La guerre qui a changé le monde

Des soldats canadiens « à pleins camions » célébrant après la bataille de la crête de Vimy. [PHOTO : LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA PA001353]

Au Canada, la mémoire vécue touche à sa fin. Lorsque nous écrivons cette histoire, il ne reste plus qu’un vétéran canadien de la Première Guerre mon­diale. En fait, il y a encore une poignée de ces vétérans dans le monde, ceux de la France, de la Turquie et de l’Australie ayant passé l’arme à gauche dernièrement comme leurs millions de camarades qui étaient déjà passés à l’histoire. Quand on oscille entre la mémoire et l’histoire, la guerre, malgré les 90 ans qui nous séparent, est un événement poignant qui résonne encore. La Grande Guerre pour la civilisation, la der des ders, la foutrerie monumentale, la Première Guerre mondiale : ce ne sont que quelques noms du conflit terrible qui a fait rage du 4 aout 1914 au 11 novembre 1918. La guerre a causé la mort d’entre 9,5 et 10 millions de personnes dans le monde; entre 15 et 29 millions de blessés — membres démolis et esprits brisés à vie, innombrables millions de civils tués par la maladie, la famine et le génocide. Les empires austro-hongrois, allemand et russe furent détruits; de nouveaux pays furent créés, souvent le long de failles ethni­ques : cause d’agitation en Iraq, en Yougoslavie, en Palestine. De nouvelles superpuissances sont nées — les États-Unis et l’URSS. Les cultures et les arts en ont été changés à jamais et il y a eu des mouvements modernistes dans tous les domaines, de la peinture à l’architecture, de la danse à la musique, le tout déclamant contre la guerre. Peu de gens se seraient imaginé un tel cataclysme mondial quand les armées ont pris le départ en 1914.

Une Française vend des fruits à des soldats canadiens en 1918. [PHOTO: ARCHIVES DE L'ONTARIO C224-0-0-9-49]

Le Canada a été transformé entièrement par la guerre. Le jeune dominion avait atteint la majorité. Les statistiques d’Anciens combattants Canada indiquent que 619 636 Canadiens et Canadiennes ont servi dans les Forces canadiennes à la Première Guerre mondiale et que 66 655 d’entre eux ont été tués et 172 950, blessés. C’est un prix terrible pour un jeune pays de moins de huit millions d’habitants. Le même ratio, pour le Canada du 21e siècle, quatre fois plus grand, serait d’en­viron 250 000 morts et 550 000 blessés.

Mais malgré toute la destruction, ou peut-être à cause d’elle, les Canadiens se sont unis durant la guerre comme jamais auparavant. Les hommes, jeunes ou d’âge mûr, se sont enrôlés en grand nombre, et ils étaient appuyés par toutes les collectivités du pays. Les Canadiens se sont mis à l’œuvre sans rechigner, ont ramassé des millions pour les familles des soldats, acheté les obligations de guerre pour que le gouvernement puisse payer la guerre, fait des sacrifices chaque jour. Le slogan de l’époque était combattre ou payer.

Des Canadiens blessés. [PHOTO: ARCHIVES DE L'ONTARIO—C224-0-0-10-7]

Les Canadiens se sont distingués outre-mer dans les services aériens britanniques, au combat ou en soutien et, ne pas l’oublier, dans le Corps canadien : l’armée de terre du dominion qui s’est fait une réputation d’élite au front Ouest. Les unités de combat cana­diennes ont d’abord mérité leur réputation féroce en résistant durant la deu­xième bataille désespérée d’Ypres, en avril 1915, quand la 1re Division tenait à distance les forces allemandes irrésistibles et supportait la première utilisation de chlore gazeux. Le succès à Vimy, deux ans après, offensive combinée des quatre divisions canadiennes contre la forteresse imprenable au Nord-Ouest de la France, confirma le statut du corps en tant que force formidable. Et les batailles des deux dernières années de la guerre, à la colline 70, Passchendaele et, surtout, la campagne de 100 jours, ont renforcé leur titre de troupes de choc. Mais toute victoire au front Ouest faisait couler le sang. Même quand le Corps canadien gagnait, il avait une effusion d’hommes lors des opérations et des moments dits tranquilles de la guerre des tranchées.

Le taux d’enrôlement phénoménal au Canada avait ralenti, en été 1916, quand on avait besoin d’encore plus d’hommes outre-Atlantique pour re­cons­tituer le Corps canadien exsangue au front Ouest. Le gouvernement, de plus en plus désespéré, subissant la pression des citoyens patriotes qui insistaient que l’effort de guerre soit partagé équitablement partout au pays, exigea la conscription. D’autres Canadiens, y compris beaucoup d’entre eux au Québec, dont des ouvriers, des fermiers, et certains organismes religieux, insinuaient que le Canada avait fait sa part dans cette guerre terrible et que la conscription, le recrutement obli­gatoire de jeunes hommes, était contre-productif à l’effort de guerre et moralement défavorable.

Le Canada, confédération fragile de beaucoup de régions, classes et groupes ethniques, commençait à se fêler et, quand le gouvernement de sir Robert Borden invoqua la Loi sur le service militaire, en été 1917, et fit de la conscription le noyau de l’élection, le pays fut presque déchiré. Nous devons accepter n’importe quel prix, disaient les Canadiens patriotes. Mais on ripostait : combien de sang de plus faut-il? Les fermiers voulaient savoir qui allait faire les récoltes si les hommes étaient tous envoyés outre-mer. Et si la nation mobilisait des hommes pour le service, prélevait les travailleurs, elle devrait aussi mobiliser la richesse. Ça ressemblait trop à l’infection bolchévique qui traversait la Russie et le gouvernement s’y opposa bec et ongle. Il n’y avait pas de solution facile et, quand le parti Unioniste pro-conscription de Borden fut élu, les droits de la majorité allaient piétiner les intérêts minoritaires. Cela se passe ainsi dans les démocraties, à l’occasion, surtout dans les pays acculés à la crise par la guerre et la conscription a laissé des marques.

Les séquelles politiques de la guerre n’étaient pas moins importantes, le premier ministre Borden se servant des sacrifices que faisait le pays pour exiger que l’empire britannique donne plus de droits au dominion. Impérialiste dévoué avant la guerre, en 1917 il était devenu nationaliste canadien et il fit pression sur le premier ministre britannique David Lloyd George jusqu’à ce qu’il accepte un accord important, au congrès militaire impérial de 1917 : la résolution IX. C’était une promesse de redéfinir la relation entre les dominions et la Grande-Bretagne après la guerre. Les Canadiens, forgés dans le feu des combats, étaient plus conscients du rôle que leur pays pouvait avoir sur la scène mondiale.

La Grande Guerre était la guerre d’indépendance canadienne et la guerre civile américaine fusionnées en un événement bouleversant. Les Canadiens s’unirent comme jamais mais, en même temps, le pays avait presque été perdu. Les régions s’opposaient, et les familles aussi. On pouvait établir un parallèle, d’après leur population, entre le nombre de victimes du petit dominion et celui de la guerre civile états-unienne de 1861-1865. Le Canada était majeur et, bien que c’était encore un pays en devenir, ses citoyens savaient bien mieux ce qu’ils étaient et ce qu’ils pouvaient espérer réaliser.

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Écrire chez soi en juillet 1916. [PHOTO : LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA PA000405]

En octobre 1918, suite à une des batailles les plus sanglantes, à Cambrai, les soldats Canadiens s’avançaient à travers le mont Houy et Valenciennes, et puis, le 11 novembre, ils entraient dans la ville belge de Mons. C’est ce jour-là que les canons se sont tus, le jour où, à 11 h, l’armistice entrait en vigueur.

Les vagues de soldats rentraient chez eux au milieu de l’année suivante; chacun désirant reprendre sa vie. Les anciens combattants retrouvaient familles et êtres chers, revenaient chercher du travail ou allaient se faire une nouvelle vie dans l’Ouest, à leur propre ferme. Rien de tout cela n’était facile. Ceux qui avaient été blessés ou qui souffraient de ce à quoi aujourd’hui on donne le nom de syndrome du stress post-traumatique devaient se débrouiller tout seuls, l’assistance des pensions gouvernementales ne suffisant guère, et souvent aux soins de proches qui ne reconnaissaient plus cet étranger dans leur maison. Nous ne saurons jamais combien d’anciens combattants sont passés entre les mailles du filet, combien ont cherché réconfort dans une bouteille. Mais la plupart ont réussi à supporter le nouveau stress. Ils cherchaient souvent à s’aider l’un l’autre. L’établissement d’associations de soldats, qui a fini par donner la Légion royale canadienne, permettait aux anciens combattants de maintenir leurs liens de camaraderie et de parler d’une seule voix quand il s’agissait d’améliorer leur vie, celle de leurs camarades et celle des personnes à leur charge.

Alors que la guerre s’éloignait de la vie de tous les jours, les Canadiens refusaient d’oublier le sacrifice terrible : il fallait lui trouver une signification. Bien que certains parents sans enfant, veuves et orphelins ne pourraient jamais justifier leur propre perte, et que d’autres réclamaient la fin de toutes les guerres, de ne plus jamais permettre le massacre des tranchées, la plupart des collectivités, de la plus grande des villes au hameau le plus petit, se mirent à la recherche d’une signification. Durant les années 1920, la réponse écrasante des citoyens était de construire des mémoriaux aux morts. Des vitraux d’église jusqu’aux livres commémoratifs pour les écoles, les organisations et les particuliers, en passant par les cénotaphes, il fallait se souvenir de ceux qui avaient servi et s’étaient sacrifiés. Le gouvernement fédéral lança un programme national d’érection de mémo­riaux, les plus grands en France (à Vimy) et à Ottawa (le Monument commémoratif de guerre du Canada) mais aussi la Tour de la Paix, les livres du souvenir, et d’autres moyens de commémoration.

Les collectivités locales érigèrent aussi des monuments. Le nom des morts y était inscrit de façon soignée et ces endroits de souvenir devinrent des lieux de rassemblement le jour de l’armistice, rebaptisé en 1931 jour du Souvenir. La Légion et les autres associations d’anciens combattants décidèrent d’orga­n­i­ser des cérémonies du 11 novembre et d’autres manifestations, dans le but de reconnaitre le service et les sacrifices, et de maintenir l’importance du souvenir.

Une génération marquée ne pouvait vraiment pas oublier la Grande Guerre, mais qu’en était-il de la signification? Au début et au milieu des années 1920, on voyait la guerre comme un sacrifice. Des soldats canadiens étaient morts lors d’une croisade pour le roi et la patrie, et pour le Christ, contre le militarisme et le mal.

Mais quelque chose avait commencé à changer à la fin des années 1920. Les vétérans de la guerre qui étaient revenus avaient le temps de réfléchir à leur service en guerre. Beaucoup pensaient qu’en échange de leurs sacrifices on leur avait promis une meilleure société, une « terre digne des héros ». Dix ans après la guerre, la promesse n’était pas encore tenue. Les soldats écrivaient de plus en plus amèrement, comme l’indiquaient le bestseller mondial À l’Ouest, rien de nouveau, roman de Erich Remarque, ainsi que les écrits d’un grand nombre de Britanniques, comme Richard Aldington, Robert Graves et Siegfried Sassoon. Au Canada, le natif des États-Unis Charles Yale Harrison, l’écrivain de l’école des désillusions dont on se souvient peut-être le mieux, qui avait servi dans le Corps expéditionnaire canadien, écrivit Generals Die in Bed (les généraux meurent au lit), en 1930. Bien que la plupart des écrivains racontaient le stress terrible des combats, la banalité de la guerre de tranchées, et la séparation entre le haut commandement et les soldats du front, rares étaient les romans et les mémoires, s’il y en a eu, qui déclaraient que la guerre avait été livrée pour des raisons injustes. De plus, bien que certains trouvaient une part de vérité en écrivant, d’autres anciens combattants condamnaient ces comptes rendus comme le produit de désaxés. Vu la Grande Dépression, au début des années 1930 et l’échec des démocraties de créer de meilleures sociétés pour leurs citoyens, le temps n’avait pas guéri les blessures de la guerre, les ayant laissées à vif et infectées.

Pour les gens des années 1930, la Grande Guerre était un tragique défilé de la mort qui n’avait réussi qu’à ensevelir les meilleurs d’une génération. Quelle chance pouvait avoir le souvenir de la libération de la petite Belgique quand les camarades avaient péri dans les tranchées? Comment les questions entourant l’équilibre des pouvoirs résonnaient-elles dans un monde où les dictateurs renaissaient en Allemagne, en Italie et au Japon? Vu les nouveaux nuages à l’horizon, la Grande Guerre n’avait rien résolu; elle n’avait laissé que des griefs terribles et les gagnants étaient plus faibles face à des ennemis nouveaux et rajeunis.

La Grande Guerre avait pratiquement disparu de la mémoire publique lors de la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’il y avait 1,1 million de Canadiens en uniforme pour combattre le fascisme à plusieurs fronts, la Grande Guerre s’estompait, excepté, de temps en temps, une chanson d’antan, ou des vieux des tranchées dans les unités d’anciens combattants qui protégeaient les principaux lieux au Canada. Les six années de guerre avec les subalternes d’Hitler se sont terminées en une victoire sans équivoque et une Europe en ruines, et le Canada en est sorti comme puissance moyenne et influente.

Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale ont eu leurs propres difficultés en revenant au Canada mais ils ont été aidés par un gouvernement interventionniste, par le truchement de la Charte des anciens combattants, à aller à l’école, fonder des entreprises et cons­truire des maisons. Les Canadiens ont arrêté la production d’obus et se sont mis à élever des familles.

La Grande Guerre, presque oubliée, est revenue à l’esprit des gens au milieu des années 1960. Le 50e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy a coïncidé avec les célébrations du centenaire au Canada, quand le pays, prospère et fier de ses réalisations, comme l’Expo ’67, remarqua à nouveau ses héros vieillissants. Il y a eu des voyages au front Ouest, de nouvelles histoires ont été écrites, et on a rappelé à tous que les anciens combattants encore vivants devaient être reconnus par la société et que des dizaines de milliers d’entre eux avaient disparu. En même temps, une nouvelle génération antiautoritaire et anti-guerre, de plus en plus mécontente par rapport aux normes sociales, observait l’effondrement des États-Unis qui chancelaient à cause des émeutes raciales et du sang qui continuait de se répandre au Vietnam, se tourna vers la Grande Guerre comme exemple où, disait-on, les vieux avaient mené les jeu­nes au massacre, les avaient forcés à creuser leur propre tombe au front Ouest et y avaient laissé pourrir les soldats pendant une demie décennie, en ayant tué des millions. De moins en moins de Canadiens savaient ce que la guerre avait signifié.

Durant les années 1980, la Grande Guerre était voilée par le temps et de moins en moins comprise car la plupart de ses vétérans étaient morts. Pourtant, les cinéastes, les dramaturges, les poètes et les romanciers étaient attirés par la Grande Guerre. Ils se concentraient invariablement sur la souffrance des tranchées, le soldat y étant victime. Bien que les historiens se penchaient de plus en plus sur les archives du pays pour explorer l’histoire à partir de la base, ils n’ont pas fait grand-chose pour changer la mémoire et le mythe de plus en plus racornis de la guerre.

Un camarade est sorti de la boue de Passchendaele, en 1917.. [PHOTO : IMPERIAL WAR MUSEUM DE LONDRES]

Un des mythes les plus puissants de la guerre concernait les Canadiens qui avaient servi : ceux qu’on appelait les « crédules et les abandonnés ». Les crédules étaient ceux qui auraient été dupés pour aller outre-mer et demeuraient là-bas contre leur volonté, habituellement sous la menace du peloton d’exécution. Il est indubitable que l’armée de soldats civils qui ont constitué le premier contingent en 1914 ne savaient pas à quoi s’attendre en allant outre-mer. Certains d’entre eux s’étaient enrôlés pour l’aventure; d’autres avaient ressenti le besoin de l’empire et voulaient que le Canada aide les pays plus petits, comme la Belgique, contre le militarisme allemand sans entrave; d’autres encore étaient poussés par leurs pairs, les politiciens et la chaire.

Il y avait d’innombrables raisons pour s’enrôler, y compris la croyance d’une guerre rapide et le chômage mais cela n’explique pas pourquoi des dizaines de milliers, même des centaines de milliers, de Canadiens continuaient à s’enrôler durant les années suivantes. C’est tout simplement illogique que des hommes, jeunes ou vieux, ne se soient enrôlés en 1916 que pour l’aventure; la plupart savaient à quoi s’attendre dans les tranchées. Bien que la censure a émoussé quelques-uns de ces messages, les listes de victimes ne pouvaient pas être ignorées, pas plus que les lettres révélatrices venant du front. Par exemple, ceux qui se sont enrôlés plus tard disaient ne l’avoir fait que par devoir : les hommes jeunes et célibataires du CEC (80 p. 100 d’entre eux) disaient qu’ils s’enrôlaient afin qu’un homme marié n’ait pas à le faire; il y en avait beaucoup d’autres qui attendaient car ils devaient s’occuper d’un parent malade ou mettre de l’ordre dans leurs finances; d’autres pensaient simplement qu’il fallait arrêter les Allemands et que, d’autres les ayant précédés, c’était leur tour. Les Canadiens de cette génération, loin d’être crédules, ont décidé consciemment de servir le roi et la patrie. Ils croyaient en la cause, à des degrés divers sans doute, mais dire qu’ils étaient dupes serait injuste.

Un membre du Royal Canadian Army Veterinary Corps à l’entrainement pour les attaques au gaz.. [PHOTO : LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA PA005001]

Il y a probablement encore plus d’idées fausses à propos de ce qui est arrivé aux citoyens soldats dans les tranchées du front Ouest. L’image habituelle du soldat est celle du fantassin au front, baïonnette fixée au fusil, se préparant à bondir vers l’ennemi. En fait, les batailles importantes au front Ouest étaient rares; par exemple, en 1917 : les Canadiens ont participé à la bataille de la crête de Vimy, du 9 au 12 avril, et à deux combats mineurs, du 28 avril au 8 mai; vers la fin de l’année, le Corps canadien s’était battu à la colline 70 du 15 au 25 aout et à Passchendaele du 26 octobre au 10 novembre. Il y a eu des petits raids toute l’année et du temps passé à des opérations plus actives avant et après les grosses batailles mais une grande partie du service au front c’était de garder les tranchées.

Les soldats vivaient et mouraient dans ces lignes souterraines. Bien que les conditions étaient difficiles en été et en hiver, à cause des rats, des poux, des insectes, de la chaleur, du froid et du manque d’eau qui les tourmentaient tous, les soldats n’étaient pas des machines à combat. Même aux lignes de feu, et le passage du front à la réserve, et retour au front, durait deux semaines, ils lisaient des revues, écrivaient des lettres, jouaient aux cartes, fumaient comme une cheminée et racontaient des histoires souvent de mauvais goût. Sans ces petits plaisirs, ces divertissements, ils n’auraient pas pu supporter les balles, les obus, les éclats, le gaz toxique, toutes les autres armes qui prenaient des vies au hasard.

Si le souvenir populaire de la guerre en est un de soldats qui attaquaient jour après jour et se faisaient massacrer par les mitrailleuses parmi les barbelés, ce n’était pas la faute des soldats mais celle des généraux inhumains planqués. Le mythe indique que ces maniaques supérieurs, qui avaient une prédilection pour la gloire plutôt que pour la vie de leurs soldats, rejetaient la possibilité de changer leur façon de livrer combat, ignorant les nouvelles armes et les doctrines et tactiques nouvelles.

Durant les derniers 20 ans, les historiens ont enquêté systématiquement sur ces assertions et les ont confondues, surtout en ce qui concerne le haut commandement britannique, et spécialement sir Douglas Haig, commandant en chef de la British Expeditionary Force depuis la fin de 1915 jusqu’à la fin de la guerre. Les généraux britanniques et canadiens épousaient la nouvelle technologie, qui comprenait les chars d’assaut, la puissance aérienne et les voitures blindées, ainsi que la façon d’utiliser ces systèmes d’armes ensemble, plus efficacement, en combinant les armes pour le combat. Ils n’étaient pas parfaits et rares sont les gens qui diraient que Haig était un génie militaire, mais y a-t-il eu des commandants de génie durant la guerre? Chez les Allemands, Moltke le jeune, Erich von Falkenhayn, Erich Ludendorff et Paul von Hinderburg ont tous donné des indications d’échec grossier aux points de vue stratégique, opérationnel et tactique, et les généraux français, italiens et russes semblent n’avoir essayé, tout au long de la guerre, que de détruire leurs propres forces, une offensive manquée après l’autre.
En comparaison, en fait, le haut commandement britannique avait souvent l’air bon et les forces des domi­nions l’étaient certainement, appuyées par des officiers d’état-major compétents, et profitant de leaders puissants comme sir Julian Byng, sir Arthur Currie et sir John Monash. Mais c’est une guerre où il était difficile de briller.

La puissance de la défense, sous forme de tranchées, barbelés, nids de mitrailleuses emboités soutenus par l’artillerie et par des troupes de renfort, était telle que n’importe l’efficacité des offensives — et elles se sont améliorées tout au long de la guerre — les attaquants subissaient énormément de victimes. Est-ce que cela signifiait qu’aucune des armées a appris à se battre mieux et plus efficacement durant la guerre? Non; en fait c’est le contraire : les deux côtés — les alliés et les Allemands — ont évolué tout au long de la guerre, c’est pourquoi il n’y a pas eu de victoires faciles au front Ouest.

De tels mythes, de la crédulité jusqu’à l’ânerie, durent parce qu’ils ont un fond de vérité. Il y a des soldats qui se sont enrôlés parce que bernés; il y a des généraux qui n’étaient pas dignes de leur commandement; les attaques frontales contre les mitrailleuses étaient souvent suicidaires. Mais la plupart des mythes de la guerre se sont créés au fil du temps, au fur et à mesure que chaque génération se penchait sur la Grande Guerre et avait de plus en plus de difficulté à comprendre, surtout contre leur propre société.

