangar « Y » fut un des premiers édifices construits à l’emplacement de Baker’s Point

Le destin de Baker’s Point

L’emplacement de la base originaire a été repris par la 12e Escadre Shearwater.[Musée de l’air de Shearwater]

Les Américains quittèrent la Nouvelle-Écosse en abandonnant des aéronefs, du matériel et le hangar temporaire. Ils furent repris par le Service aéronaval de la Marine royale du Canada, une force dissoute peu après, en décembre 1918. La base aérienne de Baker’s Point resta désaffectée jusqu’en 1920, quand elle devint la première base de la nouvelle Aviation canadienne. De nos jours, Baker’s Point fait partie de la 12e Escadre Shearwater, centre de l’aéronavale au Canada. Le hangar « temporaire » de Byrd est un lieu historique utilisé par l’Unité de plongée de la Flotte (Atlantique). En 1995, l’édifice Admiral Richard E. Byrd fut ouvert par la fille de Byrd pour servir de quartier général de la nouvelle base.

Terreur à Griffintown

Écrasement mortel d’un B-24 à Montréal en 1944 De nombreux logis dans le quartier montréalais de Griffintown sont en ruines (ci-dessus) après qu’un Consolidated B-24 Liberator s’y est écrasé le 25 avril 1944. [Roger Champoux/Bibliothèque et Archives nationales du Québec/Wikimedia;]

[Wikimedia]

Durant la guerre, les Montréalais étaient habitués à lire des articles dans les journaux sur les raids destructeurs des alliés contre l’Allemagne, mais ils ne s’attendaient pas à ce qu’un avion s’écrase dans leur propre ville. Or, le 25 avril 1944, un gros Consolidated B-24 Liberator fabriqué aux États-Unis s’écrasa dans le quartier de Griffintown, à quelques rues au sud du centre-ville. Les cinq membres de l’équipage à bord périrent, et 10 civils furent tués au sol. Il y eut aussi des blessés graves.

L’avion avait décollé à 10 h 24 de l’aéroport de Dorval, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Montréal. Ouvert en septembre 1941, l’aéroport civil et militaire servait d’escale au Royal Air Force Ferry Command qui envoyait outre-mer les bombardiers construits aux États-Unis. Le B-24 tout neuf se rendait en Grande-Bretagne via Gander, T.-N., avec pour destination finale l’Inde. L’équipage se composait de trois vétérans de l’armée de l’air polonaise, d’un membre de l’AR et d’un autre de l’Aviation royale du Canada, qui tous servaient dans le Ferry Command. 

L’appareil se trouva en difficulté presque immédiatement après le décollage, et il signala à la tour de contrôle qu’il perdait de l’altitude. L’avion, qui volait dangereusement bas au-dessus du mont Royal, vira soudainement vers le sud, longeant à peu près la rue Colborne (qui s’appelle désormais la rue Peel) et, à une altitude d’à peu près 76 mètres, il percuta presque l’édifice Sun Life et la gare Windsor. Toujours en descente rapide, il heurta presque également la cheminée de la brasserie Dow. 

Il semble que le pilote de 47 ans, Kazimierz Burzynski, vétéran des deux guerres mondiales et célèbre aviateur dans son pays d’origine, essayait d’atteindre le fleuve Saint-Laurent pour éviter de faire des dégâts au sol.

La nouvelle faisait la une bien entendu. [Bibliothèque et Archives nationales du Québec]

Mais, l’avion était peut-être en train de se disloquer dans les airs. Selon le journal La Patrie, « Certaines personnes qui se trouvaient dans l’Édifice de la Sun Life aperçurent une partie de la queue et une aile qui se détachaient. »

Doris Kirk, qui travaillait au 12e étage de l’Édifice Bell sur la côte du Beaver Hall, dit au Montreal Daily Star qu’elle avait « entendu un grand bruit […] et levant les yeux au ciel, vu le gros bombardier faire un piqué […] ». Selon elle, « c’est arrivé si vite que le piqué et l’explosion ont semblé être presque simultanés […]. » Il était 10 h 30 : six minutes seulement après le décollage.

L’avion, qui avait 9 000 litres de carburant à bord pour un long trajet, avait manqué une école de peu et explosa en une grosse boule de feu sur des édifices résidentiels de trois étages de la rue Shannon, au coin de la rue Ottawa, dans le quartier populaire de Griffintown. 