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En cet anniversaire de l’armistice, le 90e, on se rappelle le dicton (anglais) sui­vant : « le passé est un pays étranger ». La Grande Guerre peut bien sembler l’être : toutes les photos en noir et blanc, les films saccadés et ne montrant pas l’horreur, ses derniers vétérans de par le monde ayant plus de 105 ans, hommes anciens d’une époque révolue. Mais contrairement à la plupart des événements historiques qui font encore partie de ce pays étranger, au Canada, la Grande Guerre continue de résonner. Plusieurs milliers de Canadiens, le premier ministre et la reine ont assisté, en 2007, au dévoilement du mémorial de Vimy remis à neuf. La guerre demeure partie intégrante du programme de la plupart des écoles du pays, sauf au Québec. Les cinéastes, romanciers et dramaturges sont encore attirés par le souvenir de la guerre. Il y a des sites dans la toile comme celui du groupe d’étude du CEC qui a environ 1 000 membres et des centaines de sites privés — mémoriaux numériques — dédiés aux unités ou aux parents. Les cérémonies comme celles du jour du Souvenir et l’iconographie du coquelicot, le silence de deux minutes et Au Champ d’honneur continuent de résonner dans le temps, toujours assez puissamment pour tirer les larmes aux Canadiens, même ceux qui n’ont jamais servi dans les Forces canadiennes.
Chaque génération a ses croyances et compréhension à propos de la Grande Guerre : la guerre n’a pas changé mais ce qu’elle signifie pour nous Canadiens a certainement changé, prenant sans cesse une nouvelle forme. Le souvenir, la signification et les mythes de la Grande Guerre attirent et repoussent. Quatre-vingt-dix-ans après, nous ne pouvons pas encore la mettre de côté, et elle n’a pas encore fini avec nous.

Rapport de la capitale nationale: une Légion pleine de bonté

Le défilé de légionnaires prend le départ à la Colline parlementaire. [PHOTO : ADAM DAY]

Lors du 42e Congrès national de la Légion royale canadienne, le rabbin et aumônier honoraire national Reuven Bulka, tout en observant les couronnes déposées autour du Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa, prononce un plaidoyer en faveur de l’organisation qu’il appelle « une armée pour le bien ».

Cette expression est reprise durant le congrès qui a eu lieu du 21 au 25 juin, près de la Colline du Parlement, au Centre des congrès d’Ottawa et auquel ont assisté 1 357 délégués. « Vous avez choisi l’endroit idéal pour tenir votre congrès », dit le ministre d’Anciens combattants Greg Thompson à l’occasion des cérémonies d’ouverture. « À l’ombre de la Colline du Parlement, où sont pri­ses les décisions qui ont une incidence sur l’avenir de notre pays. C’est là que des gouvernements élus ont pris les décisions difficiles d’envoyer nos fils et nos filles à la guerre et servir dans le cadre de missions partout dans le monde. »

C’est à cette ombre que la direction de la Légion s’assemble pour débattre de sa propre gouvernance et fixer ses priorités des prochaines deux années.

Les Cameron Highlanders of Ottawa. [PHOTO : ADAM DAY]

Les activités commencent sous des nuages sombres qui, ayant apporté la pluie durant la nuit, disparaissent pendant que s’assemblent plus de 1 400 légionnaires, à côté du gazon de la Colline du Parlement, pour participer, en ce dimanche matin, à un défilé le long de la rue Wellington ainsi qu’autour de la place de la Confédération et du Monument commémoratif de guerre du Canada.

Six orchestres, dont celui des Cameron Highlanders of Ottawa et la Musique centrale des Forces canadien­nes, mènent le défilé devant la foule. Le président national Jack Frost les passe en revue. À ses côtés se trouve l’invité spécial des Pays-Bas, Son Altesse le prince Floris d’Orange-Nassau, van Vollenhoven, filleul de la Légion et officier honoraire de la Légion depuis qu’il a assisté au Congrès de 2000 à Halifax.

Le prince Floris, Thompson, le brigadier-général Terry Leversedge qui représente les Forces canadiennes, le ministre ontarien des Affaires municipales et du Logement Jim Watson, le maire d’Ottawa Larry O’Brien, le président de la Division de l’Ontario George O’Dair et Frost déposent des couronnes.

Le défilé passe devant le président national sortant Jack Frost (complètement à g.) et le prince Floris. [PHOTO : ADAM DAY]

Frost présentera le prince, l’après-midi, durant les cérémonies d’ouverture. « Il y a 32 ans à peu près, la princesse Margriet de Hollande avait demandé à la Légion, qui était présidée par Bob McChesney, d’être la marraine de son fils Floris. Nous avons accepté cet honneur. Il y a un Pèlerinage du souvenir durant lequel nous nous concentrons sur les cimetières des Pays-Bas, qui sont si bien entretenus. Nous sommes particulièrement épatés par les enfants qui s’occupent des tombes. Il s’agit d’un rappel des liens d’amitié entre les Canadiens et les Néerlandais, lesquels sont très serrés. »

Le prince Floris dit aux délégués : « je n’étais jamais venu à Ottawa, ce qui est étrange car c’est ici que ma mère est née. Un édifice avait été déclaré territoire hollandais temporairement, au cas où la naissance aurait été celle d’un garçon ».

Ce commentaire concerne la tradition selon laquelle l’héritier du royaume devait être mâle. Cependant, le titre est passé à sa tante Beatrix, la sœur aînée de Margriet, qui est actuellement reine des Pays-Bas.

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Le prince va visiter maintes institutions nationales canadiennes à Ottawa durant le congrès, et participer à un tournoi de golf philanthropique. Il sera également institué vice-président natio­nal honoraire de la Légion.

Quand les travaux commencent, le lendemain, le président des débats Tom Irvine reçoit les délégués et remarque qu’il s’attend à ce qu’il y ait beaucoup d’opinions divergentes durant le congrès, mais qu’il ne tolèrera pas les commentaires irrespectueux durant les réunions.

Les délégués sont venus discuter de la question de gouvernance, un sujet qui va prédominer, le premier jour des travaux et avoir des répercussions aux élections. Il est clair que les délégués ont fait leurs devoirs et qu’ils sont au courant des propositions concernant les modifications du Conseil exécutif national et le nombre de vice-présidents à élire. Les débats portent moins sur les modifications proposées que sur la procédure menant aux votes. La Division de l’Ontario demande une modification à chacune des trois propositions déposées.

Vu qu’elle a six représentants au CEN, c’est bien sûr elle qui perdrait le plus suite à la résolution éliminant la représentation calculée d’après la population pour donner un représentant à chaque division. Bien que la division n’arrive pas à contrer la motion, elle réussit à trouver des délégués qui acceptent des modifications à propos du nombre de vice-présidents et du nombre de fois qu’un CEN dégraissé se réunira durant l’année.

Les questions de la gouvernance ayant été réglées, Frost, président du Comité du congrès, présente une autre motion qui servirait à transformer la procédure d’élection des vice-présidents. D’après la motion, un système de vote à majorité simple suffirait pour l’élection des officiers qui sont tout seuls à leur poste, comme le trésorier et le premier vice-président. On se servirait du système « premier arrivé » pour les postes où il y a plusieurs officiers, comme ceux de vice-président national.

Le premier vice-président de la Division de la Colombie-Britannique/ Yukon, Dave Sinclair, essaie de modifier la motion sur l’élection des vice-présidents nationaux en enlevant l’article « Il est en outre résolu ». Toutefois, cette modification aurait maintenu la procédure de vote qui servait à l’élection des vice-présidents. Irvine n’accepte pas la modification car elle est contraire à la visée de la motion d’origine.

La résolution est adoptée mais, lors des élections menées ensuite par la présidente sortante Mary Ann Burdett, il est évident que certains délégués ne l’ont pas bien comprise.

La première élection est celle du président national. Frost commence en proposant le premier vice-président Wilf Edmond de Donkin (N.-É.). Edmond propose ensuite Frost pour un deuxième mandat, mais il refuse, et Edmond est élu président par acclamation.

Les quatre vice-présidents, Pat Varga de la Division de la Saskatchewan, Cliff Tessier de la Division du Manitoba– Nord-Ouest de l’Ontario, John Alger et Erl Kish de la Division de l’Ontario, sont candidats au poste de premier vice-président. La méprise apparait après le premier bulletin de vote pour premier vice-président, quand Burdett annonce que personne n’a obtenu plus de 50 p. 100. Le nom de Tessier est supprimé et elle demande un autre bulletin. C’est alors que l’auditoire explose. Nombreux sont ceux qui pensent qu’à cause de la résolution précédente, la personne ayant obtenu le plus grand nombre de voix est élue.

Malgré des arguments passionnés provenant de l’auditoire, le président Jim Rycroft du Comité des constitution et lois explique que la résolution dit clairement qu’il faut une majorité simple, ce qui, d’après les Arrêtés généraux, veut dire 50 p. 100 et une voix. Le président décide de terminer la discussion au bout d’une demi-heure. Burdett demande alors le deuxième bulletin.

Le président Steve Wessel de la Commission sur la gestion. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

Alger est retiré au bulletin suivant, et il ne reste que Varga et Kish entre lesquels choisir. Varga, qui est vice-présidente depuis 2002, est victorieuse.

Les trois autres candidats au poste de premier vice-président sont automatiquement candidats aux postes de vice-président. Paulette Cook de la Division du Québec, Calvin Crane et Gerald Warford de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador, Gord Moore de la Division de l’Ontario, Gerry Vowles de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, Roger Oakley de la Division du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario et Tom Eagles de la Division du Nouveau-Brunswick sont aussi proposés.

La Division de l’Ontario aurait pu obtenir les trois postes de vice-président mais Alger remercie les délégués du temps qu’il a passé à la Direction nationale et refuse de se présenter à nouveau. Oakley refuse également de se porter candidat.

Des délégués étudient leur livre du congrès. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

En fin de compte, les trois vice-présidents sont les candidats qui ont le plus grand nombre de voix. Kish, membre de la filiale Limestone City de Kingston (Ont.), est réélu et il se joint aux nouveaux vice-présidents Paulette Cook de la filiale Philipsburg (Qc) et Gord Moore de la filiale Elmira (Ont.).

Le trésorier national Mike Cook de la filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.) est élu par acclamation à un nouveau mandat. Steve Wessel de la filiale Centennial de Dartmouth (N.-É.) se mesure à Irvine de la filiale Hemmingford (Qc) pour le poste de président des débats. Le président des débats Bill Chafe de la Division de l’Ontario, vice-président des débats intérimaire du Congrès, est proposé aussi mais il refuse. Les délégués rappellent Irvine à un autre mandat.

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Plus tard, Frost fait son rapport en tant que président du Comité des anciens combattants, des services et des ainés, durant lequel il remarque qu’il s’est présenté à des comités parlementaires afin d’appuyer la déclaration de la Journée nationale des Casques bleus et de plaider en faveur d’améliorations à la nouvelle Charte des anciens combattants. « La Légion s’est présentée le 19 mars 2007 au Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration pour plaider en faveur des membres des Forces canadiennes et des épouses de guerre qu’on considère “Canadiens perdus”. À la fin de l’année 2007, le gouvernement a entamé une mesure corrective à ce propos », dit Frost.

« Le programme d’étude des soins de longue durée, dans le cadre duquel, à la demande d’Anciens combattants Canada, la Légion fournit des sondeurs pour interviewer les anciens combattants des institutions de soins de longue durée, a eu une année réussie. Il y a 2 587 anciens combattants vivant dans 683 institutions qui ont été visités à travers le pays, et les questionnaires où l’on inscrit leurs commentaires sur la qualité des soins ont été remis au ministère. Leur analyse indique qu’il y a un très grand degré de satisfaction générale en ce qui concerne les soins et le logement. La plus grande insatisfaction est toujours la nourriture institutionnelle », dit-il.

Frost présente 59 motions de la part du Comité des anciens combattants, des services et des ainés, qui, toutes, sont adoptées. Parmi les questions ayant obtenu la priorité, il y a celle du droit des anciens combattants frêles aux avantages du Programme d’autonomie des anciens combattants sans tenir compte de leur droit concernant l’invalidité et que les avantages de santé, y compris le PAAC, soient étendus à la conjointe d’un ancien combattant si besoin il y a.

Dans son rapport, la présidente Pat Varga du Comité du coquelicot et du souvenir dit que le programme d’essai concernant la distribution de coquelicots autocollants durant les visites aux résidences d’ainés a eu beaucoup de succès. Elle dit que le comité va prépa­rer un plan pour un jour national de visites et distribuer les autocollants aux anciens combattants particuliers et aux résidences d’ainés. Elle dit qu’il sera coordonné parmi les divisions et qu’on demandera aux filiales du pays de s’occuper de cette distribution d’un jour, le premier dimanche de la campagne.

Pat Varga est élue première vice-présidente. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

Varga présente une motion demandant au gouvernement de modifier le code criminel pour protéger du dénigrement et du vandalisme les mémoriaux de guerre et les tombes militaires, ainsi que les grandes pièces et les artefacts militaires d’importance historique. C’est adopté rapidement, sans discussion.

La présentation faite par l’enseignante néo-écossaise Donna Griffin, à propos de ses expériences durant le pèlerinage du souvenir des leaders de la jeunesse de la Direction nationale, en 2005, est un plaisir pour les délégués. Varga dit que bien que ce soit la 60e fois que Griffin fait cette présentation sur le pèlerinage, tous ont été touchés. Griffin a des larmes aux yeux quand elle montre les diapositives et discute des expériences des pèlerins durant le voyage de deux semaines aux champs de bataille et aux cimetières d’Europe.

Le grand président honoraire de la Légion Charles Belzile (à g.) et le nouveau président national Wilf Edmond. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

Le président du Comité des adhésions Erl Kish rapporte qu’en 2007 il y avait 373 367 membres, soit 96,08 p. 100 du nombre de 2006. Il dit que le comité continue de fournir des outils, des conseils et la direction qu’il faut pour s’occuper efficacement des activités d’adhésion.

Il présente deux motions composées par son comité. La première concerne la création d’une catégorie de membres à titre personnel pour les gens qui appuient la Légion mais qui ne désirent pas encore appartenir à une filiale en particulier. La deuxième concerne la permission aux membres dont l’adhésion a expiré d’additionner les années de service passées à leur retour. Les deux sont rejetées à plates coutures.

Le grand président honoraire de la Légion Charles Belzile fait prêter serment aux vice-présidents (de g. à d.) Paulette Cook, Erl Kish et Gordon Moore. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

John Alger, président du Comité des sports, fait un rapport sur une étude concernant la participation des membres aux sports de la Légion. « Les résultats du sondage indiquent qu’un petit nombre de membres participent au curling de la Légion à travers le pays (environ 2 700 réguliers et ainés) et pourtant il y a deux championnats nationaux. Chaque épreuve coutant à peu près 55 000 $, ce n’est peut-être pas une dépense juste d’un point de vue proportionnel. »

Alger dit avoir demandé leur avis à toutes les divisions et qu’en majorité elles préfèrent la fusion des deux épreuves de curling. Cela se fait donc, à temps pour les compétitions de l’année courante.

Le premier vice-président Wilf Edmond, le vice-président John Alger. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

Le président du Comité de l’unité des anciens combattants Charles Belzile rapporte que les discussions que la Légion a eues, en automne, avec les représentants de 14 associations d’anciens combattants, pour s’unir sous l’étendard de la Légion, se sont bien passées. Les délégués appuient fermement une motion de continuer les discussions avec d’autres associations d’anciens combattants pour produire une proposition conjointe avec ces organisations afin que toutes les associations d’anciens combattants s’assemblent en une fédération ou fusionnement semblable sous le nom et l’adhésion à la Légion royale canadienne.

À propos des rituels et insignes de la Légion, les délégués acceptent deux points qui ont été appuyés par le Comité de l’unité des anciens combattants. Elles ont pour but de permettre aux membres anciens et actuels des Forces canadiennes ou des forces alliées de porter l’insigne de leur unité ou de leur régiment à la poche inférieure droite du blazer de la Légion. L’autre modifie le règlement de l’habillement pour permet­tre aux membres actuels ou anciens des Forces canadiennes de défiler avec la coiffe qu’ils ont méritée.

La baisse du pavillon aussi est sujet de débats importants. Les délégués acceptent une motion servant à maintenir la verticalité du pavillon pendant qu’on joue l’hymne national et le royal. Par ailleurs, au bout d’un long débat, la Division du Québec retire une motion selon laquelle on arrêterait de baisser le pavillon, quel que soit le moment, durant un service du souvenir.

Le trésorier Mike Cook fait plaisir aux délégués en leur faisant un rapport fi­nancier positif. « Les budgets des trois prochaines années sont nuls ou équilibrés. Les excédents de fonctionnement prévus pour ces périodes, 766 450 $, 457 350 $ et 66 450 $ respectivement, seront affectés à la réserve de l’adhésion. Grâce à une gestion rigoureuse des budgets, nous allons réussir à ne pas augmenter les frais d’adhésion jusqu’en 2012 au moins », dit-il.

Le prince Floris et la princesse Aimée assistaient aux cérémonies d’ouverture. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

Peut-être à cause du rapport de Cook, les délégués se montrent fort généreux envers la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth. Le secrétaire national Duane Daly fait une présentation courte mais efficace sur le travail que fait la Légion royale cana­dienne pour aider les anciens militaires des Antilles et leurs veuves. « Il y a encore des besoins et ils existeront jusqu’à ce que le dernier ancien combattant disparaisse », dit-il.

Les délégués font la queue aux microphones pour annoncer leurs dons à la LRACC. Daly annonce que le total des dons et des promesses s’élève à 312 940 $ : un record. Ce montant est si élevé que, par la suite, on lit une note durant le congrès comme quoi le président de la LRACC, le prince Philip, en a été informé et qu’il s’est dit très heureux.

Le soutien pour le Fonds de moral des troupes de la LRC aussi est solide. Ce fonds sert à fournir des bons-cadeaux, pour un café et un beigne, aux hommes et aux femmes qui servent au Kandahar en Afghanistan. Les dons de l’audience s’élèvent à 32 818 $.

Le président national Jack Frost (à g.) et le premier vice-président Wilf Edmond. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

L’arrivée du général Rick Hillier, qui allait quitter le poste de chef d’état-major de la défense dans quelques jours, est un des instants marquants du congrès. Les délégués se lèvent pour l’applaudir quand il entre dans la salle. Il commence par la présentation surprise à la Légion royale canadienne d’un médaillon des Forces canadiennes pour service distingué. Le médaillon est remis par le chef d’état-major de la part des Forces canadiennes à « d’autres personnes que les militaires canadiens en service actif (qui) rendent service aux Forces canadiennes ».

Hillier remet le médaillon à Frost et s’adresse aux délégués : « je parle de la part de 85 000 personnes en uniforme qui disent que vous êtes extraordinaires ».

Le chef d’état-major de la Défense au bord de la retraite, le général Rick Hillier (à g.) offre un Médaillon des Forces canadiennes pour ser­vice distingué à la Légion. Le président national Jack Frost l’accepte. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

Il fait l’éloge de la Légion pour ce qu’elle fait pour les anciens combattants et, avec l’appui du public, pour son soutien des troupiers et de leur mission. Il remarque que la Légion est souvent présente lorsque les troupes reviennent de mission et que ses programmes les soutiennent durant leur déploiement. « Il y a 1 200 hommes et femmes au Kandahar, où il fait souvent 50° C et les progrès sont constants. Ils persévèrent dans leurs efforts parce qu’ils croient que ce qu’ils font a une grande valeur. C’est ça le courage : persévérer dans le même travail, jour après jour. Ils ne pourraient pas le faire sans votre appui. »

Sa reconnaissance pour la Légion se conforme à ce que disait le rabbin Bulka auparavant, devant le Monument commémoratif de guerre du Canada : que la Légion est « une armée pour le bien ».

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Rapport De La Capitale Nationale: Adopté!

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LÉGENDE

Abréviation de comités : C & L — constitution et loi; CEN — Conseil exécutif national; DÉF — défense; SACI — Section des anciens combattants impériaux; L, D & J — leadership, développement et jeunesse; ADH — adhé­sions; C & S — coquelicot et souvenir; R & I — ri­tuel et insignes; S-É — sous-exécutif; ACAS — anciens combattants, aînés, service.

Abréviations gouvernementales : FC — Forces canadiennes; SCHL Société canadienne d’hypothèques et de logement; MDN — ministère de la Défense nationale; ACC — Anciens combattants Canada.

Législation : LRIMFCAC — Loi sur la rééducation et l’indemnité des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants; NCAC — nouvelle Charte des anciens combattants; RARM — Régime d’assurance-revenu mili­taire; PAAC — Programme d’autonomie des anciens combattants.

* Dénote une résolution non ratifiée rapportée à l’auditoire et approuvée par le congrès.

CONSEIL EXÉCUTIF NATIONAL

1. (CEN) — Réduit le nombre de représentants au CEN à un par division.

2. (CEN) — Réduit le nombre de vice-présidents au CEN de quatre à trois.

3. (CEN) — Supprime le comité sous-exécutif et incorpore les huit dirigeants élus de la Direction nationale au CEN, qu’on appellera dorénavant des dirigeants supérieurs élus (traduction non officielle, n.d.t.); et prescrit que le CEN se réunisse au complet deux fois par année (trois fois durant les années de congrès) en plus des réunions spéciales requises par le président national.

68. (CONGRÈS) — Adopte la majorité simple pour l’élection aux postes à un seul officier, et un vote « premier arrivé » pour l’élection des officiers aux postes multiples comme ceux de vice-président national.

[PHOTO : ADAM DAY]

SOUS-EXÉCUTIF

4. (S-É) — Exhorte le gouvernement fédéral de déclarer le Jour de la crête de Vimy fête nationale fédérale.

5. (SASK.) — Demande à la Direction nationale de plaider pour des punitions pour pédophilie plus sévères.

*303. (MAN/N-OO) — Demande à ACC de faire abroger la législation qui permet à la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique de lever des droits pour la musique jouée aux manifestations des filiales de la Légion.

GÉNÉRAL

6. (ACAS) — Recommande aux FC de rembourser le montage de médaille aux anciens combattants comme aux militaires.

7. (ACAS) — Fait pression pour regrouper tous les ombudsmans fédéraux dans un bureau central à larges pouvoirs légiférés.

8. (ACAS) — Demande que les lois et règlements du gouvernement soient modifiés pour un accès prioritaire, aux soins de santé, des anciens combattants et des personnes à leur charge.

9. (ACAS) — Demande à ACC de combler assez de postes de gérant pour besoins de santé élevés pour cadrer avec l’introduction des Services intégrés aux anciens combattants.

10. ACAS — Demande à ACC de rembourser en entier la course en taxi des anciens combattants allant à un rendez-vous de soins de santé.

11. (Qc) — Demande à ACC d’engager plus de personnel pour répondre adéquatement à l’augmentation des demandes de services et d’avantages par les militaires réformés.

12. (ACAS) — Demande de cesser la défalcation du RARM sur les pensions d’invalidité d’ACC.

13. (ACAS) — Demande que la réduction annuelle des versements d’avantages de décès aux membres des FC soit retardée jusqu’à l’âge de 66 ans comme chez les fonctionnaires.

14. (ACAS) — Demande à ACC et aux FC d’informer les anciens combattants efficacement des maladies risquant de donner lieu à l’invalidité et de leurs droits conséquents.

15. (ACAS) — Demande qu’ACC reconnaisse l’exposition secondaire au produit Orange comme déterminant d’invalidité important.

16. (ACAS) — Demande qu’ACC reconnaisse les qualifications professionnelles des professionnels de la santé certifiés ou autorisés non traditionnels; que leurs diagnostics établissent le droit aux avantages d’invalidité.

17. (ACAS) — Exhorte ACC d’ajuster sa méthode de calcul des avantages de perte de revenu d’après la NCAC, pour tenir compte des augmentations probables de salaire et de promotion des membres des FC; et que le salaire de base minimal des calculs soit celui de caporal.

18. (ACAS) — Demande au Tribunal des anciens combattants (révision et appel) d’annuler la décision d’interprétation sur l’ouïe d’après un critère de « diligence raisonnable » qui est en désaccord avec les dispositions du « bénéfice du doute ».

19. (ACAS) — Demande que la LRIMFCAC soit modifiée pour permettre le transfert d’une partie des avantages de perte de revenu (considérés revenu) à un régime de pension, pour les besoins après 65 ans.

20. (ACAS) — Demande d’améliorer le programme de compensation d’invali­dité, qu’il soit indexé annuellement au cout de la vie, pour les membres et les vétérans des FC.

21. N.-É./Nun.) — Demande à ACC de réviser le dossier médical des demandeurs désirant l’indemnité pour surdité ou acouphène reliés au service, car l’équipement primitif d’antan ne pouvait déceler la perte causée par le bruit.

22. (N.-É./Nun.) — Demande que les survivants d’un ancien combattant ayant une pension d’invalidité ou de prisonnier de guerre obtiennent une pension à vie. Demande aussi que la pension soit fixée à 75 p. 100 du montant que recevait l’ancien combattant, quel que soit le pourcentage d’invalidité déterminé par ACC.

PROGRAMME D’AUTONOMIE DES ANCIENS COMBATTANTS

23. (ACAS-SASK.) — Exhorte ACC d’augmenter immédiatement les avantages de santé pour offrir de meilleurs services, selon les besoins, vu la montée des prix des remèdes et appareils curatifs.

24. (ACAS) — Demande à ACC de simplifier les avantages de soins de santé et de rationaliser les processus et politiques car le processus de demande compliqué est répulsif et il empêche de comprendre les exigences.

25. (ACAS) — Exhorte ACC d’étendre les avantages du PAAC aux anciens combattants alliés comme aux cana­diens dans le besoin.

26. (ACAS) — Demande à ACC d’accorder le PAAC aux membres et aux vétérans de la GRC, financé par le Solliciteur général avec l’appui du commissaire de la GRC.

27. (ACAS-N.-É./Nun.-SASK.-N.-B.) — Demande à ACC d’accorder les avantages du PAAC aux anciens combattants frêles; et au cas où ils meurent avant de les obtenir, qu’ils soient attribués à leur conjointe dans le besoin.

28. (ACAS-N.-É./Nun.-QC-SASK.-N.-B.) — Demande que les avantages de santé intégrés, y compris le PAAC, soient accordés à l’épouse de l’ancien combattant dans le besoin, nonobstant les dates.

29. (ACAS) — Exhorte ACC d’accorder le maintien du terrain aux anciens combattants qui vivent dans un condomi­nium ou une coopérative de retraite, alors qu’ils doivent payer ce genre de service; et que ces avantages soient accordés aux survivants si nécessaire.

30. (ACAS) — La Division de la N.-É./ Nun. demande à la Direction nationale de demander à ACC de payer les mêmes honoraires d’escorte à tous les membres de la maisonnée du client qu’aux autres fournisseurs de ce service.

31. (ACAS) — Exhorte la Commission canadienne des codes du bâtiment et de prévention des incendies d’inclure des normes de barre d’appui dans les salles de bain, aux révisions des codes du bâtiment. Demande aussi à ACC de financer les stratégies de prévention des chutes et l’équipement chez les anciens combattants.

32. (ACAS) — Demande à ACC et à la SCHL de faciliter le financement du développement de projets de logement abordable en instituant un financement complémentaire du capital renouvelable qui fournisse des prêts à intérêt, afin de compenser en partie les exigences de valeur résiduelle.

SOINS DE LONGUE DURÉE

33. (ACAS) — Exhorte ACC de s’assurer que le nouveau contrat avec le Conseil canadien d’agrément des services de santé délivre un rapport sur chaque ins­titution évaluée afin de pouvoir identifier les problèmes affectant les places à accès prioritaire.

34. (ACAS) — Demande à ACC d’exhorter les autorités provinciales à créer un système de vérification immédiate du statut d’ancien combattant afin de ne pas risquer le cas du client dans les programmes où il faut le faire ainsi.

35. (ACAS) — Exhorte de créer des directives nationales concernant les contraintes chimiques dans les institutions de soins de longue durée, et leur utilisation seulement en dernier ressort.

36. (ACAS) — Demande à ACC de travailler avec les organisations d’anciens combattants et les autorités provinciales et municipales pour déterminer l’affectation des lits de soins de longue durée aux anciens combattants et, si approprié, à leur conjointe.

37. (ACAS) — Demande à ACC d’ins­tituer un programme de soins transitoires aux anciens combattants allant aux soins de courte durée ou en en revenant, dans la sécurité et la dignité.

38. (ACAS) — Exhorte ACC d’offrir des soins palliatifs appropriés aux anciens combattants dans leur collectivité et de les conscientiser sur ces services.

39. (ACAS) — Demande à ACC de confirmer sa responsabilité à propos des soins de longue durée pour ancien combattant et de créer des normes nationales. Demande aussi une mise à jour sur les 25 recommandations faites par le Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants en 2003 à propos des soins de longue durée.

40. (ACAS) — Recommande qu’on engage un personnel permanent seulement dans les institutions de soins de longue durée pour anciens combattants, et qu’ACC offre des incitations pour cela.

41. (ACAS) — Demande que la Légion plaide auprès des gouvernements provinciaux, par l’entremise d’ACC, pour qu’ils modifient leurs politiques afin que les anciens combattants puissent rester chez eux, sans pénalité, jusqu’à ce qu’ils aient une place dans l’établissement de soins de longue durée de leur choix. Et qu’ACC et les gouvernements provinciaux s’assurent que les anciens combattants obtiennent les soins nécessaires chez eux.

FORCES CANADIENNES/GRC

42. (ACAS) — Recommande que le gouvernement fédéral établisse une approche cohérente aux versements erronés du Régime de pensions (RPC) du Canada et du programme de Sécurité de la vieillesse à cause d’une mésestimation de l’Indice des prix à la consommation.

43. (ACAS) — Exhorte le gouvernement fédéral d’éliminer les contributions à l’assurance-emploi des membres des FC qui ne vont probablement jamais en obtenir des prestations.

44. (ACAS) — Demande au Conseil du Trésor de financer en entier le Régime d’assurance d’invalidité prolongée (RARM) pour les membres des FC, lesquels paient actuellement 15 p. 100 du financement.

45. (ACAS) — Recommande qu’ACC et les FC ajustent les paramètres de la surdité.

46. (ACAS) — Demande au MDN de nommer un représentant de la Légion royale canadienne au Comité consultatif des pensions des FC.

47. (ACAS) — Recommande que les allocations de survivant versées d’après la Loi sur la pension de retraite des FC (LPRFC) soient augmentées, du niveau actuel de 50 p. 100, à 66 p. 100 de la pension du membre.

48. (ACAS) — Demande l’élimination de la récupération du RPC qui arrive à 65 ans, lorsque les membres des FC ont droit aux prestations du RPC, et que la LPRFC serve à payer des « avantages accumulés » semblables à ceux des députés.

FUNÉRAILLES ET ENTERREMENTS

49. (ACAS) — Demande à ACC d’augmenter le maximum permis d’après le Programme de funérailles et d’inhumation des anciens combattants; qu’il équivaille à ceux de la GRC et des FC.

50. (ACAS) — Recommande que les avantages de funérailles et d’inhumation du Fonds Last Post soient offerts à tous les membres et vétérans des FC dans le besoin, sans exigences d’admissibilité compliquées.

51. (ACAS) — Demande d’enlever la TPS des dépenses funéraires des familles d’anciens combattants.

52. (ACAS) — Recommande qu’ACC réinstitue les avantages funéraires du Fonds Last Post pour les anciens combattants alliés.

53. (ACAS) — Demande à ACC que tous les anciens combattants aient automatiquement droit à une stèle funéraire lors de leur décès, et qu’on annule le test sur les moyens que doivent passer les survivants.

[PHOTO : ADAM DAY]

SANTÉ PHYSIQUE/MENTALE

54. (ACAS) — Exhorte les FC et ACC de financer adéquatement le Soutien social aux victimes de stress opérationnel (SSVSO); qu’il fonctionne comme un des services de soutien par les pairs.

55. (ACAS) — Recommande que les épouses et les enfants aient droit aux services de soutien par les pairs du SSVSO, que leur parent membre ou vétéran des FC ait essayé ou pas d’obtenir un diagnostic ou des soins.

56. (ACAS) — Demande qu’on fournisse davantage de places de stabilisation et soutien, sur une base décentralisée régionale, aux gens souffrant de traumatisme lié au stress opérationnel.

57. (ACAS) — Demande un plan d’action dans toutes les provinces afin de faciliter la certification des praticiens, grâce à l’encouragement et au soutien de Santé Canada, d’Immigration Canada et des autorités réglementaires médicales et infirmières provinciales, financé par ACC.

58. (ACAS) — Exhorte ACC et les FC d’ajuster les soins de santé mentale pour les membres et les vétérans des FC souffrant de traumatisme lié au stress opérationnel et de modifier les règlements afin d’offrir les mêmes soins à leur famille également.

59. (C.-B./YUKON) — Décrète que la Légion plaide auprès des organismes d’État pour qu’ils contribuent aux cliniques des programmes d’aide à la transition pour anciens combattants souffrant de traumatisme lié au stress opérationnel.

60. (N.-B.) — Décrète que la Légion adjure ACC de continuer de payer les soins podologiques aux anciens combattants à l’hôpital.

61. (ONT.) — Demande que les pensionnés militaires du temps de paix et les récipiendaires de décorations aussi aient droit aux avantages de santé et services du groupe B, comme les autres classes d’anciens combattants, s’ils en ont besoin.

AINÉS

62. (ACAS) — Recommande que le gouvernement fédéral donne suite à la recommandation de la Légion adoptée par le groupe de travail sur les ainés du premier ministre, en établissant un programme d’autonomie des ainés semblable au PAAC.

63. (ACAS) — Exhorte la promulgation des droits des ainés.

64. (ONT.) — Recommande la modification de la réglementation fiscale pour élever fortement le seuil d’imposition des ainés veufs.

COQUELICOT ET SOUVENIR

65. (ONT.) — Décrète que la Légion demande la modification du Code cri­minel canadien pour protéger les mémoriaux de guerre, les tombes militaires et les grandes pièces et les artefacts militaires d’importance historique, qu’on ne puisse diminuer leur apparat de quelle façon que ce soit.

SPORTS

69. (ONT.) — Décrète qu’à la discrétion des entraineurs, les athlètes de moins de 16 ans puissent faire partie de l’équipe de relais des moins de 18 ans de leur division sans risquer leur statut chez les moins de 16 ans, tant qu’ils ne font pas partie de plus d’une équipe de relais par jour.

70. (ONT.) — Demande que les athlètes qui participent aux épreuves multiples (heptathlon et octathlon) puissent faire partie de l’équipe de relais de leur division s’ils sont choisis par leur entraineur.

71. (SASK) — Modifie le règlement touchant l’admissibilité des joueurs d’une petite filiale afin d’empêcher celles qui ont plus de 100 membres, plutôt que 75, de sélectionner un joueur d’une petite filiale.

DÉFENSE

72. (ONT.) — Demande que le Canada délivre une carte pour portefeuille qui servirait de preuve de service et date de libération pour les anciens des FC qui n’ont pas droit à une carte ND175.

73. (QC) — Décrète que la Légion adresse une pétition au gouvernement fédéral, qu’il donne accès gratuit à Via Rail et autres moyens de transport fédéraux aux membres des FC, et à Air Canada à un taux de 50 p. 100.

*324. (MAN./N-OO) — Demande au gouvernement fédéral de créer une médaille canadienne commémorative de la guerre froide pour les Canadiens qui y ont servi au moins trois ans.

RITUEL ET INSIGNES

74. (R & I) — Demande qu’on modifie les règlements vestimentaires pour que les membres de la Légion qui sont membres ou vétérans des FC ou des forces alliées puissent porter l’insigne de leur unité ou régiment à la poche inférieure droite du blazer de la Légion.

75. (R & I) — Modifie les règlements vestimentaires de la Légion pour permettre aux membres de la Légion qui sont membres ou vétérans des FC ou des forces alliées de défiler avec la coiffe qu’ils ont méritée, y compris l’insigne de coiffure à la place de l’insigne de béret de la Légion. Décrète aussi que la garde du drapeau de la Légion porte toujours l’uniforme de la Légion au complet.

76. (C.-B./YUKON) — Demande qu’on frappe de nouvelles épingles de la Légion pour les commanders de zone ou de district sortants.

77. (C.-B./YUKON) — Demande qu’on modifie la formulation de la procédure d’installation ainsi : « la Légion représente une camaraderie serrée et unie parmi tous ses membres et les gens qui ont servi ou qui servent, de sorte que ni leurs droits ni leurs intérêts ne seront oubliés, et que leur bien-être et celui des personnes à leur charge, surtout les personnes à charge des invalides, des malades, des ainés et des nécessiteux, sera toujours sauvegardé » (traduction non officielle, n.d.t.).

78. (C.-B./YUKON) — Décrète que la Direction nationale demande à la Commission de toponymie du Canada de nommer un mont du chainon Victoria Cross en l’honneur de Robert Hampton Gray, VC, DSC, RVMRC.

79. (C.-B./YUKON) — Exhorte que le drapeau du Canada reste vertical, avec fierté, quand on joue l’hymne national et l’hymne royal, et qu’il ne soit pas exposé de manière inférieure aux autres drapeaux ou pavillons.

82. (SASK.) — Décrète que la Légion rende public son désir de respect et de dignité lors de l’interprétation de l’hymne national.

CONSTITUTION ET LOIS

83. (Î.-P.-É.) — Change la formulation des Arrêtés généraux de la Légion pour permettre au président de filiale ou de division de destituer des membres qui sont en infraction et de révoquer leurs privilèges au club, sur-le-champ.

SECTION DES ANCIENS COMBATTANTS TUBERCULEUX

84. (SACT) — Révise la formulation des Arrêtés généraux de la Légion afin d’extirper les imprécisions dans les catégories de membre de la SACT et dans les dispositions d’adhérence.

Rapport De La Capitale Nationale: Les Officiers Senior

. [PHOTO : PATRICK RILEY]

Les nouveaux officiers senior de la Direction nationale (de g. à d.) : la première vice-présidente Pat Varga, le président national Wilf Edmond, le président sortant Jack Frost; (derrière, de g. à d.) : le trésorier Mike Cook, la vice-présidente Paulette Cook, le vice-président Gordon Moore, le vice-président Erl Kish, le président des débats Tom Irvine.

PRÉSIDENT NATIONAL Wilf Edmond, 75 ans, fils d’un vétéran de la Grande Guerre, a œuvré à tous les échelons de la Légion depuis 50 ans. Il est membre à vie de la filiale Donkin (N.-É.) du Cap-Breton et a servi en tant que président de la Nouvelle-Écosse de 1993 à 1995. Avant de siéger à la direction divisionnaire, il a servi plusieurs fois comme président de filiale et commander de zone. Ces derniers temps, il a siégé à la plupart des principaux comités nationaux. Il est président du Comité des anciens combattants, des services et des ainés, du Comité de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth et du Comité de la solde. Il est vice-président des comités du budget, de l’investissement et de la pension du personnel.

Il a travaillé 36 ans à la Cape Breton Development Corporation, d’où il s’est retiré en 1991. M. Edmond a aussi servi 33 ans comme pompier volontaire à Donkin. Il adore chanter et a été membre de la chorale de la St. Luke United Church, et c’est un ancien membre de la chorale de mineurs de charbon The Men of the Deeps. Quand il était jeune, il était entraineur de base-ball mineur et il a été président de la Eastern Suburban Little League du comté du Cap-Breton. Une médaille du service méritoire avec palme lui a été décernée. Son épouse Annie et lui ont une fille, Phyllis et deux fils, Wilfred et Brian, ainsi que six petits-enfants.


PREMIÈRE VICE-PRÉSIDENTE Pat Varga, membre à vie de la fi­liale Coleville (Sask.), est entrée à la Légion en 1979, à la filiale Marshall (Sask.). Elle siège au Conseil exécutif natio­nal depuis 1997 et elle a servi à nombre de comités. Elle est présidente du Comité national des sports, vice-présidente du Comité de la solde et membre du Comité des anciens combattants, des ser­vices et des ainés, ainsi que de celui de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth. Elle a aussi siégé aux comités des coquelicot et souvenir et des relations publiques. Elle est également une sondeuse du programme de sondage de soins de longue durée.Elle a été dans la Marine royale du Canada pendant presque 12 ans et, l’an dernier, a quitté son poste de directrice de l’administration du Carlton Trail Regional College. Elle conti­nue de travailler comme conseillère et siège au conseil de la banque d’alimentation de Kindersley, et elle est aussi conseillère muni­ci­pale du village de Coleville. Elle affectionne le camping, la lecture, le golf et la fabrication de nounours.Mme Varga est récipiendaire d’une médaille du service méritoire avec palme. Lorne et elle ont trois filles, Lee, Melody et Kacie et trois petites-filles.


VICE-PRÉSIDENT Erl Kish, 73 ans, a servi plus de 40 ans à la Légion. Il a été président de la Division de l’Ontario en 2003, ayant monté les échelons, et il a siégé à nombre de comités nationaux, dont ceux des sports, des adhésions et de la liaison. Il est actuellement président du Comité des relations publiques. Il a passé 30 ans dans le Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne et dans le Corps royal canadien des ingénieurs électriciens et mécaniciens. Avant de se retirer du service militaire, en 1983, il a servi en Tanzanie, en Égypte, à Chypre, en Allemagne et en Norvège.M. Kish est membre du Comité de la Villa de la Légion, un projet zonal de logis pour ainés à Kingston (Ont.). Il a aussi siégé au comité consultatif des anciens combattants à l’Hôpital Sunnybrook de Toronto. Il est membre à vie de la filiale Limestone City de Kingston.Membre à vie de la Légion, il est récipiendaire d’une médaille du service méritoire avec palme. Sa partenaire Sheila et lui ont élevé 10 enfants. Il affectionne le golf et la pêche.


VICE-PRÉSIDENTE Paulette Cook, 55 ans, est une membre laborieuse de la Légion. Elle a gravi les échelons depuis qu’elle est entrée à la filiale Philipsburg (Qc), comme associée, en 1972. En 2005, elle était la première femme à obtenir la présidence de la Division du Québec. Elle est actuellement présidente du Comité national des adhésions. Auparavant, elle siégeait aux comités des adhésions et de la liaison.Mme Cook s’est impliquée, dans sa collectivité, dans les Scouts du Canada et elle travaille aux Verint Video Solutions. Elle affectionne la lecture, les voyages, la plongée et le jardinage. Elle a quatre enfants, Jennifer, Wanda, Tom et Tim, et elle partage sa vie avec son époux Tom, président des dirigeants élus supérieurs.


VICE-PRÉSIDENT Gordon Moore, 55 ans, est un membre ordinaire qui sert à la Légion depuis 23 ans. Il a passé la plus grande partie de son service militaire dans la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. Il a été élu à l’exécutif de la filiale Elmira (Ont.) en 1986 et a été président de la Division de l’Ontario en 2005. Il a commencé comme membre du Conseil exécutif national en 1999, et a siégé à nombre de comités nationaux, dont celui des relations publiques, celui des coquelicot et souvenir, et celui des adhésions, ainsi qu’à la Commission de la Légion royale canadienne sur la gestion. Cette année, il a été nommé président du Comité du coquelicot et du souvenir. Il habite à sa ville natale d’Elmira, où il est bénévole à la Fondation Rêve d’Enfants et où il a offert ses services aux ligues mineures de soccer et de softball.M. Moore a passé les derniers 30 ans dans la vente et le marketing et il travaille actuellement chez TriCity Equipment. Il affectionne le jardinage et le golf. Son épouse Kathy et lui ont une fille, Dawn Melinda.