Terry Flanagan, un enfant de huit ans qui fréquentait une école avoisinante, raconta qu’il y avait eu « une explosion énorme […]. » Selon lui, « tant de fumée noire s’est répandue dans la rue, qu’on aurait dit que la nuit était tombée […] les flammes s’élevaient à 50 pieds et il y avait une forte odeur d’essence ».

Une quinzaine de foyers furent détruits ou gravement endommagés, ainsi que plusieurs bâtiments avoisinants. Les dix morts au sol étaient quatre hommes, quatre femmes et deux enfants, dont Joseph Hébert, 37 ans, et sa fille de 18 mois, Marie-Yvette. 

La famille Wells fut aussi cruellement touchée. James Wells fila de son travail pour découvrir chez lui que son épouse Elizabeth et James, leur petit garçon, avaient été tués. Son frère Walter habitait dans le voisinage, et son épouse aussi était décédée. Wells refusa de quitter les lieux de la tragédie, car comme il le dit à la Gazette, il devait « rester […]. On va peut-être les retrouver, elle et mon petit Jimmy, d’un moment à l’autre ». Il resta jusqu’à ce qu’on trouve les corps.

Des funérailles publiques eurent lieu pour les trois aviateurs polonais quelques jours plus tard. Des milliers de personnes regardèrent leurs cercueils recouverts d’un drapeau passer dans les rues du centre-ville, accompagnés d’une garde d’honneur de l’ARC.

Selon une enquête de l’aviation, une défaillance structurale de la queue était à l’origine de la catastrophe. Ce fut l’un des pires accidents d’avion de l’histoire de la ville. 

Adhésions en hausse et nouvelles initiatives

Une vraie armée de bénévoles a aidé les anciens combattants, leur famille et leur collectivité partout au Canada en 2022. Grâce à leur dévouement, la Légion royale canadienne a pu surmonter les difficultés de la pandémie. 

La fondation de la Légion est constituée de ses adhérents indéfectibles, et ses 250 000 membres ont encore permis à l’organisation d’accomplir de grandes choses. L’année dernière, le nombre d’adhérents a augmenté pour la première fois depuis plus de 30 ans. Plus de 35 000 membres nouveaux ou réintégrés ont été accueillis. 

La mobilisation des membres, les relations publiques, les projets innovants et les efforts de défense d’intérêts ont soutenu les diverses réalisations au niveau national. Ce travail collectif a suscité l’intérêt du public et des médias, stimulé l’essor des adhésions, et en définitive, facilité la mise en place de mesures qui tendent une main aux anciens combattants aux quatre coins du pays. 

SERVIR LES ANCIENS COMBATTANTS ET LEUR FAMILLE 

Au cours de l’année 2022, les officiers d’entraide ont aidé à effectuer des demandes et des appels dans le cadre de prestations d’invalidité, et ils ont fourni des aides ponctuelles pour des nécessités comme la nourriture, le carburant, les vêtements, les médicaments et les abris d’urgence.  

Le département des services aux anciens combattants a reçu les éloges d’anciens combattants qui ont finalement obtenu des prestations d’invalidité après des années de refus. Souvent avisés de changements dans les politiques d’Anciens combattants Canada, ils ont pu obtenir des indemnités supplémentaires pour douleur et souffrance et le traitement d’autres demandes de médicaments pour traiter le stress post-traumatique.

Le département a aussi pris part à d’autres initiatives l’année dernière, comme le Burns Way Project qui veille à ce que les anciens combattants autochtones bénéficient des soins de santé mentale qu’ils méritent. Les programmes que soutient la Légion, comme l’Opération VetBuild, ont organisé d’autres réunions de groupe, autant de moyens d’appuyer la santé mentale et le bienêtre d’anciens combattants.

L’année dernière, la Légion a également continué à soutenir d’anciens combattants et des veuves aux Antilles, notamment en fournissant des repas et en effectuant des travaux pour un foyer qui fournit soin et protection. En tant que contact nord-américain pour les anciens combattants alliés et les veuves de cette région, la Légion a distribué de l’aide au nom de fonds de bienfaisance et d’entités comme la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth. 

Une couronne déposée en 2022 lors de la cérémonie nationale du jour du souvenir.

RECHERCHES ET DÉFENSE DES INTÉRÊTS

La Légion a reçu d’autres appels et plaintes d’anciens combattants dans le cadre des demandes en souffrance de prestations d’invalidité. Même si elle n’a pas pu faire activer le processus, elle a réclamé des changements immédiats dans sa lettre d’exhortation au gouvernement fédéral. Elle a aussi participé à des discussions sur le sujet dans les médias. 