TRÉSORIER Mike Cook, 66 ans, est un membre à vie de la filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.) et le deuxième fils d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Il a gravi les échelons de la Légion, ayant été président de filiale, commander de zone et président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon. À l’échelon national, il a servi 13 années d’affilée au Conseil exécutif national et il en est à son cinquième mandat comme trésorier national. Il est président des comités du budget, de l’investissement et de la pension du personnel. Il est aussi membre du Comité de la solde. Il a siégé aux finance, investissement, pension du personnel, leadership et développement, constitution et lois et voies et moyens.Il est président du conseil d’administration de Canvet Publications depuis 2000. Il est dans la Légion depuis environ 45 ans et il est récipiendaire de la médaille du service méritoire avec palme. Il est président de la chambre de commerce de Cloverdale et des parcs et récréation de Surrey. Il a pris sa retraite en 2002, ayant passé 30 ans à sa propre entreprise, où il distribuait des produits de Shell Canada. Son épouse Judy et lui ont deux enfants, Michael et Paralee et il aime passer du temps avec ses deux petits-enfants et à jouer au golf.


PRÉSIDENT DES DÉBATS Thomas Irvine, 53 ans, commence son troisième mandat comme président des débats national et sa 20e année comme membre de la Légion. Il a servi 23 ans dans le Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada et a été au Moyen-Orient en service actif. Il a eu beaucoup de postes de filiale, dont sergent d’armes et deuxième vice-président, ainsi qu’officier des cérémonies, vice-président des débats, vice-président et président des débats à l’échelon divisionnaire. Il siège à des comités nationaux depuis 2002, dont ceux des coquelicot et souvenir, du congrès national, des adhésions et leadership, des développement et jeunesse, et il est actuellement à ceux des sports et du congrès national, où il a été nommé.M. Irvine affectionne la bicyclette, les fléchettes et l’art oratoire, et il fait partie des francs-maçons. Il est aussi membre de la Black Watch Veterans Association à Montréal. Son épouse Paulette et lui ont quatre enfants et trois petits-enfants.


PRÉSIDENT SORTANT Jack Frost, 60 ans, est membre à vie avec 34 ans de service à la Légion. Après être entré à la filiale Port Elgin (Ont.), il a monté les échelons, ayant été président de filiale, commander de zone adjoint, et commander de district, et il est passé à la direction divisionnaire où il a été président de 1999 à 2000. À l’échelon national, il a siégé aux comités des anciens combattants, des services et des ainés, de la finance, de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, de l’investissement, de la pension du personnel, du congrès national, de la gouvernance de la LRC, des coquelicot et souvenir et des sports. Ses responsabilités de comité actuelles comprennent la vice-présidence aux anciens combattants, services et ainés, un poste à la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, et un à la solde.M. Frost a quitté Hydro Ontario, où il a passé 29 ans, en 2002. Ses passe-temps comprennent les randonnées, la photographie, le jardinage, le golf, la chasse et la pêche. Une médaille du ser­vice méritoire lui a été décernée. Son épouse Lynn et lui ont élevé deux filles, Sarah Lynn et Estelle Yvonne.


GRAND PRÉSIDENT HONORAIRE Charles Belzile, 75 ans, est un lieutenant-général très décoré à la retraite. Il a quitté sa ville natale, Trois-Pistoles (Qc) pour aller à l’Université de Montréal et il est devenu militaire en 1951. Il a pris sa retraite en 1986, ayant passé cinq ans comme commandant de l’armée. En tout, durant ses nombreuses années de service militaire il a été en poste en Corée, en Allemagne, à Chypre et au Canada. Il en est à sa huitième année comme grand président honoraire et il se dévoue à des activités qui encouragent le souvenir et améliorent la sécurité nationale. Il a été président des débats de la Conférence des associations de la défense et président de la Fondation canadienne des champs de bataille. Il est gouverneur honoraire de la division d’Ottawa des commissionnaires, membre du comité consultatif de l’ombudsman d’Anciens combattants Canada, et membre de l’Institut de la Conférence des associations de la défense.Parmi ses nombreuses décorations, il y a : membre de l’Ordre du Canada, Commandeur de l’Ordre du mérite militaire, frère officier de l’Ordre très vénérable de l’hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, Décoration des Forces canadiennes (trois barres) et Commandeur de la Légion d’honneur, que lui a décernée le gouvernement français. Son épouse Janet et lui ont deux filles, Denise et Suzanne.

Rapport De La Capitale Nationale: Détente Royale

Le commander de zone Roger Purnell de la Nouvelle-Écosse/Nunavut (à g.) sourit avec le prince Floris et la princesse Aimée. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Les délégués ayant fait sérieusement leur travail au Congrès national, ils ont hâte d’aller aux soupers et aux réceptions organisés par les filiales et les directions divisionnaires de la Légion pour rencontrer des gens et s’amuser.

Cette année, les divertissements et les rencontres sont vraiment royaux, grâce au filleul de la Légion royale cana­dienne, le prince Floris de Hollande et à son épouse, la princesse Aimée. « Je veux rencontrer autant de mes parrains et marraines que possible », dit le prince durant les cérémonies d’ouverture du 42e Congrès national de la Légion qui a lieu du 21 au 25 juin à Ottawa. Et il le fait bel et bien au cours des jours qui suivent.

La filiale Orléans, dans l’Est d’Ottawa, a organisé, de façon typique, une soirée de la Nouvelle-Écosse/Nunavut. Le prince, qui a été investi citoyen honoraire du Cap-Breton au Congrès de 2000, arrivé en tartan glengarry du Cap-Breton et on les a ovationnés. La princesse Aimée est investie également avant la fin de la soirée. Le couple est aussi intronisé dans le Official Order of The Sou’wester lors d’une cérémonie durant laquelle ont doit avaler une once de rhum noir et se faire oindre d’eau de l’Atlantique.

« Ils étaient habillés simplement et ils se sont mêlés au groupe », dit Vicki Jones, commander de la zone Cowichan and Mid-Island de Nanaïmo (C.-B.). « Les gens les approchaient constamment pour leur parler et prendre des photos, et ça n’a pas été découragé. Comme s’ils étaient n’importe qui. Je pense qu’ils se sont sentis acceptés. »

Le couple s’est fait beaucoup de nouveaux amis à cette manifestation où sont allées quelque 600 personnes.

On se fait souvent des amis aux congrès, comme c’est le cas des sosies Pat Doyle de Charlottetown (Î.-P.-É.) et Tom Aldridge d’Ormstown (Qc). Ils se sont rencontrés pour la première fois au Congrès national de 2002 à Edmonton après qu’ils aient été pris l’un pour l’autre, y compris par des membres de leur famille. « Tout à coup, on a eu une réputation de bêcheur », dit Aldridge.

« J’étais sorti fumer et je me suis mis à parler à Tom; alors je me suis demandé pourquoi il ne me répondait pas », dit le vice-président Norm Shelton de la Division du Québec. En même temps : « j’ai promené mon regard vers la délégation du Québec et je me suis demandé pourquoi Pat était assis avec eux », dit Cathy Kerr, l’épouse de Doyle. « Et puis comment avait-il fait pour traverser la salle sans que je m’en aperçoive? »

Quand ils se sont trouvés face à face, « c’était comme si on se regardait dans un miroir », dit Doyle. Ils ne font pas que se ressembler. Ils se sont mariés à peu près en même temps et ont trois enfants chacun. Ils gagnent leur vie tous deux en conduisant, portent des lunettes et ont une barbe.

Ils commandent la même sorte de bière et chacun termine les farces de l’autre. Ils vont aux mêmes congrès et réceptions, souvent habillés de la même façon. Cette année, ils portent une chemise vert pâle à un souper, à l’improviste, à la terrasse d’un restaurant où le contingent du Québec chante Alouette à pleine voix, les convives des autres provinces se joignant à eux, en l’honneur de la St-Jean-Baptiste.

Cathy Kerr de Charlottetown confond Tom Aldridge (à d.) et son mari Pat Doyle (à g.). [PHOTO : SHARON ADAMS]

 Joe Kelly de Fenelon Falls (Ont.) expose ses épingles. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Quand le petit-fils de Kerr, Matthew Doyle, a vu une photo du duo, il en a conclu qu’il avait deux pépés.

Aldridge dit que c’est de plus en plus facile de les distinguer l’un de l’autre. « J’ai un an de plus et je suis plus beau », dit-il pour rire. Mais comment serait-ce possible, vu qu’ils se ressemblent tant? « Ses cheveux sont plus gris que les miens. »

Joe Kelly, comman­­dant de la zone Fenelon Falls (Ont.), à environ 1 h 1⁄2 au nord de Toronto, collectionne les épingles et les amis aux congrès depuis 35 ans.

Cette année, il était tout joyeux d’obtenir sa première épingle de Terre-Neuve-et-Labrador, laquelle a été ajoutée aux 300 ou 350 autres qui recouvrent son gilet.

La collection de Tony Steenbergen de Brockville (Ont.) se dénombre aussi dans les centaines, qui lui ont été offertes par des amis et des connaissances de la Légion. « J’ai été à plus de 80 congrès », zones, districts, divisionnaires, nationaux et internationaux, dit-il.

Il dit que s’il est citoyen canadien, c’est grâce à la Légion. « J’y suis entré il y a 21 ans »; il était encore citoyen hollandais. Ce n’est qu’au bout de cinq ans que quelqu’un s’est aperçu qu’il n’était pas membre en bonne et due forme à cause de sa citoyenneté. « Alors je suis devenu Canadien; en 1993. » Il a des amis légionnaires d’un océan à l’autre et il espère s’en faire encore d’autres au prochain congrès.

Rapport De La Capitale Nationale: Vote Pour Le Changement

[PHOTO : JENNIFER MORSE]

C’était un moment historique pour la Légion royale canadienne et, bien que le terrain du 42e Congrès national avait été préparé avant, c’est le président national Jack Frost qui a donné le ton du débat sur la gouvernance. « L’avenir de la Légion est entre nos mains, pas seulement celles de la Direction nationale », dit-il aux plus de 1 350 délégués assemblés au Centre des congrès d’Ottawa entre le 21 et le 25 juin. « Écoutez vos camarades et puis décidez. »

La structure même du Conseil exécutif national, l’organe qui gouverne la Légion entre ses congrès bisannuels, était en jeu. Le CEN était composé de 40 personnes au début du congrès, soit neuf membres du sous-exécutif, 26 représentants de division, un membre de la Section des anciens combattants tuberculeux et quatre membres non votants. Les membres du sous-exécutif étaient des élus : le président, le premier vice-président, quatre vice-présidents, le trésorier, le président des débats, et le président sortant. Les représentants de division étaient choisis d’après un système qui donnait deux représentants à une division ayant jusqu’à 35 000 membres, plus un représentant de plus pour chaque tranche supplémentaire de 35 000 membres. Les membres non votants étaient le grand président honoraire et les présidents des comités de constitution et loi, de la défense et des honneurs et récompenses.

La Commission de la Légion royale cana­dienne sur la gestion, la représentation et la structure des directions, établie par le CEN en février 2007, avait préparé le terrain de la discussion. La commission avait étudié l’histoire et la structure de la Légion et fait son rapport au CEN en février dernier. Le CEN accepta de renvoyer les recommandations du rapport au congrès pour la décision finale.

C’est le président de la commission, Steve Wessel de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, qui devait l’apporter au congrès. « On avait demandé à la commission, au début, d’oublier toute préconception à propos de la structure de la Légion et tout sentiment de pouvoir que certains associent aux postes élus ou découlant du nombre des effectifs. »

Wessel dit que le sociétariat avait perdu 36 p. 100 de sa grandeur maximale (602 489, en 1984), à 388 584, en 2006 et pourtant la taille du CEN n’avait pratiquement pas changé. Il dit que des mesures ont été prises pour réduire le cout des réunions du CEN mais qu’on n’avait encore rien fait par rapport à sa grandeur. « Vu la hausse de ce que réunir les 40 membres du CEN coute, on avait réduit le nombre de ces réunions de deux à une par année, plutôt que de conserver le programme de deux réunions par année tout en réduisant le nombre de gens qui y prennent part », dit-il.

Les propositions de la commission étaient contenues dans trois motions présentées aux délégués. La première était de réduire le nombre de représentants à 10 : un par division. D’après la deuxième motion, le nombre de vice-présidents, de quatre, serait réduit à deux. La troisième éliminerait des réunions des dirigeants supérieurs tout seuls pour qu’on ait trois réunions du CEN au complet par année. Les dirigeants supérieurs ne se réuniraient tout seuls qu’une seule fois, pour s’occuper du budget et du personnel.

« En acceptant les motions recommandées par le CEN, vous faites de la Légion royale canadienne une organisation plus efficace à son entrée dans la deuxième décennie du 21e siècle, pour qu’elle réussisse mieux dans son mandat qui est de plaider pour les anciens combattants et de perpétuer le souvenir », dit Wessel pour conclure. « Comme on dit dans l’éditorial de mai/juin de la revue Légion, il faut le courage de s’analyser soi-même. »

C’est sûr que ces mesures ne vont pas faire des heureux à la plus grande division de la Légion, celle de l’Ontario. C’est elle qui, ayant six représentants au CEN, avait le plus à perdre suite à la recette d’un représentant par division.

Il y avait 1 356 délégués enregistrés le premier jour du congrès. L’Ontario, vu son avantage de division hôtesse, avait 629 délégués, 50 de moins qu’il fallait pour la majorité, même si tous ses délégués votaient en bloc.

La disposition des sièges aussi rendait les camps évidents, la Division de l’Ontario prenait les sièges depuis le milieu jusqu’à l’arrière de la salle et les divisions plus petites étaient plus près de l’estrade.

À propos de la première résolution, le président George O’Dair de la Division de l’Ontario dit : « nous félicitons la commission de son travail. Nous acceptons qu’il faille changer. Toutefois, ces motions sont excessives et trop rapides ».

Plutôt que contester, O’Dair avait préparé une modification à la première motion. La modification ferait qu’il y eut un représentant par division plus un autre tous les 35 000 membres. Cette recette aurait donné un CEN de 26 ou 27 membres à peu près.

« Je regrette mais cette modification est contraire à l’intention de la motion, alors elle est inacceptable », dit Irvine et un grondement s’éleva, de l’arrière de la salle, en désaccord.

« Est-ce que vous contestez ma décision? » demanda Irvine. Quand un « oui » puissant se fit entendre, il demanda aux délégués de montrer leur carton vert pour indiquer leur vote. Presque tous les cartons en avant de la salle furent levés quand Irvine demanda aux délégués qui acceptait sa décision. Quand ce fut le moment d’indiquer le désaccord, la plupart de ceux de l’arrière de la salle levèrent leur carton. Il ne restait plus qu’à faire un scrutin par debout.

Les whips comptèrent leur section et il était manifeste que les désirs des caucus ne chancelaient pas du tout. En fin de compte, il y avait 684 pour et 649 contre la décision de la présidence.

Irvine annonça ensuite que le CEN lui avait donné la consigne de demander un vote secret pour la première motion. On appela les scrutateurs, dirigés par l’ancien président Allan Parks, pour qu’ils ramassent les bulletins marqués d’un « oui » ou d’un « non ».

Quand les scrutateurs revinrent, quelque deux heures après, on annonça que la résolution avait été adoptée. Irvine passa ensuite aux deux autres motions sur la gouvernance. Cependant, il y eut une autre contestation comme quoi il avait fallu trop longtemps pour faire le décompte des bulletins et que le vote sur les deux motions suivantes se fasse par carton vert. On demanda aux délégués s’ils étaient d’accord; oui! s’écrièrent-ils.

O’Dair fut le premier à se rendre au micro à propos de la seconde motion, qui avait pour but de réduire le nombre de vice-présidents de quatre à deux, pour demander une modification qui réduirait le nombre des vice-présidents à trois plutôt qu’à deux. Une bonne majorité était en faveur de la modification.

Étant donné que personne d’autre ne prenait la parole, Irvine demanda un vote sur la motion telle que modifiée. Cette fois-là, les divisions de la Colombie-Britannique/Yukon et de l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest votèrent comme l’Ontario, et la résolution fut adoptée facilement.

Il ne restait donc plus que la troisième motion sur la gouvernance, qui servait à faire cesser les réunions des officiers élus et du président sortant en tant qu’organe séparé appelé sous-exécutif et que le CEN, plus petit mais au complet, se réunisse trois fois par année, les dirigeants supérieurs ne se réunissant en plus que pour s’occuper du budget et du personnel.

O’Dair fut à nouveau le premier au micro. Vu le nouveau nombre de vice-présidents, il allait falloir modifier cette motion pour corriger les chiffres. Cependant, la modification de O’Dair remplaça la portion « À ces causes il est résolu » d’une façon qui ne touchait pas la grandeur du CEN mais il se réunirait au complet deux fois par année. Irvine demanda un vote sur la motion telle que modifiée, mais le congrès n’était plus au diapason. Le vote fut pratiquement unanime. En fin de compte, le congrès avait voté pour un CEN de 21 personnes (huit dirigeants supérieurs, dont le président sortant, 10 représentants de direction, un de la SACT et deux membres non élus) qui se réuniront deux fois l’an. Les dirigeants supérieurs ne se réuniront séparément chaque année que pour décider du budget.

Et tout cela passa à l’histoire. Le Conseil exécutif national a une structure gouvernante grandement dégraissée.

Le secrétaire national Duane Daly rappela aux délégués, lors des cérémonies de fermeture, qu’il y aurait une réunion du nouveau CEN le lendemain, avec ses nouveaux dirigeants élus et un représentant de chaque division.

En l’honneur de ceux qui ont servi en mer

À bord du HMCS Sackville, une planche à inhumation couverte par un pavillon blanc est utilisée pour confier les cendres d’un marin à la mer. [PHOTO : DAN BLACK]

Cette histoire ne commence pas durant la Seconde Guerre mondiale; elle commence cette année-ci, le premier dimanche du mois de mai, quand Arthur Taylor, un homme de 85 ans, se tient à bord du HMCS Sackville, une rose rouge et une partie de petit bouquet à la main.

Ce vieux marin de Terre-Neuve n’avait pas les fleurs quand il est arrivé à bord de la corvette qui remonte à la guerre. Elles lui ont été données par des gens qui sont heureux de le rencontrer et qui lui témoignent leur respect pour ce qu’il a fait, avec des milliers d’autres marins, durant la bataille la plus longue de la Seconde Guerre mondiale : la Bataille de l’Atlantique.

Et maintenant, au large du parc Point Pleasant d’Halifax, une vieille casquette de baseball enfoncée sur la tête et un manteau gris boutonné presque jusqu’au col, M. Taylor, natif de St. John’s se penche par-dessus le bastingage. Il a déjà remarqué que la houle est inexis­tante en ce beau jour de prin-temps, pas plus qu’il ne peut voir quelque danger qui viendrait d’en dessous ou d’un endroit lointain de l’horizon argentin. Rien qu’une faible brise, assez fraiche pour rappeler à tout le monde à bord qu’il fait toujours froid là-bas, même sous le plus ensoleillé des cieux.

Arthur Taylor reste au soleil à bord du HMCS Sackville. [PHOTO : DAN BLACK]

Les gens qui le connaissent et ceux qui se sont donné la peine de bavarder avec lui pourraient s’attendre à ce que la trame de cette histoire vire au passé, soudainement, au moment exact où il laisse tomber les fleurs à mer. Mais ce sont-là des instants privés pour les hommes comme lui : les vétérans de la guerre qui ont été témoins des pires moments et des meilleurs. Il va nous expliquer, bien plus tard, à St. John’s, qu’à ce moment précis, à bord du Sackville, il se rappelle le 5 novembre 1940, et certains de ses copains qu’il a vus disparaitre lentement dans l’impitoyable Atlantique Nord glacé.

Il avait 19 ans, mais il y avait des hommes qui étaient encore plus jeunes que lui. Leur navire, le HMS Jervis, venait d’escorter un convoi de 37 navires marchands, d’Halifax jusqu’au Royaume-Uni, quand il a été coulé par le cuirassé de poche allemand Admiral Scheer. « Nous étions 20 ou 30 sur un radeau en bois posé sur des barils à pétrole », dit Taylor, qui se souvient que l’équipage comprenait des Australiens, des Britanniques, des Canadiens et des Néo-Zélandais. « On avait une planche et même si on savait que ça ne nous mè­ne­rait nulle part, on se servait sans arrêt de nos mains et de nos bras, on conti­nuait de bouger pour que le sang conti­nue de circuler dans nos veines. Parce que quand l’hypothermie arrive, on n’a plus que quelques mi­nutes à vivre. Et au fur et à mesure qu’ils mouraient […] eh bien, on n’y pouvait rien […]. Beaucoup d’entre eux avaient été blessés par des éclats d’obus. J’en avais à la jambe et au bras. De toute façon, il ne fallait jamais lâcher, c’est tout.

* * *

Du premier jour, en septembre 1939, au dernier, en mai 1945, la Bataille de l’Atlantique a duré aussi longtemps que la guerre en Europe. Pour les alliés, il fallait que la bataille en mer soit gagnée parce que la guerre dépendait beaucoup du succès des convois, de la livraison de personnel des forces armées, de munitions, de carburant, d’équipement et de nourriture; tout cela était absolument nécessaire pour se défendre des nazis et, en fin de compte, pour les battre.

Le premier convoi transatlantique en direction de l’est a quitté Halifax le 16 septembre 1939, accompagné par les destroyers de la MRC St. Laurent et Saguenay. D’autres convois l’ont suivi peu de temps après qui partaient de Sydney (N.-É.), Québec, Saint John (N.-B.) et St. John’s (T.-N.).

Les premières années, beaucoup de leçons difficiles ont été apprises. La main-d’œuvre, la formation, l’équipement et l’organisation étaient inexistants ou bien ils étaient insuffisants. À un moment donné, une couple de corvettes, manœuvrées par des Canadiens, qui ont été livrées au Royaume-Uni avaient des canons en bois. Mais, au moins, ces navires sont bien arrivés. (Voir, à la page 28, Canadian Military History In Perspective [non traduit].)

Le revirement de la guerre en mer est arrivé avec l’apport d’autres navires, de meilleurs armes et équipement, de plus de formation, de renseignement naval et, ce qui n’est certainement pas de moindre importance, d’avions de patrouille à long rayon d’action qui servaient à donner une couverture aérienne aux convois.

Cependant, les risques que couraient les navires transportant les fournitures en Grande-Bretagne, qui naviguaient souvent malgré les tempêtes et à travers les eaux infestées d’ennemis, étaient énormes. Plus de 3 700 marins de la Marine royale du Canada et de la marine marchande canadienne ont péri en mer durant la bataille, et presque mille autres Canadiens ont trouvé la mort dans la froide immensité de l’océan.

En juin 1941, 454 000 tonnes de produits ont été coulés par les sous-marins allemands. De janvier à juillet 1942, presque 400 bâtiments alliés ont été coulés, alors qu’il n’y a que sept sous-marins allemands qui ont été coulés. Ces pertes du début démontrent l’exploitation que faisaient les Allemands des fai­blesses du système des échanges allié — pas assez de convois, pas assez d’escorteurs, pas assez d’avions, pas assez de bases, et un nombre de sous-marins allemands qui a grandi d’environ 30 en 1939 à 300 en 1942.

Une des pires périodes du carnage en mer a eu lieu en mars 1943, quand l’ennemi a coulé 108 navires alliés, ce qui a causé la mort d’un très grand nombre de personnes, mais aussi la perte de 570 000 tonnes de frets.

Cependant, en mai 1943, il y avait des indications certaines que la formation, l’amélioration de l’organisation et les nouvelles technologies donnaient de bons résultats, et les forces aériennes et navales alliées trouvaient et détruisaient de plus en plus de sous-marins. C’est ce courage et cet acharnement, et puis ce revirement, qui sont commémorés le premier dimanche du mois de mai tous les ans. « Ces Canadiens ordinaires ont quitté leur vie ordinaire pour accomplir des choses extraordinaires », dit le ministre d’Anciens combattants Canada Greg Thompson lors d’une allocution, la veille de l’anniversaire, à l’édifice commémoratif des anciens combattants Camp Hill, à Halifax. « Ils se sont enrôlés en grand nombre […]. Ils ont sacrifié le confort et la sécurité de leur foyer […] et ils ont payé un prix terriblement élevé […]. »

Le ministre, regardant la foule et en particulier une rangée d’anciens combattants frêles assis tranquillement dans leur fauteuil roulant, dit « il y en a parmi vous, ici, aujourd’hui, qui connaissent très bien le sens du devoir, la signification du sacrifice, de la perte d’un être cher. Parce que vous avez vécu tout cela; pourtant, vous n’avez jamais vacillé. Vous avez combattu et souffert, et vous avez remporté la victoire; vous êtes pour nous une source d’inspiration. Et nous continuons à perpétuer le souvenir.

« Nous prenons le temps de réfléchir aux horreurs de la guerre, aux vies détruites et aux rêves de jeunesse perdus à jamais. Nous exprimons notre gratitude éternelle envers ceux et celles qui ont consenti le sacrifice ultime; ceux et celles dont le dernier lieu de repos ne peut être marqué d’une tombe. Et nous avons une dette éternelle envers vous. »

Susan Clark, à bord du HMCS Sackville, regarde des photos de son père. Les cendres de ce dernier seront confiées à la mer un peu plus tard. [PHOTO : DAN BLACK]

Les gens qui ont servi dans le Nord de l’Atlantique font vite remarquer que la Marine et la marine marchande n’ont pas seulement escorté les convois dans l’Atlantique. Elles ont aussi participé toutes deux à pratiquement tous les théâtres de la guerre, y compris ceux de la Manche, de l’Arctique et de la Méditerranée, mais on oublie souvent de le reconnaitre. Le capitaine de la Marine à la retraite Mark Mayo, lors d’un discours qu’il prononçait au diner annuel du HMCS Sackville du Fonds de commémoration de la marine cana­dienne, qui cette année a eu lieu au Shearwater Aviation Museum, remarque qu’en 1942-1943, le Canada a acheté à l’Angleterre, entre autres, quatre destroyers de classe Tribal. « Nous les avons équipés et nous les avons maintenus dans les eaux britanniques jusqu’à la fin de la guerre en Europe. Cela a permis à la Marine royale de fournir des navires anti-sous-marins aux groupes qui participaient à la Bataille de l’Atlantique. Ces navires ont fait un travail formidable dans la Manche. L’un d’entre eux, le HMCS Athabaskan, a été frappé par une des premières bombes planantes allemandes » au large de la côte espagnole.

Le diner à Shearwater et l’après-midi à Camp Hill font partie des nombreuses manifestations réglées en l’honneur du 65e anniversaire, pour s’assurer que le service et les sacrifices des hommes et des femmes ne soit jamais oublié. Les gens d’Anciens combattants Canada et du ministère de la Défense nationale, ainsi que des bénévoles du Fonds de commémoration de la marine cana-dienne, ont été très occupés durant le début du mois de mai. La délégation officielle, organisée par ACC et menée par le ministre, comprend des représentants d’organisations d’anciens combattants et de la jeunesse. Le représentant de la Légion royale canadienne est le premier vice-président national Wilf Edmond, de la filiale Donkin (N.-É.), dont le frère aîné, John, a trouvé la mort quand le HMCS St. Croix a été torpillé et coulé, au sud de l’Islande, le 20 septembre 1943.

« J’avais 10 ou 11 ans », dit Edmond. « Je me souviens qu’on m’a rappelé chez moi à l’école, on m’a dit qu’il fallait que je rentre. Quand je suis arrivé, la première chose que j’ai remarquée, c’est que toute la maison était silencieuse. Maman m’a dit que Johnny avait été perdu en mer […]. »

Cinq officiers et 76 hommes du St. Croix ont été sauvés par le HMS Itchen. Malheureusement, un seul de ces hommes a survécu car le Itchen a été coulé deux jours après. « Johnny était chauffeur […]. Il s’était marié mais nous n’avons jamais vu son épouse. Je pense qu’elle s’appelait Margaret. Ils avaient une fille. J’ai fait des recherches quand j’étais à Terre-Neuve, mais elle a déménagé en Angleterre quand il a été tué. »

Edmond se souvient de son frère et a prié silencieusement pour lui à l’occasion d’un service, le 3 mai, à la Chapelle du Souvenir du Stadacona Faith Centre, à la BFC Halifax. Nombreux sont les gens qui l’ont accompagné durant la commémoration solennelle, dans cet espace silencieux enluminé par 24 vitraux — chacun de ces derniers représente un navire canadien, coulé par l’ennemi ou autrement, durant la bataille. Dans un livre du souvenir, dans la chapelle, est inscrit le nom de tous ceux qui ont servi dans la MRC et qui sont morts en service depuis que cette dernière a été instituée, en 1910. L’officier de ser­vice vient tourner la page chaque jour. Les cérémonies du vendredi sont plus elaborées et elles comprennent la lecture du nom de tous ceux qui sont morts durant cette semaine-là dans l’histoire de la Marine. Cette année, il s’agit du nom de tous ceux qui ont péri avec le HMCS Athabaskan (lequel a survécu à la bombe planante mais a été coulé, par une torpille, le 29 avril 1944), dont le capitaine et 128 hommes de plus. Il y en a beaucoup qui ont été faits prisonniers.

Le diner annuel du HMCS Sackville a normalement lieu à bord du navire. C’est la dernière corvette de classe Flower de la Seconde Guerre mondiale qui, de toutes celles qui ont participé à la bataille, est encore en existence. Le diner ne peut pas avoir lieu à bord cette année parce qu’elle est en cale sèche, en préparation, entre autres, des cérémonies de dimanche. Alors le diner pour 150 personnes a eu lieu au musée de l’aviation de Shearwater. Pour les organisateurs et les invités, se trouver assis parmi les aéronefs d’époque est une façon d’insister sur le rôle important que l’aviation a eu quand il s’agissait de protéger les convois transatlantiques, ainsi que le gros prix payé par leurs équipages.

Le capitaine d’aviation David Ernest Hornell, à qui la Croix de Victoria a été décernée de façon posthume parce qu’il avait accompli une attaque contre un sous-marin le 25 juin 1944, était un de ces aviateurs. Il a été obligé d’amerrir, sont aéronef grandement endommagé, et les membres de l’équipage passaient leur temps, à tour de rôle, à ramer dans un petit canot ou à s’y accrocher, dans l’eau glacée. Leur épreuve a duré 21 heures. Le capitaine est mort peu de temps après avoir été recueilli.

Les commémorations du dimanche comprennent une grande cérémonie au Halifax Memorial, au parc Point Pleasant, ainsi que des services en mer à bord du Sackville. Le monument en granite, érigé par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth et dévoilé en 1967, est visible quand on est à bord d’un navire qui s’approche d’Halifax.

Environ 100 personnes sont montées à bord du Sackville nouvellement peinturé avant qu’il soit emmené au large du parc Point Pleasant par deux remorqueurs. La plupart des gens à bord sont des parents d’anciens combattants de la marine décédés dont les cendres sont confiées à la mer lors de ce qui est devenu un service annuel.

Le commandant du Sackville, Wendall Brown, reçoit tout le monde à bord, comme le fait l’aumônier Charlie Black de la part du Fonds de commémoration de la marine canadienne, l’organisation qui maintient le HMCS Sackville à flot en tant que monument naval canadien. « C’est un jour très dur pour beaucoup d’entre vous », dit Brown. « Il l’est également pour nous parce que nous confions les cendres d’amis et d’anciens équipiers […]. »

Les gens qui n’ont jamais été à bord d’un navire sont abasourdis par l’exiguïté de l’espace. Beaucoup ont de la difficulté à s’imaginer un navire si petit au milieu de l’Atlantique. « Le navire avait un équipage de 35 personnes à l’origine », dit Brown. « Au début, on pensait qu’ils vogueraient cinq ou six jours, à partir des ports défendus comme ceux d’Halifax, de Sydney et de St. John’s, et puis qu’ils reviendraient s’approvisionner. Mais ils ont fini par être utilisés comme escorteurs océaniques et ils voguaient jusqu’à l’autre côté de l’Atlantique. Plutôt que de partir pendant quatre ou cinq jours, ils sortaient deux ou trois semaines et, des fois, plus longtemps encore. Dans la cale, les ponts de mess étaient mouillés à cause de l’eau qui s’infiltrait par les écoutilles, les portes et tous les interstices […] et aussi à cause de l’eau que les hommes serrés dans un petit mess apportaient dans leurs vêtements. C’étaient des navires très robustes mais, quand la surface devenait houleuse, ils fonçaient à travers les vagues d’eau, leur proue en dessous et des nappes d’eau ruisselant sur le pont [..]. »

Avant les services funèbres, le Sackville a réglé son propre service de la Bataille de l’Atlantique, en même temps que celui qui avait lieu au parc Point Pleasant. Le long oriflamme rouge, blanc et bleu de l’église, indiquant qu’un service religieux a lieu à bord, flotte au-dessus du navire contre un ciel bleu brillant.

Les cendres de plus de 24 personnes sont confiées à la mer. Le père de Susan Clark avait 87 ans quand il est mort en septembre dernier. « Durant la guerre, il a navigué sur des navires comme celui-ci », dit-elle. « Il avait un surnom. C’était Diesel. […] J’ai trouvé quelques vieux livres dans ses affaires, du temps où il était chauffeur. Son écriture dans ces livres était tellement jolie […] et les dessins de partie de moteur qu’il faisait étaient vraiment remarquables. »

Scott McKee est à bord avec sa mère Bertha et son frère Michael. Son père, l’ancien capitaine de corvette Fredrick Gilbert McKee, a été conservateur et archiviste en chef du HMCS Sackville pendant des années. « Il a toujours voulu ceci », dit Scott. « Ce service nous aide beaucoup à nous souvenir de tous ceux qui ont servi notre pays en mer. »

Donald Wilcox, âgé de 84 ans, qui en avait 14 quand il est monté à bord du paquebot Athenia le 2 septembre 1939 avec sa mère, est aussi à bord du Sackville. « Selon la loi internationale, un vaisseau qui a commencé son voyage avant la déclaration de guerre devrait être préservé des actions de l’ennemi durant ce voyage-là », dit-il. À 19 h 15 à peu près, le 3 septembre, le navire de passagers a été torpillé par un sous-marin à quelque 250 milles nautiques à l’ouest de l’Irlande.

« Je me tenais tout en avant de la proue du navire et je regardais l’eau qu’elle coupait en dessous. Maman était sur le pont. Notre cabine était trois ponts en dessous, en classe touriste. Quand il a été frappé, le navire a sauté et il est retombé a bâbord. Il avait une inclinaison d’à peu près 35 degrés. »

Conformément aux instructions qu’on lui avait données durant les exercices de sécurité, il courut jusqu’à sa cabine chercher son gilet de sauvetage. « Tout le monde montait, et je descendais. Il faisait complètement noir dans le navire. »

Il a retrouvé sa mère quand il est retourné au pont principal. Ils ont eu la chance tous deux de pouvoir monter à bord d’un canot de sauvetage, mais ce n’était pas facile. À cause de l’inclinaison du navire, les échelles de corde de tribord étaient bien séparées du bord du navire. « Les vagues avaient à peu près 10 pieds de hauteur. Maman avait dans les 40 ans et elle est descendue devant moi. Quand on a atteint le bas de l’échelle, il a fallu sauter dans le canot de sauvetage, mais il fallait choisir le bon moment à cause des vagues. »

Un cargo norvégien a recueilli les rescapés de l’Athenia, mais des 1 400 passagers et membres de l’équipage, 118, dont quatre Canadiens ont péri. L’engloutissement du paquebot à destination de Montréal marquait le début de la bataille, longue et dispendieuse, de la marine marchande canadienne, de la MRC, de l’ARC et de la Marine royale en vue de protéger les voies maritimes de l’Atlantique Nord.

Joseph Fram, membre de la délégation d’Anciens combattants Canada, avait 20 ans quand il est entré dans la Réserve des volontaires de la Marine royale canadienne. Il a été témoin du naufrage de navires marchands et il lui est arrivé de se trouver en haute mer lors de tempêtes terribles.

Eugene McDonald des Anciens combattants de la marine marchande canadienne, décrivait qu’il y avait toujours beaucoup d’humidité et le temps était souvent mauvais et froid. Ce résident de Pointe-Claire (Qc) a aussi vu des navires marchands couler, et il fait remarquer que le danger était omniprésent.

« Une fois, lors d’une traversée, quelques escorteurs sont venus au milieu d’une colonne de navires et se sont mis à larguer des grenades sous-marines », se souvient l’ancien marin de la marchande Ian Sutherland de Sooke (C.-B.). « On les ressentait et il y a eu une commotion qui a fait sauter quelques rivets d’une de nos soutes et l’a inondée. Ce n’est que lorsqu’on est arrivés de l’autre côté et qu’on s’est mis à vider nos cales qu’on s’en est aperçus. J’avais 17 ans en ce temps-là. »

* * *

Arthur Taylor dit que le Jervis Bay, un vieux paquebot britannique qui avait été transformé en cargo armé, n’était qu’un des nombreux navires qui faisaient ce qu’il fallait faire durant la guerre. C’était un navire britannique, mais il se souvient qu’il y avait des Canadiens à bord. Il était Terre-Neuvien en ce temps-là et il se rappelle que c’est un matelot de Toronto qui le premier a vu le Scheer, lequel n’était qu’un « point à l’horizon ».

Armé de vieux canons de six pouces, le Jervis Bay escortait des navires marchands d’Halifax jusqu’à la Grande-Bretagne. Son capitaine, Fogarty Fegen, savait qu’il allait être bien moins bien armé que le gros navire ennemi, mais il décida de faire ce qu’il pourrait pour protéger le convoi. La Croix de Victoria lui a été décernée à titre posthume. « Nous avons lancé quelques bouées fumigènes et avons foncé droit sur lui », dit Taylor, qui était alors membre d’une équipe de canonniers. « Peu de temps après (le Jervis Bay) était en très mauvais état, frappé surtout à bâbord, et je crois que le pont avait été touché du premier coup […]. On s’occupait des canons et on faisait ce qu’on avait à faire. On le faisait, c’est tout. »

Le capitaine du Jervis Bay a été blessé gravement et il a été tué peu après, avec beaucoup d’autres personnes, qui, beaucoup d’entre elles, ont été touchées par des éclats.

Taylor se souvient d’avoir sauté à l’eau, du navire en flammes, et puis d’avoir nagé aussi vite que possible pour ne pas être aspiré lorsqu’il coulerait. C’était un bon nageur et le canot de sauvetage vers lequel il se dirigeait se trouvait à quelque 60 pieds.

Il a perdu connaissance environ une heure après être monté sur le canot de sauvetage. Il s’est réveillé à un hôpital d’Halifax. C’est l’un des 65 rescapés recueillis par le navire suédois Stureholm.

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Ces quelques fleurs, qui s’éloignent en flottant derrière le HMCS Sackville, servent à commémorer le Jervis Bay et d’autres navires et marins perdus en mer. « Ce n’était qu’un flash rapide », dit Taylor, de retour à St. John’s. « Je pensais simplement à ceux qui ne sont jamais revenus. En ce temps-là, on priait et on remerciait Dieu d’être encore en vie. C’est comme ça; on doit continuer à vivre. »

Mission Afghanistan: Opération Ateesh Bazi

Une petite résidente de Regay observe la patrouille qui passe. [PHOTO : ADAM DAY]

En début d’après-midi du deuxième jour de l’Opération Ateesh Bazi, alors que notre patrouille chancelait durant sa 10e heure à ce qu’on soupçonnait être, pour la troisième fois, un bastion d’insurgés, la chaleur était plus frappante et envahissante qu’un phénomène climatique devrait être.

Les chiffres ne comprennent ni ne racontent les effets du soleil de midi dans le désert afghan sur les cerveaux et les corps de Canadiens nés pour le froid. Il fait si chaud que le mot lui-même ne dit pas combien il fait chaud. On suce l’air. Le gilet de protection balistique nous fait cuire comme des plaques chauffantes fixées à la poitrine, au dos et à la tête, et on est à peine cons­­cient que nos systèmes sont surchargés. On se sent comme si on devrait griffer quelque chose.

Mais nous continuions la marche. Quelqu’un dit qu’il faisait 42° C; quelqu’un dit qu’il fait 44 à l’ombre. Le paysage de village et de murs en boue, de pavots et sable perdait tout contraste et saturation jusqu’à ce que tout ait l’air surexposé et indistinct.

Au début, on parlait de nombre de choses pour atténuer l’inconfort. Ensuite, on voyait des mirages. Et puis notre vision devenait trouble, alors on rêvait de mirages.

L’opération allait de l’avant. On nous a avertis que des hommes en âge de combattre se déplaçaient sinistrement devant nous. Les soldats canadiens haletaient littéralement. La sueur descendait jusqu’en bas de leurs pantalons lourds. Ils suaient tellement qu’ils arrêtaient de suer. À ce moment-là, ils ont commencé à cuire. Tout bavardage inutile s’est arrêté. La patrouille avance de 50 mètres et fait une pause de 30 minutes. La patrouille avance de 50 mètres de plus et fait une pause de 40 minutes. Ces distances ne sont pas grandes. Tout le monde s’affale dans n’importe quelle ombre qu’on peut trouver.

Des soldats afghans entrent dans le village de Regay, au district de Panjwai. [PHOTO : ADAM DAY]

Ce n’était pas facile d’arriver ici, au village de Khenjakak, au milieu du district de Panjwai de la province de Kandahar. Et maintenant que les Canadiens et tous les soldats afghans qu’ils ont réussi à rassembler sont finalement arrivés, la seule chose à laquelle n’importe qui peut penser c’est d’essayer de faire durer l’eau jusqu’à la fin du jour afin de ne pas s’écrouler.

Le contact avec l’ennemi, n’importe quand durant l’après-midi, aurait vraiment été un événement affreux et inopportun. Ça aurait été un chaos au ralenti; une course de 20 secondes aurait brulé l’homme dans la meilleure forme qui soit. Heureusement pour nous, ce n’est pas arrivé, bien que tout le monde s’attendait à ce que ça arrive. Plutôt que des talibans, les Canadiens ont surtout trouvé des villages déserts, comme si tout le monde était parti en vacances, probablement quelque part où il fait frais. Les talibans, s’il y avait des talibans ici, ont apparemment vu le grand nombre de soldats afghans et une certaine quantité d’armure canadienne convergeant vers eux à travers la province et les hélicoptères de combat décrivant des cercles au-dessus d’eux, et ils ont décidé que ce n’était pas le meilleur moment de se battre.

Malgré la chaleur, les talibans ont probablement bien choisi parce que personne n’était de très bonne humeur pour le combat.

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Une unité d’Afghans de l’opération était menée par un homme que les Canadiens ont surnommé Al-Qaeda.

Le lieutenant Matiullah a ce surnom à cause de sa barbe menue, sa dévotion à la prière et son habitude de répondre « inshallah » — traduction : ça arrivera si Dieu le veut — à chaque déclaration ou demande, mais il ne fait que rire chaque fois que quelqu’un l’appelle Al-Qaeda.

Il a le commandement de la 1re Compagnie du 1er Bataillon, du 1er Kandak du 205e Corps de l’armée nationale afghane, une unité basée à la Base d’opérations avancée Sperwan Ghar, base dirigée par les Canadiens dans le district de Panjwai du Kandahar. Son autre surnom, c’est Shumps. En fait, personne ne l’appelle Matiullah; on l’appelle toujours Shumps, et personne ne m’a jamais dit pourquoi.