Dans le cadre de ses efforts de défense des intérêts, elle a soutenu la création d’une médaille du jubilé de platine pour rendre hommage aux citoyens qui ont été particulièrement utiles, et elle a tenté de mettre fin au projet de construction de copropriété sur Juno Beach, en France. L’organisation a aussi souligné les prix élevés du logement pour le personnel des Forces armées canadiennes dans plusieurs régions. En outre, elle a continué à suivre les conclusions de l’examen indépendant de l’ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour sur l’inconduite sexuelle et le harcèlement dans l’armée, soutenant les mesures qui servent à garantir des changements durables.

La bourse d’études de maitrise de la Légion a été attribuée à nouveau par l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans. Martine Southall, étudiante en psychologie clinique de l’Université du Manitoba, a obtenu la subvention de 30 000 $ pour ses travaux sur les effets du cannabis thérapeutique chez les anciens combattants atteints d’un TSPT. La Légion préconise des recherches sur ce sujet depuis des années.

Un don de 75 000 $ a aussi été fait l’année dernière à la Concussion Legacy Foundation pour ses recherches sur les blessures à la tête et la santé cérébrale. 

ACTIVITÉS DE L’ADMINISTRATION CENTRALE

Les succès évidents de la Légion en 2022 ont reflété les activités en coulisse de l’organisation. La création d’une carte de membre numérique et l’accès à un nombre encore plus grand d’avantages grâce au programme MemberPerks et aux partenaires qui offrent la possibilité de faire d’importantes économies dans des milliers d’entreprises du pays (plus d’un million de dollars d’économies depuis le lancement du programme en 2020) se sont inscrits dans la modernisation continuelle du programme de l’adhésion. 

Des milliers de gens ont aussi acheté des produits dans la boutique en ligne de la Légion (www.poppystore.ca) ou de leur filiale; quelque 35 000 colis ont été livrés en 2022. Parmi les nouveaux produits se trouvent une lampe à DÉL, des épinglettes commémoratives (dont une soulignant le décès de la reine Élizabeth II), et un fourre-tout. Les achats aident les œuvres de l’organisation. 

Les efforts de mercatique et de communication à l’échelle nationale ont donné lieu à une grande mobilisation pendant l’année : les médias ont demandé son avis à la Légion sur des sujets d’actualité, sensibilisant ainsi la population sur sa mission et sur la campagne nationale du coquelicot. Par ailleurs, plus d’un million de communications, par courrier et courriel, ont été expédiées aux membres, aux filiales et au public. 

Le comité de l’opération Harmonie a continué de soutenir l’attention renouvelée de la Légion pour l’égalité, la diversité et l’inclusivité en étudiant de nouveaux programmes et de nouvelles politiques pour que l’organisation renforce ses relations avec un grand nombre de groupes traditionnellement marginalisés.  

Le quartier général a aussi repéré plus de 1 600 contrefaçons de la marque de commerce du coquelicot, de l’utilisation de l’image du coquelicot ou de la vente sans autorisation de produits du souvenir marqués d’un coquelicot. Une nouvelle nationale a servi à faire la lumière sur le problème, et certains détaillants en ligne se sont engagés à prendre des mesures pour éliminer de telles activités.

PROMOTION DU SOUVENIR ET DE LA CAMPAGNE NATIONALE DU COQUELICOT

Pour la première fois de son histoire, l’emblématique coquelicot à revers est enfin biodégradable, tout comme la couronne de l’organisation. Le premier est dorénavant en papier et en velours de coton, et le deuxième en diverses matières biodégradables comme la mousse et le bambou. Le lancement de ces nouveaux articles a été une importante étape de l’organisation sur le chemin du respect de l’environnement.

Les « Histoires du coquelicot » amorcées en 2022 ont connu un succès semblable. Les gens peuvent balayer un coquelicot avec leur téléphone intelligent pour découvrir l’histoire d’un ancien combattant canadien grâce à une petite présentation de la personne et de son service. C’est un nouveau moyen génial de tisser un lien avec les gens qui ont servi le pays.

La campagne nationale du coque-licot a été amorcée à la mi-octobre lorsque le premier coquelicot a été remis à la gouverneure générale, Mary May Simon, à Rideau Hall. Elle a été lancée officiellement le 28 octobre, quand les boites à coquelicot traditionnelles ont été distribuées dans 30 000 endroits aux quatre coins du pays, en plus des 1 000 boites électroniques « Donnez. Commémorez. » qui permettent de faire des dons sans contact.

D’autres partenaires commerciaux qui appuient la campagne nationale du coquelicot ont rejoint la Légion, surtout avec des dons de point de vente dans leurs locaux. Le coquelicot numérique proposé par la Fondation nationale Légion a permis aux donneurs de dédier en ligne un coquelicot à une personne. Plus de 6 000 personnes ont participé au programme, qui a recueilli presque 200 000 $.

La sixième édition de la pluie de coquelicots virtuelle de la Légion a mis en scène 117 000 coquelicots virtuels tombant sur la Tour de la Paix de la Colline du Parlement et sur l’édifice du Sénat du Canada. D’autres hauts lieux du pays, comme les chutes Niagara et la Calgary Tower, ont été éclairés à divers moments autour du jour du Souvenir en témoignage de respect collectif.

La cérémonie nationale du jour du Souvenir s’est tenue à Ottawa dans toute sa grandeur, notamment avec un spectaculaire défilé d’anciens combattants et un survol de CF-18. Le 80e anniversaire du raid de Dieppe a été souligné, notamment avec un survol d’avions de collection. Un Red Ensign qui, croit-on, a été porté par un soldat canadien à Dieppe a été déposé sur le socle du Tombeau du Soldat inconnu en l’honneur des sacrifices consentis. Il a suscité beaucoup d’intérêt. Le service militaire de feu la reine Élizabeth II a également été commémoré d’une manière poignante avec une couronne spéciale. La Mère nationale de la Croix (d’argent) du souvenir de 2022, Candy Greff de l’Alberta, a déposé une couronne pendant la cérémonie au nom des femmes dont un enfant servant dans l’armée canadienne est mort en service. 

L’année dernière, la Légion a aussi fait un don de 100 000 $ au Musée canadien de la guerre pour un projet qui servira à raconter les souvenirs et les expériences d’après-guerre d’anciens combattants et de leur famille. Et les Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes annuels de la Légion ont recommencé, avec comme thème du souvenir le raid de Dieppe. Des centaines de jeunes athlètes du pays ont concouru à Sherbrooke, Qc, sous un soleil de plomb.

UN ŒIL SUR L’AVENIR

L’année 2023 suit son court et la Légion a déjà célébré un jalon important : elle a traité la millionième adhésion en ligne depuis 2017, début des inscriptions numériques. En même temps, un nouvel outil par courriel est en cours d’élaboration pour aider les filiales à donner de leurs nouvelles et à tenir leurs membres informés de leurs activités. 

La Légion continuera de soutenir les anciens combattants et leur famille et de plaider en faveur de changements dans les programmes pour rendre leur vie meilleure. De nouveaux outils didactiques sont en cours de préparation, dont un site Web et un concours de vidéos axés sur les jeunes. Et le pèlerinage du souvenir de la Légion recommencera cet été. 

La planification des Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes de 2023 a déjà commencé, ainsi que celle des championnats nationaux des sports de participation des membres. Les détails concernant le congrès national de 2 024 à Saint John, N.-B., seront aussi bientôt publiés. Et passez bientôt à la boutique pour de nouveaux produits!

La Légion continue à déborder de reconnaissance pour ses nombreux membres, partenaires et sympathisants qui ensemble lui donnent sa force et facilitent tout ce qu’elle fait pour le bienêtre des anciens combattants.

Vous connaissez quelqu’un qui a une limitation fonctionnelle ou une question? Donnez-lui le numéro 1-877-534-4666. Vous avez une histoire intéressante à raconter? Envoyez un courriel à publicrelations@legion.ca. Vous voulez vous joindre à nous? Visitez Legion.ca, membership@legion.ca ou appelez le département des Services au 1-855-330-3344. 

Nujma Bond est directrice des communications au siège national de la Légion. 

Jusqu’à l’effusion de sang?

Une manifestation contre la conscription à Montréal, le 24 mai 1917[BAC/C-006859]

Les émeutes anticonscription de 1917 à Montréal

Plus de 10 600 victimes périrent le 9 avril 1917 lorsque le Corps canadien prit la crête de Vimy, des pertes insoutena-bles qui provoquèrent une crise politique et sociale au sein du pays. En mai, Robert Borden, premier ministre conservateur, annonça au Parlement la nécessité d’une conscription pour soutenir les forces outre-mer. 

Il présenta la Loi sur le Service militaire de 1917 le 11 juin, dé-clenchant ainsi un débat national houleux et linguistiquement clivant.