Shumps est un soldat afghan typique de bien des façons : il est fier et brave, habituellement jovial mais quelque peu impénétrable; n’importe à quel point on l’observe, on ne sait jamais à quoi il pense ou comment il se sent. Il sourit souvent quand il est contrarié et c’est quand il raconte des farces qu’il a l’air le plus fâché. Quatre Canadiens ont été attachés à sa compagnie de soldats afghans en tant que conseillers. Les Canadiens font partie de l’Équipe de liaison et de mentorat professionnel (ÉLMP), qui est formée de petits groupes de soldats canadiens affectés aux unités afghanes, des fantassins habituellement, mais des fois des unités de policiers ou d’autres.

Durant deux jours à la fin du mois d’avril 2008, Shumps et ses mentors canadiens ont rejoint une autre compagnie afghane et une grosse force de Canadiens lors de l’Opération Ateesh Bazi, une manœuvre compliquée de deux jours dans une région du Panjwai appelée « bastion d’insurgés », une série de villages où il n’y a pas eu de présence importante de l’OTAN depuis neuf mois. Bien que les villages ciblés par Ateesh Bazi, Adamzai, Khenjakak et Salavat, ne se trouvent qu’à quelques kilomètres au sud d’un axe de ravitaillement canadien important, l’OTAN ne se souciait pas de cette région auparavant.

Au cœur de ces villages se trouve un endroit appelé Nakhonay qui, au début du printemps 2008, était souvent le sujet dont s’entretenaient les soldats cana­diens autour du Panjwai. Nakhonay était un endroit dont les gens parlaient discrètement la nuit. Des centaines de talibans étaient là, le bruit courait, qui opéraient ouvertement dans les rues; ils avaient instauré un gouvernement parallèle, avaient leur propre monnaie et leurs propres tribunaux. C’était si farfelu, tout le monde était d’accord, qu’il fallait pratiquement que ce soit vrai.

En tout cas, Shumps n’était pas in­quiet. Ou bien il l’était. C’est difficile à dire. Des fois, il avait l’air impatient, mais il s’ennuyait peut-être. La barrière linguistique m’empêchait de le découvrir, bien que même là, à propos de la langue anglaise, Shumps était difficile à lire. Son aisance en ce qui concernait l’anglais laissait perplexe même le capitaine Matt Aggus, le mentor de l’ÉLMP assigné à Shumps depuis quelques mois et son ombre durant cette opération.

Aggus est un officier intellectuel, presque pensif, de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et il croit que l’officier afghan comprend bien plus l’anglais qu’il ne le laisse entendre, mais qu’il ne réagit que si c’est quelque chose d’important qui arrive ou qu’il veut vraiment savoir. Par la suite, durant l’opération, par exemple, quand un des soldats de Shumps s’est mis à critiquer ouvertement l’aptitude d’Aggus en ce qui concernait la lecture d’une carte, ce dernier a réussi à très bien comprendre la situation sans interprète.

Aggus, qui semble être assez en forme pour pouvoir courir trois marathons d’affilée, n’était pas du tout dérangé par cela. Le bilinguisme étrangement inconstant de Shumps n’était qu’un fait de la vie pour Aggus, quelque chose à quoi réfléchir pendant qu’il observait l’horizon.

Diplômé de l’University Queen’s de Kingston (Ont.), le capitaine Aggus voulait à l’origine être médecin mais, comme il le dit, il a décidé de briser les gens plutôt que de les arranger. Il ne veut pas vraiment dire ça, bien sûr, il fait simplement preuve d’humour noir, mais c’est ce qu’il dit.

Son rôle en tant qu’officier de l’ÉLMP n’est pas facile du tout. Il ne commande pas Shumps. Et il n’est pas chargé de le former non plus. Il est simplement là pour le conseiller, peut-être pour lui servir d’exemple et peut-être, ce qui est le plus important, pour servir de liaison avec les autres forces de l’OTAN et le support aérien durant les opérations comme Ateesh Bazi.

Le plan de manœuvre général pour l’Opération Ateesh Bazi, c’était que le major de l’ÉLMP Mark Campbell et Aggus emmènent la force principalement afghane de Sperwan Ghar, à travers un village soupçonné d’appartenir aux insurgés, et de rejoindre la force canadienne de chars d’assaut et de blindés venant de la Base d’opérations avancée Masum Ghar. Après s’être rencontrés, les deux groupes devaient mener un exercice de tir réel à leur portée en fin d’après-midi avant de camper pour la nuit, à un certain endroit dans le désert, et puis prendre la route de Nakhonay à l’aube.

Le matin du 24 avril 2008, le 1er jour de l’Opération Ateesh Bazi, alors que la compagnie afghane de Shumps sortait de Sperwan Ghar pour ce qui allait être la plus grosse opération à laquelle elle avait participé, Aggus montait à bord d’un Nyala RG-31 avec le reste de son équipe d’ÉLMP à la recherche de la guerre. L’équipe comprenait un infir­mier et un chauffeur/tireur qui était aussi commandant en second d’Aggus, l’adjudant John McNabb.

Ce dernier, un ancien soldat du régiment aéroporté qui en est à son troisième voyage en Afghanistan, semble avoir découvert la façon dont on endure, avec beaucoup d’humour, n’importe quelle calamité ou malchance qui arrive. En plus de cela, surtout dans une opération comme celle-ci, on sent quand on se tient près de lui qu’il sait ce qu’il fait et, par conséquent, je ne le quitte pas d’une semelle pendant les deux jours qui suivent.

Bien entendu, aller à la recherche de la guerre comme Shumps, Aggus et McNabb en ont l’intention, n’a rien de facile, surtout en Afghanistan, où on peut être certain que les choses ne vont pas se passer comme on les a prévues et, en plus de tout ça, la manière parti­culière dont les choses arrivent est toujours surprenante, pour ne pas dire malicieuse.

Le premier arrêt de l’opération arrive au village de Regay qu’il faut nettoyer et qu’on a évalué comme ayant une certaine connexion avec les méchants qui se trouvent peut-être dans la région de Nakhonay. Lorsque le convoi prend le départ, McNabb claque la portière du Nyala et semble un peu confus en voyant la longue portière en acier se mouvoir librement avec sa main. Le loquet s’est brisé et il en vient à tenir à la main quelques kilogrammes d’acier, très important mais maintenant inutile.

Il secoua la tête et regarda autour de lui, comme s’il se demandait si quelqu’un était en train de faire une farce à ses dépens. « Oh ben, tabar—k », dit l’infirmier, assis en face de lui, qui regarde la portière qui va et vient. « C’est pas possible. »

Le capitaine Matt Aggus (à g.) et le lieutenant Matiullah (Shumps) discutent de leur traversée d'Adamzai. [PHOTO : ADAM DAY]

En peu de temps, l’adjudant avait trouvé une façon d’étirer la jambe pour coincer son pied contre un petit coffre et tenir ainsi la portière fermée, mais il était probablement extrêmement inconfortable, vu qu’il était bouclé fermement dans un harnais à cinq branches. Il ne dit pas un seul mot. Il ne faisait que secouer la tête et il semblait attendre la prochaine chose qui irait mal.

Il n’a pas eu besoin d’attendre longtemps. D’abord, les radios ne fonctionnent pas, ensuite, une couple de véhicules de l’armée nationale afghane (ANA) sont embourbés dans un oued, et puis il y a des rapports que la grosse force canadienne qu’on devait rencon­trer près de Regay avait déjà beaucoup de retard à cause de problèmes de navigation à quelques kilomètres à l’est et elle était en train d’envoyer des véhicules chenillés à travers des murs de boue pour trouver une issue. À la radio, on demandait le déploiement des spécialistes canadiens chargés de compenser les fermiers afghans quand leurs biens sont endommagés par l’OTAN.

Pendant ce temps, la portière du Nyala s’ouvrait toute seule durant notre tangage à travers les routes aux profondes ornières. L’adjudant McNabb ne pouvait que secouer la tête d’un air grave.

« Un soldat m’a enseigné un adage l’autre jour », lui dis-je.

Il me regarde et soulève son menton un millimètre à peine; à l’évidence, il voulait l’entendre. C’était un adage sévère, le genre de choses que disent les soldats quand il s’agit de décrire la vie à la guerre toujours accablante.

« F—kery knows no bounds (la putasserie n’a pas limites) », lui dis-je.

Il sourit en coin, évidemment très amusé. Et puis il a l’air de réfléchir. « Les Afghans ont un adage comme celui-là aussi », dit-il calmement. « C’est “inshallah”. »

Il ne faut pas oublier que cela se passe durant la première demi-heure de l’opération, quand la base Sperwan Ghar que nous venions de quitter était encore bien visible. La friction. C’est comme ça que les gars qui se spécialisent en planification appellent ça. Cela signifie que dans une manifestation aussi compliquée que l’Opération Ateesh Bazi, il y a toujours beaucoup de petites choses qui vont mal, alors il faut échafauder un plan robuste qui puisse supporter les petites éventualités sans se faire démanteler entièrement. Pour cette opération, les planificateurs devaient être bons, alors il n’y a pas eu de divagation malgré une friction importante.

Après quelques heures de retard et de battage, la grosse force afghane de deux compagnies s’est rendue à la périphérie de Regay, où elle descend des véhicules et se prépare à entrer au village à pied. Mais les soldats s’assoient un peu partout avant que les patrouilles prennent le départ, et se demandent ce qui va se passer durant les quelques prochains jours, si les talibans vont se battre ou rester tapis. En général, ils pensent qu’ils vont rester tapis, mais personne n’est vraiment sûr. « C’est la première fois qu’on va fouiller du côté sud-ouest de Nakhonay », dit le major Campbell. « On veut le définir d’abord, ou tout au moins essayer.

« Si on s’avance avec une puissance de combat écrasante, ils ne vont pas accepter le combat. Ils ne sont pas stupides », dit-il, finissant sa phrase presque comme si c’était une question. Là-dessus, l’opération était lancée officiellement et les soldats afghans, avec leurs mentors canadiens, commencèrent à marcher, en trois longues colonnes, vers Regay, le soleil déjà haut dans le ciel, qui tapait sur les montagnes découpées non loin de là.

Un soldat de la 1re compagnie avec son arme improvisée. [PHOTO : ADAM DAY]

Quant à Regay, comme cela se fait communément pour décrire un endroit dans un pays étranger, il est « au bord du désert ». En réalité, Regay est même encore plus au bord du désert que ça. Dans ce cas-ci, c’est le désert du Registan, qu’on appelle des fois le désert Rouge à cause de sa couleur ocre foncée, et le village de Regay en est à la fin du processus où il en devient une partie.

La périphérie de Regay est une série de dunes d’où sortent des murs en ruine. Il n’y a pas d’adultes autour, mais des enfants courent librement parmi les dunes, peut-être jouent-ils. À l’intérieur du village, des dunes plus petites couvrent les petites allées entre les enceintes et nombre d’édifices en ruines semblent avoir été décorés avec des gravures complexes par quelque force étrange d’une autre planète, et puis bombardés par une autre force. En général, l’endroit semble appartenir à un temps tout de suite après la fin du monde; ou peut-être avant elle.

Aggus et Shumps guident les soldats afghans dans la bonne direction. Shumps, bien qu’il semble être attentif, ne s’intéresse guère à la carte d’Aggus, ni aux plans tactiques dont il parle, ni aux conseils de navigation qu’il lui donne; à la place, il semble content d’aller dans le sens du courant, quel qu’il soit.

La patrouille s’avance en plein milieu du village et s’établit sur une dune, à découvert. L’autre compagnie afghane est visible au loin, qui contourne la périphérie de Regay et vient vers nous. « 7-1 Alpha », dit Aggus à la radio. « La 1re Compagnie a dépassé l’objectif Little Mountain et s’est disposée au point 31256. À vous. »

Le capitaine se laisse tomber, désireux de conserver son énergie dans cette chaleur accablante. « C’est insupportable », dit-il. « Il y a encore trois heures avant la partie la plus chaude de la journée; ça va être une h—tie de fournaise. »

Shumps n’est pas convaincu que ce soit une bonne idée de garder sa patrouille ici. Et vu que sa compagnie est étalée en petits groupes à des centaines de mètres dans toutes les directions, sa brève hésitation est cause de confusion, car nombre d’entre eux ont continué de marcher, ne sachant pas que nous avions atteint l’objectif que nous nous étions fixés.

L’interprète dit à Aggus que Shumps veut emmener la compagnie à la limite des arbres à 500 mètres de là, où des soldats afghans attendent déjà, et il semble déjà demander que sa compa­gnie prenne le départ. « Je sais qu’ils attendent », réplique Aggus immédiatement, « mais on ne peut pas y aller. On ne peut pas y aller avant d’avoir rejoint le commandant de Kandak et qu’il nous dise ce qu’il veut qu’on fasse. »

L’interprète dit ça à Shumps qui semble y réfléchir un instant avant de porter son regard à la limite des arbres avec indifférence. Il trouve probablement le besoin constant des Canadiens de tra­cer et contrôler les positions et de vérifier tous les mouvements avec les supérieurs, plutôt ennuyeux. La limite des arbres était sans doute une meilleure position que de rester assis à découvert, comme c’était le cas à ce moment-là, alors il lui a probablement semblé étrange que les Canadiens veuillent tenir cette position simplement parce que c’est la position choisie sur une carte quelques jours auparavant.

L’interprète, un jeune Afghan du Nord, ne parle probablement pas l’anglais beaucoup mieux que Shumps. Malgré cela, il prenait de grands risques en se trouvant ici, car les interprètes, au contraire des soldats de l’ANA, sont souvent injuriés par beaucoup d’Afghans. Quelques instants auparavant, l’interprète se vantait que même sa propre mère ne sait pas comment il gagne sa vie.

Shumps et l’interprète parlent quelques secondes et puis ce dernier dit à Aggus que la radio du commandant de Kandak est en dérangement, et que Shumps n’arrive pas à le joindre. Aggus soupire et appelle lui-même, sachant déjà la réponse qu’on va lui donner. « L’indicatif d’appel ici a l’intention d’avancer jusqu’à un bosquet au bord de l’objectif Big Mountain », dit-il au major Campbell par radio, « et je voudrais savoir si le commandant de Kandak est d’accord, vu que l’indicatif d’appel ici ne peut pas communiquer avec lui. À vous. »

La réponse embrouillée arrive tout de suite. Aggus transmet le message à Shumps par le truchement de l’interprète. « Alors on va rester ici jusqu’à ce que l’autre compagnie soit dans le village et on pourra alors aller jusqu’à la limile des arbres. »

Dans le but de donner une leçon suite à la petite conversation, il ajoute : « Si la 2e Compagnie vous dit d’aller la rejoindre dans le village, vous devriez lui dire que ça ne fait pas partie du plan, et elle n’a pas le droit de vous dire ça, et que vous allez obéir aux ordres de votre commandant. »

Shumps regarde le sol, et puis le ciel, presque comme un petit garçon quand son père essayait de corriger sa façon d’agir : il écoute peut-être, mais il n’est pas très content. Quoi qu’il en soit, en fin de compte, Shumps a fait ce qu’il voulait et la patrouille au complet s’est avancée jusqu’aux arbres où tout le monde s’assoit pour faire une longue pause.

Détendus sur le sable, Aggus et McNabb écoutent la radio où les « tankers » du Lord Strathcona’s Horse grommellent à propos de leurs chars Leopard qui sont coincés et de trouver une issue au terrain du Panjwai compliqué au point qu’ils en ont des cauchemars. Il y a des rires compatissants d’Aggus et de McNabb à l’occasion.

En attendant, la seule friction, pratiquement, à Regay arrive d’une manière des plus nonchalantes, quand la patrouille s’est arrêtée dans l’ombre en attendant qu’on vienne la chercher. « Est-ce qu’on a le temps de bouffer? » L’adjudant demandait cela à son capitaine.

« Probablement », répondit Aggus.

Mais, que pourrait-il arriver d’autre, aussitôt que McNabb avait mis sa ration de pain de viande avec sauce dans le sac de cuisson, les véhicules se pointent à l’horizon, venant nous chercher à toute allure. « C’est pas croyable », gronde McNabb pour rire. « Vous avez dit qu’on avait le temps. »

« Ben, c’est la guerre, vous prenez vos risques », répondit Aggus en gloussant doucement, tout en regardant McNabb enfoncer son sac à ration qui fumait encore dans son sac à dos.

Toutefois, il n’a pas fallu longtemps à la malchance pour rattraper McNabb, et au milieu du chemin vers la route où les tankers du Strathcona arrivent, notre Nyala subit une sorte de crise épileptique sur le sable brulant du désert. Quoi que fit le chauffeur, le Nyala refusait d’avancer. L’équipage au complet des­cend et de l’extérieur, il semble que les freins sont coincés. Chaque fois que le chauffeur appuyait sur l’accélérateur, le Nyala sautait verticalement sur le sable, tout en crachant de la fumée noire comme un animal de l’âge du pétrole qui se meurt.

Aggus et McNabb ont passé une grande partie de l’après-midi à observer leur Nyala d’un air triste, appelant à l’aide de temps en temps, une aide qui a fini par arriver grâce à un véhicule de dépannage du Strathcona d’où sort un mécanicien de chars du Strathcona déjà harcelé qui, après avoir entendu les symptômes de la panne du Nyala, admet tout de suite qu’il ne peut ni réparer le véhicule ni nous remorquer.

McNabb secouait simplement la tête.

Le mécanicien de chars demande quand même à Aggus de démarrer le Nyala, rien que pour voir le problème.

Comme prévu, le Nyala démarre et s’avance presque comme s’il n’avait jamais été endommagé.

McNabb secouait simplement la tête.

En conclusion, on pense que le pro­blème était causé par la chaleur, et nous avons tous hâte de rejoindre tout le monde pour faire le dernier exercice du jour, le tir réel de portée. Le major Campbell dit que « c’est toujours bien de savoir si les canons fonctionnent ».

Durant l’exercice sur cible, les armes lourdes de la compagnie de Shumps, des mitrailleuses de 12,7 mm et de 14,5 mm montées à l’arrière de camions Ford Ranger, ont des ratés et se bloquent au point où sur les quatre qui ont été apportées, il n’y en a qu’une qui tire et, on ne sait trop comment, elle manque complètement la montagne et les balles s’en vont vers le Pakistan. Les chars canadiens, quant à eux, lançaient des obus qui explosaient sur la montagne de façon impressionnante, faisant sauter des morceaux de pierre et donnant un spectacle de bruit et de puissance qu’on ne pouvait ignorer à des milles à la ronde.

À la fin du tir, le convoi au complet, qui avait alors plusieurs kilomètres de longueur et qui était plus large que jamais, s’élança en grondant autour de la montagne, en direction d’un emplacement près de Nakhonay.

* * *

La question qu’on se pose, bien sûr, c’est pourquoi il n’y a pas eu de présence de la coalition d’importance à Nakhonay et ses environs pendant si longtemps.

C’est difficile de comprendre comment permettre le développement d’un « bastion d’insurgés » à 10 kilomètres seulement d’une importante base canadienne pouvait être bon pour la stabilité du Kandahar. « Nous ne sommes pas encore allés nettoyer l’endroit, et le tenir, alors c’est quelque chose sur laquelle nous sommes en train de nous pencher », dit le brigadier-général Guy Laroche, de retour au terrain d’aviation de Kandahar, peu de temps après l’Opération Ateesh Bazi.

Bien que certains officiers canadiens se plaisent à dire que le fait que l’ennemi ne combatte plus de front, qu’il ne s’engage plus dans des tactiques conventionnelles, est une indication du succès de l’OTAN, on se demande ce qui arriverait si un convoi canadien allait directement à Nakhonay. Il est fort pro­bable qu’il y aurait un gros combat conventionnel, mais ce n’est pas couru d’avance. « Nous sommes allés là-bas pour voir si l’ennemi y était », dit Laroche. « Nous ne savons pas s’il y avait vraiment des méchants dans la région, et il n’y a pas eu d’engagement direct. »

En fin de compte, le facteur crucial, c’est la main-d’œuvre. Cela n’a pas été facile d’assembler les forces pour Ateesh Bazi; il a fallu la planifier pendant presque un mois. Pour atteindre les objectifs de base de la stratégie contrinsurrectionnelle rien que dans le district de Panjwai — nettoyer une région d’insurgés, la tenir et construire là-dessus — il faudrait évidemment d’autres troupes.

Même si les troupes ne sont pas habituellement en assez grand nombre, au moins pendant quelques semaines, en avril, on avait des raisons d’espérer, au terrain d’aviation de Kandahar, parce que les marines états-uniens étaient arrivés en grand et ils étaient armés et prêts à combattre.

La 24th Marine Expeditionary Unit est une force de combat autonome de presque 3 000 hommes de troupe et elle arrivait avec autant d’armes lourdes qu’il lui était possible d’apporter; difficile de ne pas avoir de pitié pour l’ennemi quand on observe les rangées à n’en plus finir de blindés, de chasseurs à réaction et d’hélicoptères d’attaque des marines.

De fait, il n’y a pas d’aura exactement comme celle d’un grand groupe de jeunes marines des États-Unis endurcis qui font le pied de grue tout autour du terrain d’aviation, en attendant que les commandants s’occupent de la paperasserie et les lancent au combat. (Cependant, lorsque vous lisez ceci, ils ont vraiment pris part aux combats, ayant été déployés à l’ouest où ils aident les Britanniques, dans la province de Helmand.)

Ces marines sont les seules personnes que j’ai jamais rencontrées, j’ai l’impression, pour qui mourir au combat serait une partie de plaisir. Ou, tout au moins, ce serait plus amusant que de patienter au terrain d’aviation de Kandahar pendant deux mois, ce qu’ils ont fait pour l’instant.

Il faut le dire, le terrain d’aviation n’est pas le meilleur endroit où passer sa vie. Tout le nécessaire s’y trouve, mais il ne s’agit pas d’une existence joyeuse, assez près du chez soi pour rappeler à quel point il manque mais pas assez près pour qu’on soit heureux.

Bien sûr, le bar à expresso où l’on peut boire du café à volonté apporte un peu de calme. Mais même comme ça, il faut être patient pour se tenir debout et appuyer sur le bouton à plusieurs repri­ses pour obtenir une tasse pleine, sans parler de la volonté de fer pour endurer les regards hostiles des soldats européens en manque de caféine qui attendent leur tour.

Mais même au terrain d’aviation, les hostilités, disons qu’elles font intrusion, dans le malaise climatisé. Même au terrain d’aviation, on ne peut le dire plus délicatement, on peut exploser à tout moment, car les roquettes tombent du ciel avec une régularité déconcertante. Et quand on sait qu’une roquette pourrait foncer sur soi à tout instant, la vie devient tout autre. C’est un changement subtil, un petit déclic dans le fond du cerveau. On passe, tout doucement, de la vie normale au simple espoir qu’on va survivre. Pour pouvoir l’endu­rer de cette façon-là, on dirait qu’il faut abandonner un tout petit peu, de s’abandonner au sort, ou au destin, ou inshallah, ou quelle que soit la manière qu’on veuille l’exprimer. Et même la crème glacée à volonté n’aide pas beaucoup en ce qui concerne cette réalité, surtout après sept, huit ou neuf mois de service, comme c’est le cas pour bien des membres du personnel du quartier général canadien.

Toutefois, le gros danger de mort ce n’est pas une roquette dans la tête, dit-on aux soldats canadiens à leur arrivée pour les rassurer, ce serait plutôt la sorte d’hémorragie artérielle qui arrive quand, disons, les jambes sont arrachées.

Résultat, la plupart des soldats ont un savoir-faire des plus impressionnant en ce qui concerne le garrot militaire à la fine pointe de la technologie qui sert à comprimer circulairement le membre. Bien que le garrot arrête l’hémorragie dans la plupart des cas, la probabilité de sauver le membre est loin d’être excellente. Et des fois, même le garrot ne suffit pas, ce qui veut dire qu’il ne reste qu’à essayer la solution du dernier ressort : le pansement Quick Clot. Il s’agit d’un produit chimique qu’on saupoudre sur la blessure comme si c’était de la litière pour chat et qui cautérise le tout si fort qu’il arrive régulièrement que la personne qui applique l’agent coagulant souffre de brulures, alors imaginez le pauvre sur qui il est appliqué. L’agent est si puissant qu’on ne peut l’utiliser que sur les membres car on sait qu’il rongerait des organes en entier.

Et ce ne sont là que les renseignements de la séance d’information à l’arrivée.

* * *

Pendant ce temps, près de Nakhonay, le deuxième jour de l’Opération Ateesh Bazi, le soleil commençait à poindre à l’horizon un peu après 5 h, et tout le monde se levait, personne n’ayant succombé durant la nuit aux vipères, aux scorpions ou aux talibans.

D’après le plan, il fallait conduire jusqu’à une position à peu près au centre de tous les villages et placer les chars d’assaut et les véhicules cana­diens pour qu’ils puissent offrir un tir de couverture pendant que les Afghans et l’ÉLMP nettoyaient les villages une enceinte à la fois.

Lorsque le convoi arriva, au grand complet, au centre de la position de combat, il fallut réajuster le tout, alors pendant un certain temps, les gens dans les villages pouvaient voir ce déploie­ment effrayant de puissance de feu qui tournait en rond, littéralement, à travers leurs champs. « Maintenant, ils ne vont pas se battre avec nous, c’est sûr », dit McNabb. « Ils vont croire qu’on est tous des h—ties de fous. »

« Si on n’a pas de plan, c’est sûr que l’ennemi ne pourra pas deviner ce qu’on va faire », dit joyeusement un autre soldat.

« Planifiera bien qui planifiera le dernier », dit un autre.

Cependant, en fin de compte, tout est réglé et les ÉLMP s’assemblent pour leur dernière séance d’information. « Bon, s’il n’y a pas d’autre question, je vous souhaite à tous un tab—e de bon temps », dit le major Campbell aux ÉLMP assemblés. « Allez-y lentement et sûrement, c’est pas un h—ie de sprint, c’est un marathon : aujourd’hui, on avance pas plus de six ou sept kilomètres si on finit par atteindre tous les cal—ces d’objectifs. Et pour ceux qui n’ont pas encore engagé l’ennemi, rappelez-vous que c’est pour de vrai, alors vous n’avez pas l’occasion de recommencer; manquez pas votre h—ie de coup. Bon, allons-y. »

À la périphérie du premier village, Aggus arrête la patrouille pour dire à Shumps qu’il vient d’entendre un rapport à la radio que des insurgés sont en train de planter des dispositifs explosifs de circonstance (DEC) dans le village devant nous. Des hélicoptères vrombissent au-dessus de nos têtes.

Shumps ne réagit pas. Il demande à un villageois qui passe par là avec un âne s’il y a des méchants dans le village. Le villageois aurait dit que non. Shumps fait encore comme s’il allait chez le dépanneur. Il continue de jeter des coups d’œil aux alentours comme s’il allait prendre l’autobus. C’est un peu déroutant.

Aggus profite de cette courte pause pour essayer de convaincre Shumps qu’il faut qu’il soit assez loin devant pour pouvoir influencer la direction que les premiers éléments de la patrouille vont prendre dans le village.

Bien que Shumps finit par faire ce qu’Aggus lui conseille de faire, il appert que ce n’est pas vraiment suffisant. Le procédé de manœuvres des patrouilles à travers les villages, bien qu’ils n’étaient pas sorciers, étaient assez compliqués pour causer des problèmes.

Les deux compagnies de l’ANA devaient avancer en parallèle et en quinconce, une compagnie avançant d’abord, puis prenant position en attendant que l’autre la dépasse et prenne position aussi. De cette manière, elles auraient progressé par bonds à travers les trois villages.

Mais lorsque les deux compagnies de l’ANA sont entrées dans le premier village, Adamzai, elles commencent à se chevaucher, et elles essaiment pratiquement dans le village.

Au sol, quand on voyait les soldats de l’ANA aller dans toutes les directions en même temps, on savait bien que si l’ennemi se mettait à tirer, on n’aurait pu faire mieux que de se jeter par terre et essayer de tenir parce que les balles auraient certainement volé dans toutes les directions.

Il n’a pas fallu longtemps au major Campbell pour rejoindre Aggus et Shumps. « La géométrie du feu est complètement cal—cée », dit Campbell, et il indiqua qu’une compagnie allait devoir avancer pendant que l’autre resterait sur place.

L’opération s’est dénouée lentement, et les difficultés de navigation qui avaient causé le problème furent extrêmement pénibles à résoudre. Alors que les premiers éléments de la compagnie de Shumps n’étaient qu’à 50 mètres devant le groupe de commandement porteur de cartes, la distance était suffisante pour causer une confusion incessante.

À un moment donné, Shumps s’est fatigué des encombrements et il a décidé de mener la patrouille lui-même. Aggus le retint immédiatement.

Au fur et à mesure que l’opération allait de l’avant, tout le monde souffrait des problèmes de navigation incessants.

Un jeune soldat afghan qui avait passé la journée parmi les premiers éléments vint à côté d’Aggus après un autre renversement de direction et fit semblant de lui prendre la carte, comme pour se moquer. « Vous devriez parler à ce gars », dit McNabb à Shumps en rugissant.

« Il n’a pas d’éducation », répondit Shumps, dans un anglais très courant. « C’est un soldat fou. Tous les soldats sont fous. »

McNabb secouait simplement la tête.

Il dit que la patience est une chose clé qu’il a apprise en travaillant avec l’ANA. « Ils m’ont certainement appris à être patient », dit-il. « C’est une chose que j’aurais dû apprendre il y a 10 ans. »

Et il se tient sur ses gardes avec patience pour tout le monde, surtout pour Aggus, s’assurant que ce dernier soit assez hydraté et qu’il mange ses rations. Mais il le fait aussi pour Shumps qui, vers la fin de la journée, devient de plus en plus malade à cause de la chaleur, bien qu’il refuse constamment de se faire soigner.

Il est indubitable que la chaleur est l’ennemi le plus dur auquel se mesure la force de coalition durant Ateesh Bazi, mais il y a aussi d’autres difficultés mi­litaires de base dont il faut tenir compte quand on veut relier les deux cultures de combattants. Les soldats afghans ne semblent pas s’intéresser à notre manière de faire la guerre, nos cartes, nos plans, nos tactiques. Ils ont leur propre système, beaucoup plus décontracté, qui semble s’asseoir sur l’instinct autant que sur la raison. Mais comme tout le monde le remarque, la culture afghane est pleine de guerre et les hommes sont des combattants extraordinaires, alors ce n’est pas facile à dire si leur façon de guerroyer est mauvaise ou incorrecte.

Cependant, il est évident que le fata­lisme calme personnifié par les « inshallah » de Shumps a un mauvais côté.

Par exemple, un des soldats de la compagnie de Shumps a un fusil AK-47 embelli par des additions super comme un lance-grenade, un capiton de crosse et même une belle lunette, une amélioration rarement utile car le AK-47 est une arme notoirement inexacte à la distance où une lunette serait nécessaire. De toute façon, comme le dit un des Canadiens, la lunette ne devrait pas être montée sur ce fusil et le capiton est bancal, alors toute l’installation de fortune a l’air remarquable mais « on manquerait son coup à bout portant ».

Mais pour l’Afghan qui porte l’arme, s’il atteint la cible ou non dépend pro­bablement davantage de la volonté de Dieu que de quelque question technique comme une lunette bien précise. Malgré cela, ce n’est pas la compétence tactique afghane dont Aggus se soucie le plus. En fait, comme il le dit lui-même, la chose la plus importante à propos de laquelle il travaille avec Shumps et la compagnie n’est pas le combat mais la persistance et la logistique.

Mais même là-dessus, il n’y a pas de doute que le penchant qu’ont les soldats afghans de laisser les choses de base au hasard les opprime. Par exemple, Shumps et sa compagnie savaient que leur générateur d’électricité allait tomber en panne, mais ils n’ont pas remis la paperasserie au quartier général de leur bataillon pour qu’on le leur répare ou pour le faire remplacer malgré les exhortations répétées de leurs mentors. Alors il est tombé en panne et ils ont passé une semaine sans électricité, en se plaignant aux Canadiens sans arrêt.

McNabb dit qu’il s’agit d’apprendre à la dure école. Et même si c’est une manière difficile d’apprendre, comme il le fait remarquer, c’est comme ça à propos de tout ce qu’ils font, même l’entretien des armes, ce qui est évidemment quelque chose dont on devrait se soucier si on tient compte du tir des armes lourdes des Afghans la veille. « On leur dit de nettoyer les armes. On donne l’exemple », dit McNabb. « Mais je vais certainement pas les nettoyer pour eux, leurs h-oties d’armes. »

Ça risque d’être une école vraiment dure.

De toute façon, à la fin d’une longue journée de patrouilles sans voir d’ennemi, le convoi se prépare à repartir et McNabb passe la consigne à Shumps : « Quand on avance, vous nous suivez. »

« Inshallah » : telle est la réponse de Shumps.

McNabb secoue la tête, un sourire résigné aux lèvres. « J’adore ça », dit-il. « C’est comme quand je dis à ma fille de 16 ans de faire quelque chose et qu’elle me répond “comme tu veux” ». Au bout d’un certain temps, tout le monde est prêt à partir, mais lorsque le convoi quitte Nakhonay vers le nord, une explosion a un effet de vague le long des blindés canadiens. Un véhicule cana­dien de devant a sauté. C’est un autre VAL et, ce qui est étrange, c’est le quatrième véhicule de la file, derrière deux chars avec des rouleaux de déminage et un char avec une lame qui racle la route.

Personne ne peut nous dire comment ce DEC a pu survivre au passage des démineurs, mais en général on semble croire qu’il a été détonné par un taliban qui se trouve dans le coin. Il y a eu des blessés, mais rien de très grave, bien qu’il faille si longtemps à l’opération de récupération que la nuit tombe et le convoi au complet doit passer par un chemin très fastidieux pour le retour au bercail en se servant d’équipement d’imagerie thermique.

La friction ne se fait pas attendre. Les heures passent pendant que le convoi vire d’un côté, puis de l’autre, dans la noirceur, essayant de rester loin de la route et du risque de DEC, mais devenant de plus en plus coincé. Ça n’en finit plus dans le noir. Quatre, cinq, six heures. On n’arrivait pas à trouver un chemin et on piétinait. Au loin, on remarque des mouvements ennemis. Je ne pouvais pas le voir, mais je savais que McNabb était là, dans le noir, en train de secouer la tête.

Il est sûr qu’une mission d’ÉLMP n’a rien de facile. Ce sont des gens qui s’occupent d’instruction de base dans une zone de tir réel et, en fait, sans avoir l’autorité de diriger l’instruction. Malgré cela, Aggus insiste beaucoup que le système des ÉLMP est un bon système et qu’il va finir par fonctionner. De fait, Ateesh Bazi a été une réussite. L’opération était compliquée et dure à souhait mais sa raison d’être, l’obtention de renseignements sur la possibilité d’une présence ennemie à Nakhonay, a été complétée.

Tout au moins, personne ne pourra jamais douter de la bravoure d’hommes comme Aggus, McNabb et Campbell, qui, quelque part au-delà des lignes du front, risquent tout pour aider l’armée afghane à s’améliorer.

Notre VAL repart et nous entendons un drôle de rapport. « Je ne pense pas que le système d’armes fonctionne », dit le commandant du VAL à l’interphone.

« Pourquoi? » demande la sentinelle aérienne arrière du VAL.

« Parce qu’il indique qu’on va vers le sud-ouest. »

« C’est bien vers le sud-ouest qu’on va » répond le soldat.

C’était là un problème car, le sud-ouest, c’était la direction d’où nous venions.

La consigne inévitable nous parvint alors à la radio : si on n’arrive pas à sortir d’ici au prochain coup, il va falloir former un périmètre défensif ici pour la nuit. Il y a un gémissement général, sauf chez les gars du quartier général, qui passent une grande partie de leur temps au terrain d’aviation et qui seraient contents de l’aventure d’une nuit dans le territoire des méchants.

Ensuite, quelqu’un dit à la radio qu’il vaudrait mieux abandonner le système d’imagerie thermique. C’est logique car on pouvait nous entendre et voir l’ANA, qui n’avait pas de système d’imagerie thermique et allumait ses lampes, à 10 kilomètres à la ronde. Alors la consigne fut donnée et le convoi alluma ses lampes blanches.

Quelques secondes après, un rire doux et perplexe bruit à l’interphone. « C’est un h—stie d’embouteillage géant », dit la sentinelle arrière.

Tout le monde était désorienté dans la noirceur et, quand les lampes furent allumées, on voyait une étrange image : tout le convoi était égrené et mélangé, des lampes dirigées de tous côtés; difficile à dire s’il y en avait deux qui pointaient du même côté. Tout le monde, semblait-il, avait une idée différente à propos de comment nous tirer du pas où nous nous trouvions.

Bonne fête Québec

Les feux d’artifice étaient au programme lors du lancement du 400e anniversaire de Québec. [STEVE DESCHENES]

Les résidents de Québec ont exprimé leur suffrage, lors d’une élection partielle vers la fin de l’an dernier, pour choisir le successeur d’Andrée P. Boucher, mairesse populaire décédée à la fin du mois d’aout. Les électeurs ont choisi, parmi les quinze candidats qui s’étaient présentés, Régis Labeaume, homme d’affaires et politique novice de 51 ans qui, bien que n’ayant que 3 p. 100 des intentions de vote en sa faveur dans les sondages d’opinion publique au début de la campagne, a fini par obtenir 59 p. 100 des voix. Sa candidature reposait sur une plate-forme d’après laquelle il allait faire de Québec un centre d’excellence pour la recherche de pointe et l’innovation scientifique. Mais il dit qu’il n’a pas passé une grande partie de la première année qu’il a été maire à s’occuper de cela. À la place, il s’est dépensé surtout à la présidence de la plus grande fête d’anniversaire du continent.

Québec va avoir officiellement 400 ans le 3 juillet 2008 — il y a quatre siècles, un explorateur et aventurier intrépide du nom de Samuel de Champlain atterrissait avec environ 30 autres Français, y compris des travailleurs manuels, des charpentiers, des équarisseurs, sur la berge du fleuve Saint-Laurent que les autochtones appelaient kébec, ce qui signifie, « où le fleuve rétrécit », parait-il. Ils construisirent un hameau de trois édifices à étage, entouré d’une palissade et d’une douve, établissant ainsi une présence française en Amérique du Nord qui existe encore de nos jours.

Cela fait de Québec une des plus vieilles collectivités du continent habitées de façon continue. On dit que St. Augustine, en Floride, qui a été fondée par les Espagnols en 1565, est la plus vieille. En 2007, les États-Uniens ont célébré le 400e anniversaire de la fondation de Jamestown, en Virginie actuelle, la première colonie anglaise en Amérique du Nord, disparue avant 1750 et dont l’emplacement est aujourd’hui en partie submergé. Les résidents de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, se préparent aussi pour le 400e anniversaire de leur ville, fondée par les Espagnols en 1610.

Mais, d’après certains écrivains, l’entreprise de l’audacieux explorateur français n’aurait pas donné naissance qu’à une seule collectivité. « Le 3 juillet 1608, quand Champlain mettait pied à terre à Québec et déployait le drapeau fleurdelisé, est le jour de la naissance de la ville et de la province, et même du pays qu’on appelle le Canada », écrivait son biographe Samuel Eliot Morse. Il s’agit d’une description appropriée du tour de force de Champlain, d’après Philippe Couillard, ministre de la Santé et des Services sociaux du gouvernement libéral de Jean Charest et responsable de la région de Québec. « Ces célébrations sont très importantes pour la ville ainsi que pour le Canada », dit M. Couillard, Québécois de 11e génération dont l’ancêtre parvenait à la petite colonie en 1613. « C’est une partie de l’histoire de tout le pays. C’est là où la dualité historique du Canada a commencé. »

Ce n’est pas tous les ans qu’une ville et ses citoyens ont des événements si agréables à célébrer, et les résidents de la capitale québécoise, ainsi que les visiteurs venant du reste du Canada, des États-Unis et d’ailleurs autour de la planète, vont célébrer en grand.

« Ça va être une grande fête », disait M. Labeaume quelques jours après avoir été installé. « Ça va être extraordinaire. Je n’ai pas pensé au 400e pendant la campagne électorale. Je me suis aperçu que j’allais devoir m’en occuper quand j’ai été intronisé. »

Il n’a pas eu beaucoup de temps pour étudier le dossier et se préparer. La célébration de 85 millions de dollars, financée grâce à 40 millions de dollars d’Ottawa, 40 millions de dollars du gouvernement provincial et le reste provenant des coffres municipaux, a commencé la veille du jour de l’an à la place d’Youville, à l’extérieur des impressionnants murs de pierre de la citadelle qui a été bâtie aux XVIIe et XVIIIe siècles en haut de la falaise surplombant la flèche riveraine où se trouvait la petite colonie à l’origine.

La célébration, le soir de l’ouverture, ne s’est pas passée telle que prévue. La foule (il est difficile d’obtenir les évaluations officielles de sa grandeur) était deux fois plus vaste que prévue. La plupart des gens ne réussirent pas à s’approcher de la scène et les moniteurs de vidéo étaient trop petits. Le compte à rebours vers minuit fut retardé et les feux d’artifice annulés parce que le public empiétait sur l’aire de lancement. Toutefois, les Québécois ont démontré par leur enthousiasme qu’ils désiraient célébrer.

Les immenses silos du port de la ville vont servir d’écran géant pour le Moulin à images. [ ]

La Société du 400e anniversaire de Québec, organisme responsable de toutes les festivités, prévoit des centaines de manifestations. La cérémonie de fermeture doit avoir lieu la veille du jour de l’an. Les activités vont comprendre des spectacles donnés par Céline Dion et le Cirque du Soleil, ainsi que l’exposition d’œuvres apportées du Louvre et des manifestations politiques auxquelles vont participer le premier ministre Stephen Harper et le président français Nicolas Sarkozy. Au site de la toile suivant se trouve la liste complète des manifestations : www.monquebec2008. sympatico.msn.ca.

Les organisateurs croient que le 400e de Québec va attirer 5,5 millions de visiteurs à une ville dont la population dépasse à peine les 500 000 habitants, mais les résidents sont habitués à de tels déferlements d’étrangers. Effectivement, le tourisme est une importante industrie de la capitale provinciale depuis longtemps (surpassée par le gouvernement et l’administration publique seulement), grâce à la situation spectaculaire au bord de l’eau, les montagnes environnantes et, bien entendu, ses riches édifices patrimoniaux, inégalés en Amérique du Nord et dont certains datent du début des années 1600. Mais le tourisme a atteint de nouveaux sommets depuis décembre 1985, quand le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO ajoutait l’arrondissement historique du Vieux-Québec à sa liste de sites historiques d’importance mondiale.

L’an dernier, 4,8 millions de personnes l’ont visité, d’après Richard Séguin, porte-parole de l’Office du tourisme de Québec. La plus grande partie — 3,2 millions — venaient de la province. Cinq cent mille autres venaient du reste du Canada, 550 000 des États-Unis et le reste d’autres endroits que de l’Amérique du Nord. La plupart des visiteurs internationaux viennent de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et de l’Italie, mais les Japonais et les Coréens viennent en nombres de plus en plus grands et, dernièrement, les Mexicains aussi, dit Séguin. Il dit aussi que si la ville peut recevoir autant de gens, c’est grâce à son industrie hospitalière qui s’enorgueillit de disposer de 12 000 chambres d’hôtel, de motel, d’auberges et d’autres pensions. Pour se renseigner sur l’hébergement, les restaurants et les autres services, visiter le site de la toile à www.quebecregion.com.