Les effets furent surtout ressentis à Montréal, qui devint à l’été 1917 un terrain de bataille. Presque tous les soirs, des milliers de Montréalais, en grande majorité francophones, agitaient leurs quartiers de la ville de manifestations contre la conscription. 

Elles étaient rythmées d’actes de violence contre des personnes et des biens, de coups feu sporadiques, d’agressions contre des militaires et de déclarations publiques révolutionnaires, notamment des appels répétés à l’assassinat de Borden. 

Un orateur affirmait que les Britanniques cherchaient
à « massacrer »
le Canada français avec la conscription.

Paul Bruchési, archevêque de Montréal, était circonspect quant à l’idée de la conscription. Il craignait qu’il n’y ait qu’un pas de la parole aux actes. Le 22 mai, il écrivit à Borden : « Est-ce qu’on n’ira pas jusqu’à l’effusion de sang? »

Le premier ministre, Robert Borden, l’archevêque de Montréal, Paul Bruchési et le maire de la ville, Médéric Martin étaient des personnages importants de la lutte concernant la conscription.[Library of Congress/Wikimedia; BAC/C-049548; British Library/Wikimedia]

Le 23 mai, environ 8 000 hommes se rassemblèrent au parc La Fontaine pour écouter Élie Lalumière et Tancrède Marsil, deux fougueux orateurs opposés à la conscription. Ils furent des centaines à converger ensuite sur le Champ-de-Mars pour rejoindre 3 000 autres protestataires. Ils gagnèrent la rue Saint-Jacques, où Marsil déclara qu’« avant qu’il y ait la conscription, il y aurait la révolution ». La foule survoltée brisa les fenêtres de La Presse, jugeant que le journal ne condamnait que trop mollement la conscription, et celles de La Patrie, journal conservateur qui la soutenait.

Lors d’un important rassem-blement et défilé anticonscription le soir suivant, Marsil s’exclama : « Avant qu’ils me tuent, bien d’autres qui se feront tuer ». Des manifestants s’attaquèrent à quelques soldats sur la rue Saint-Denis, à hauteur de l’avenue Viger. 

Les soldats canadiens et même les anciens combattants n’étaient pas en sécurité dans les rues de Montréal. Les opposants à la conscription s’en prirent à eux tout l’été. Trois finirent à l’hôpital le 24 mai, dont un avec une fracture au crâne. Les autorités militaires, inquiètes, préparèrent des troupes à Montréal pour réprimer cette violence. 

D’autres manifestations eurent lieu en juin et, le 16 juillet, 10 000 personnes se rassemblèrent au parc La Fontaine pour écouter un orateur qui affirmait que les Britanniques cherchaient à « massacrer » le Canada français avec la conscription. À un autre rassemblement au même endroit le 8 aout, des orateurs déclarèrent qu’il fallait abattre les officiers de recrutement.

Le 9 aout, à 3 h 50, une explosion de dynamite fit trembler la résidence estivale à Cartierville de lord Atholstan, propriétaire du Montreal Star. La dame Atholstan et lui s’en sortirent indemnes. Lalumière fut plus tard arrêté dans le cadre de l’affaire. La violence empirait.

La Loi sur le Service militaire fut adoptée le 29 aout 1917, déclenchant plusieurs jours de féroces batailles aux quatre coins de la ville. Une foule de 7 000 hommes réunie ce soir-là place Cartier à Saint-Henri remonta l’avenue Atwater vers la rue Sainte-Catherine en scandant « À bas la conscription! » Il y eut des échauffourées et du vanda-
lisme en chemin, ainsi que quelques
tramways très endommagés.

Près de la place Phillips, environ 150 policiers chargèrent et rouèrent les émeutiers de coups de matraque. Les manifestants répondirent en leur lançant des briques et des pierres. Des coups de révolver retentirent des deux côtés, et une vraie bataille s’ensuivit. Quatre policiers furent blessés. Du côté des manifestants, deux furent blessés par balle, vingt portaient des blessures visibles, beaucoup furent contusionnés. 

Médéric Martin, maire de Montréal, s’opposait à la conscription, mais il devait protéger sa ville. Il ordonna officiellement que les meneurs qui « fomentaient la révolte » soient arrêtés. Il interdit aussi d’autres rassemblements. Pourtant, le 31 aout, des rixes entre la police et les manifestants éclatèrent à une dizaine d’endroits dans l’est de la ville.

Le désordre cessa en septembre, et les autorités reprirent le contrôle des rues. La conscription avait été imposée, et la crise qui avait secoué Montréal tout l’été était finie.