Lucie Latulippe, déléguée aux affaires nationales et internationales de la Société du 400e, dit que la planification du spectacle somptueux a commencé en 2000, quand le maire d’alors Jean-Paul L’Allier a demandé au directeur du Musée de la civilisation du Québec de dresser un modèle de célébration. La Société du 400e, qui a quelque 75 employés, a assemblé un répertoire d’environ 130 manifestations, dans le cadre desquelles seront accueillis quelques- uns des plus grands talents du Québec.

Il va y avoir un concert de Céline Dion, spectacle gratuit qui aura lieu le 22 aout aux plaines d’Abraham, tout juste à l’extérieur des murs de la vieille citadelle où, un jour de septembre 1759, le général James Wolfe et ses réguliers britanniques ont défait le général français Louis-Joseph Montcalm et ses forces (qui comprenaient des troupiers venus de France, des miliciens de Québec et leurs alliés aborigènes). Cet ancien champ de bataille, site de la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques — moment décisif du passé canadien — est actuellement un Site historique national et un parc urbain à quelques centaines de pieds au-dessus du Saint-Laurent.

On s’attend à ce que Mme Dion, qui se produira dans sa province natale pour la première fois depuis plusieurs années, attire entre 80 000 et 100 000 personnes.

Son concert public est prévu pour le 22 aout. La Société du 400e a commandé deux autres œuvres importantes dont on va parler longtemps après la fin des célébrations. Il s’agit d’abord du Moulin à images, une création du directeur, acteur, dramaturge, producteur et artiste de génie de Québec Robert Lepage. Cette production de 40 minutes sera affichée, après le coucher du soleil, du 20 juin au 29 juillet.

Des images de l’histoire longue et mouvementée de la ville serviront d’assiette aux coureurs de bois qui s’introduisaient à l’intérieur des terres pour les explorer et commercer avec les autochtones; à l’important port nord-américain d’où les cargos partaient pour l’Europe, remplis de bois de charpente et où ils arrivaient d’Europe, pleins d’immigrants; à la ville militaire où ont eu lieu des combats et où des soldats canadiens se sont assemblés pour aller se battre en Europe durant les deux guerres mondiales.

Les images de M. Lepage seront projetées sur les immenses silos du port, qui en deviendront des écrans géants de 600 mètres de longueur par 60 mètres de hauteur. On pourra les voir à plusieurs kilomètres de là.

L’autre œuvre est un spectacle en l’honneur de la diversité francophone créé par le Cirque du Soleil, qui est né au début des années 1980 à Baie-Saint-Paul, 90 kilomètres à l’est de Québec, et qui est actuellement un conglomérat international avec des tournées de spectacle et des salles permanentes à Las Vegas et au Disney World d’Orlando (Floride).

Mme Latulippe dit que d’après les plans d’origine, il y aurait un spectacle seulement, le 19 octobre, au Colisée, mais son organisation était en train de négocier avec le Cirque pour en ajouter.

À part les gros spectacles, la majeure partie des 130 et quelques manifestations vont être des productions populaires faisant étalage du génie créatif qui abonde au Québec. Mme Latulippe dit que la Société du 400e a demandé la participation des organisateurs de trois manifestations annuelles renommées : le Carnaval de Québec, le Festival d’été de Québec et les Fêtes de la Nouvelle-France. La société a aussi demandé le concours des institutions culturelles et des sociétés historiques. « Nous avons demandé à ces organisations de créer des projets spéciaux et nous leur avons apporté un soutien financier », dit Latulippe. « Nous pensons qu’il va y avoir quelque chose d’intéressant pour tous les secteurs de la population. Il y aura les compétitions sportives, les activités de plein air, les manifestations pour toute la famille, les spectacles culturels et les recréations historiques.

Le cœur des festivités sera l’Espace 400, sur la rive et à côté du bassin Saint-Louis, grande marina en dessous des falaises de la vieille ville. L’Espace 400, créé spécialement pour les manifestations de l’anniversaire, comprend deux scènes extérieures et un théâtre intérieur, plus grand, où peuvent s’asseoir 800 personnes.

Quant aux gouvernements fédéral et provincial, ils profitent du 400e pour rehausser le prestige international du Canada en tant que pays où il y a une importante population francophone et une culture francophone pleine de vie. À la mi-octobre, Québec se fera l’hôtesse du 12e Sommet de la Francophonie, organisation pour la coopération économique et culturelle entre les pays d’expression française ou qui abritent des minorités qui parlent la langue de Molière. Les chefs politiques de nombre de ces 55 pays, dont le premier ministre Harper et le président français Sarkozy, y sont attendus. Deux autres manifestations parrainées par l’organisation de la Francophonie vont précéder le sommet : une assemblée des ministres gouvernementaux et un congrès de maires de ville francophone.

Québec va retirer des bénéfices permanents d’une année de célébrations qui va probablement se terminer bien trop vite. M. Couillard fait remarquer qu’Ottawa et la province vont effectuer des investissements importants dans l’infrastructure, dont l’objet sera d’améliorer les approches de la rive pour les citoyens. On est en train de construire la Promenade Champlain pour piétons et cyclistes. Une expansion de l’aéroport de Québec de 65 millions de dollars devait être finie; et le terminal devrait ouvrir au mois de juin, à temps pour recevoir les visiteurs étrangers venant à l’anniversaire. « Les effets durables de ces investissements mixtes fédéral-provincial vont être appréciables pour la qualité de notre ville », dit Couillard. « Ces projets existent depuis bien des années, mais il fallait un événement comme le 400e pour les mettre en marche. »

La grande célébration de l’histoire et du patrimoine de la plus vieille municipalité canadienne éclipse une importante transformation qui s’est passée durant les derniers vingt ans. Elle retarde aussi de façon temporaire le but de M. Labeaume, qui était d’encourager ce changement. Québec, que l’on sait depuis longtemps ville de fonctionnaires et de touristes, est doucement devenue l’un des centres principaux de recherche et développement, surtout grâce aux programmes de science et de génie de l’Université Laval, une des plus grandes institutions postsecondaires au pays. « Notre renommée concerne notre histoire », dit Labeaume. « La plus grande partie du pays ignore que nous sommes actuellement un centre d’innovation. Je veux faire de Québec la ville la plus innovatrice du pays. »

Actuellement, quelque 6 000 scientifiques, dont beaucoup ont fait partie du personnel de Laval ou ont été associés à l’université, sont employés par les sociétés de recherche et développement du Parc technologique du Québec métropolitain. En tout, 90 sociétés sont en train d’essayer de transformer des découvertes scientifiques en produits commerciaux, ou leurs produits sont déjà sur le marché. Elles se rassemblent autour de quelques domaines scientifiques spécifiques, dont la technologie de l’information, les produits biopharmaceutiques et les technologies du bois. « On a commencé le parc il y a 10-15 ans et les résultats commencent à paraitre », dit Daniel Denis, architecte et président de la Chambre de commerce de Québec. « Le parc est plein et il nous faut l’agrandir. »

M. Denis dit que l’économie de la ville va extrêmement bien depuis quelques années, au point où le chômage n’est que d’environ 5 p. 100, en dessous de la norme nationale et bien en dessous du reste de la province. En effet, le manque de main-d’œuvre est un des pires problèmes qui point. « Beaucoup de membres du baby-boum vont prendre leur retraite et commencer à recevoir leur pension, dit M. Denis, il va nous falloir remplir 70 000 postes, principalement au gouvernement et dans l’industrie de l’assurance. »

Mais les gens ne s’intéressent pas beaucoup à ce genre de questions cette année. Les Québécois sont par trop occupés à célébrer la naissance de leur province et de leur culture.

Le chef d’état-major de la défense Rick Hillier

. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Note de l’éditeur : le 15 avril, alors que nous nous préparions à aller sous presse, le général Rick Hillier annonçait qu’il va quitter son poste de chef d’état-major de la défense en juillet.

Le général Rick Hillier sourit encore, mais à peine. Après plus de trois ans à la tête des Forces armées du Canada, observé par les reporters et au milieu de la polémique politique par rapport à la guerre en Afghanistan, le chef d’état-major de la défense Rick Hillier, premier soldat du Canada, assiégé à l’occasion, est toujours résolu, d’un optimisme indéfectible.

Il est optimiste non seulement à propos de la mission en Afghanistan, où le progrès est quotidien dit-il, même s’il est lent et inachevé, mais aussi à propos de l’avenir des Forces canadiennes qui, d’après lui, sont finalement en train de devenir une organisation dont les membres veulent faire partie.

Choisi chef d’état-major de la défense par l’ancien premier ministre Paul Martin et le ministre de la défense d’alors Bill Graham, Hillier s’élançait sous les projecteurs au début 2005 grâce à ses opinions et à son franc-parler, à son charisme vibrant, et il annonçait avec fermeté comment il voyait le renouveau des Forces canadiennes.

Maintenant, après plus de trois ans à un travail où il a beaucoup encaissé, le stress commence à transparaitre. Bien que fameux pour sa bonne humeur accueillante et son charisme affable, lors de ses derniers discours et entretiens, il semblait quelque peu abattu, pas vraiment froid, mais peut-être un peu las. « (Je) savais que (mon mandat en tant que chef d’état-major de la défense) allait être raide », dit-il. « J’avais l’intention qu’il serait raide et court, mais pour l’instant je n’ai pas réussi à le rendre court, alors, ouais, c’est raide. »

Né en 1955 à Campbellton (T.-N.), il s’est engagé dans le militaire après avoir obtenu un diplôme à l’Université Memorial en 1975. Il a servi dans les 8th Canadian Hussars et les Royal Canadian Dragoons en tant qu’officier de blindés, et puis il a monté en grade jusqu’aux postes d’état-major, dont celui de chef d’état-major de l’armée de terre.

Toutefois, rien n’aurait pu le préparer complètement au stress et à l’observation des trois dernières années. Il a déjà servi sous trois ministres de la Défense nationale et deux premiers ministres, et il a enduré d’innombrables petits déchaînements de passions bureaucratiques ou médiatiques qui auraient pu interrompre sa carrière. Et il a fait tout cela avec le sourire qui est devenu sa marque de fabrique. « Je n’ai pas de leçon pour la survie, car je m’y suis vautré moi-même », dit-il en souriant lors d’un entretien qu’il nous accordait. « J’ai travaillé des journées trop longues, fumé trop de cigares et fait tout ce qu’on ne devrait pas faire pour survivre personnellement. »

Il a quand même survécu, bien qu’avec quelques marques. En plus des innombrables petites controverses, il y a une source de stress plus importante : pas moins de 84 soldats, marins et aviateurs canadiens sont morts depuis que Hillier a accepté son poste, le 4 février 2005.

« Je n’ai pas de leçon pour la survie, car je m’y suis vautré moi-même », dit-il en souriant lors d’un entretien qu’il nous accordait. « J’ai travaillé des journées trop longues, fumé trop de cigares et fait tout ce qu’on ne devrait pas faire pour survivre personnellement. »

Ce chiffre comprend les soldats qui sont morts au Canada et ailleurs autour de la terre, mais la grande majorité des morts se sont passées au Kandahar (Afghanistan), à une mission dont il s’est fait le champion et qu’il a supervisée depuis le début, en 2006.

Il croit que, bien que constant, le progrès en Afghanistan est lent et il dit qu’il n’y a « pas assez de développement visible », et que malgré le fait que les talibans ont été affaiblis, ils constituent encore une force de combat mortelle.

Malgré cela, il est confiant que la plus grande partie des combats est terminée et que bientôt, après février 2009, le Canada va pouvoir dédier une plus grande partie de ses forces à l’entrainement des soldats et des policiers afghans, grâce surtout aux équipes de liaison et de mentorat professionnel (ELMP), lesquelles sont composées de soldats canadiens intégrés dans des unités de l’armée et de la police afghanes.

En même temps, le général Hillier reconnait que la stabilisation du Kandahar et la mise en déroute des talibans aura été une mission difficile, surtout à l’endroit qu’il appelle « le triangle de fer », région à l’ouest-sud-ouest de Kandahar, formée par Zhari, Panjwai et Pashmul, où sont nés les talibans et où ont eu lieu la majorité des combats.

Durant les deux dernières années, les Forces canadiennes ont essayé de s’attaquer à ce terrain toutes seules — et conséquemment elles ont joué un rôle où elles se battaient pour repousser les insurgés d’un terrain qu’ils reprenaient aussitôt qu’elles se retiraient — au cours des quelques prochains mois, d’après Hillier, il va y avoir du changement sur le terrain. « En fait, nous n’avions pas suffisamment de soldats pour nous placer à certains endroits tout le temps. Ainsi, nous pouvions nous précipiter, mais ensuite il fallait aller mener une opération ailleurs, alors les talibans pouvaient revenir et ils se permettaient de le faire; en fait, ils le font encore : on ne fait que donner des coups d’épée dans l’eau. »

Toutefois, à l’approche du printemps, un certain nombre de choses ont changé en faveur de la mission de l’OTAN. La plus évidente est l’apport de quelque 3 000 marines américains venus au Kandahar pour travailler avec les Forces canadiennes dans des « opérations synchronisées » comme dit le général Hillier.

Mais en plus, comme il le fait remarquer, il y a quelques innovations qui pour être plus subtiles n’en sont pas moins décisives. Non seulement les fameux Gurkhas népalais opèrent-ils actuellement aux côtés du bataillon canadien dans le Sud en tant que bataillon de réserve, on y prévoit aussi un bataillon de réserve américain pour les opérations. « La possibilité que quatre bataillons ou plus travaillent ensemble au Kandahar pendant une bonne partie de la prochaine saison de campagnes, entre mars et novembre, change la dynamique du tout au tout », dit Hillier. « C’est que les talibans ne pourront pas simplement se retirer ni au district de Maywand, ni à Spin Boldak, ni en Arghandab du Nord parce qu’il va y avoir un bataillon là-bas aussi. Alors tout à coup il ne leur reste plus d’endroit où aller et nous allons avoir une présence beaucoup plus viable au cours des prochains six ou huit mois; et puis ça va permettre aux policiers de faire quelque chose; ça va les rendre plus confiants et ça va nous permettre de progresser davantage parce que nos équipes de formation seront plus nombreuses là-bas. »

Le débat au Canada s’est porté sur ce qui va se passer au-delà des prochains six à huit mois — la prochaine « saison de campagnes » comme beaucoup de gens se plaisent à dire — soit sur 2009 et sur ce qui va arriver à la mission canadienne après l’obligation actuelle de trois ans. Bien que le Parlement a voté au mois de mars de prolonger la mission, en principe, jusqu’en 2011, une bonne partie des détails opérationnels n’ont pas encore été fixés.

« … alors n’essayons pas de diriger en détail une mission sur le terrain en Afghanistan à partir d’ici à Ottawa quand on ne sait pas dans quelle situation elles vont se trouver d’un jour à l’autre. Si on le fait, on prend des risques énormes et on met des hommes et des femmes en très grand danger. Alors donnez-nous la mission et assurez-vous que c’est une mission viable militairement du point de vue des commandants, et puis laissez-nous faire. »

Ce printemps, alors qu’à Ottawa on se demandait surtout si la mission de combat devrait continuer ou s’il fallait la remplacer par le rôle moins agressif et moins dangereux qu’est la formation des forces afghanes, Hillier essayait de recanaliser le débat en demandant au Parlement de confier une mission aux Forces canadiennes qui serait « viable militairement ».

« Actuellement, dans la catégorie formation, nous avons engagé quelque 250 de nos soldats », dit-il, à propos des Canadiens qui font partie du programme d’ELMP. Aussitôt qu’on obtiendra un autre bataillon, ou d’autres soldats, ou encore d’autres policiers, on va prélever davantage d’entraineurs sur notre contingent, et cela voudra dire que moins (de Canadiens) iront se battre. Mais il faut qu’on maintienne cette capacité de réagir, et il faut qu’on continue de poursuivre les chefs. »

Il y aura moins de Canadiens qui se battront parce que, en théorie, les Afghans vont s’occuper d’une bien plus grande partie des combats eux-mêmes, quoique avec l’aide des Canadiens qui font partie des ELMP. Toutefois, la capacité de réagir dont parle Hillier veut dire qu’il faudra une force de combat en réserve formée de soldats canadiens, et il faudra continuer d’envoyer des forces d’opérations spéciales canadiennes à la poursuite des chefs des talibans. De plus, même la distinction entre la formation et le combat n’est pas du tout évidente, comme le remarque le général.

« Quand on déploie les ELMP, c’est avec les bataillons afghans et ça veut dire qu’elles vont au combat elles-mêmes. Alors n’essayons pas de diriger en détail une mission sur le terrain en Afghanistan à partir d’ici à Ottawa quand on ne sait pas dans quelle situation elles vont se trouver d’un jour à l’autre. Si on le fait, on prend des risques énormes et on met des hommes et des femmes en très grand danger. Alors donnez-nous la mission et assurez-vous que c’est une mission viable militairement du point de vue des commandants, et puis laissez-nous faire. »

Hillier affirme que la poursuite des opérations militaires au Kandahar va presque certainement donner lieu à des combats d’une sorte ou d’une autre et que l’ordre politique d’éviter le combat tout en se tenant opérationnel au Kandahar mettrait la mission en danger, et la vie de soldats canadiens également. Il n’a certainement pas tort.

D’un autre côté, au Canada, les Forces canadiennes se trouvent dans un tout autre combat. Ayant été réduites et leurs acquisitions restreintes pendant la période suivant la guerre froide, leur problème actuel, c’est qu’elles grandissent un tout petit peu trop vite. « Notre effectif a été tellement réduit, je crois bien qu’il a atteint un point en dessous de la masse critique », dit Hillier. « Dans un pays aussi grand que le nôtre, où il y a tant de bases et de stations, où il y a tant d’ouvrages à accomplir, tant d’ouvrages en Amérique du Nord dans le cadre du NORAD et tant de missions ailleurs… on était bien en dessous de la masse critique. »

Et vu que les effectifs augmentent rapidement, la pierre d’achoppement contre laquelle Hillier a butté est de former les recrues assez vite. De plus, il dit qu’il y a tant de programmes d’approvisionnement qu’ils vont trop vite pour qu’on puisse s’en occuper comme il faut. « On ne peut pas s’occuper de tous les programmes pour l’équipement qu’on a », dit-il, « et en conséquence, on les ordonne selon leurs priorités et on en met quelques-uns de côté. Par exemple, on aurait aimé s’occuper des voilures fixes de Recherche et sauvetage il y a deux ans, mais ce n’était tout simplement pas possible à cause de tout ce qu’on devait faire, mais on va pouvoir s’en occuper très bientôt […]. »

En fin de compte, le général semble satisfait que son projet concernant la transformation des Forces canadiennes est une réussite, en gros, et il ne semble pas s’inquiéter outre mesure des autres obstacles. En effet, la vision dont il a parlé quand il a obtenu le poste, des Forces canadiennes restructurées, un nouvel équipement, une nouvelle concentration sur les opérations et l’unité des Forces, s’est concrétisée en grande partie et, bien qu’il reste encore du travail à faire, il donne l’impression que les Forces ont finalement tourné la page. « Les gens travaillent dur », dit-il. « Ils ont toujours travaillé dur. Mais le contexte, aujourd’hui, est si différent de celui d’il y a cinq ou 10 ans. Le contexte est si différent qu’on est vraiment en train de construire des Forces comme celles dont veulent faire partie la plupart des gens en uniforme depuis qu’ils se sont engagés. »

Même si Hillier se fait critiquer, presque tous les gens qui s’intéressent au militaire canadien reconnaissent qu’il a eu un effet énorme. « Je pense que c’est le premier chef d’état-major de la défense (depuis longtemps) qui est aussi une personnalité, qui a mis le militaire au premier plan, qui traite avec le gouvernement comme il faut pour obtenir ce dont le militaire a besoin, qui a aussi bien fait comprendre sa vision aux forces » dit Jack Granatstein, un historien et auteur canadien qui, entre autres, a écrit The Generals, une étude du généralat canadien à la Seconde Guerre mondiale.

« Je ne veux pas dire lesquels », dit Granatstein, « mais il y a probablement eu trop de généraux qui ne faisaient que saluer et dire “oui m’sieur”, et qui ne protégeaient pas toujours les intérêts des forces, ce qui n’était probablement pas la meilleure chose à faire pour le militaire. D’un autre côté, il est possible de faire l’inverse. On peut pousser les politiques à faire des choses que le public ne soutient pas et, au bout du compte, les dirigeants, ce sont le premier ministre et les ministres, alors le chef d’état-major peut se faire limoger à n’importe quel moment. Je pense que Hillier a reculé les limites un petit peu, et je pense aussi qu’il a réussi à le faire avec beaucoup de doigté. »

Bien entendu, Hillier va finir par quitter son poste, c’est inévitable, et bien qu’il n’y a pas de terme obligatoire pour un chef d’état-major de la défense, la moyenne est à peu près de trois ans et demi, ces derniers temps. Son prédécesseur, Ray Hénault, a servi trois ans et sept mois, et Maurice Baril, juste avant, pendant presque aussi longtemps. Quant à Hillier, il garde le secret en ce qui concerne ses plans. Et même si à l’occasion des rumeurs courent que sa titularisation touche à sa fin, il disait en riant, lors d’un discours en février, qu’il en était à sa dernière année en tant que chef d’état-major; il disait qu’il allait se joindre aux Maple Leafs de Toronto, pour insérer le « généralat » militaire dans le directeur général.

Le plan de la campagne afghane du général

La mission afghane est on ne peut plus complexe. Il n’y a pas de réponse simple même aux questions élémentaires comme « Que se passe-t-il? » et « Somme-nous en train de gagner? ». Pour répondre à une question sur la guerre en Afghanistan que nous lui avons posée, le chef d’état-major de la défense a essayé de rendre la mission un peu plus compréhensible en nous expliquant comme il faut les trois stades — combat, entrainement et développement — du plan canadien au Kandahar et il a ajouté une évaluation du progrès obtenu. Il expliquait la mission ainsi.

« Voici comment on comprend ça avec des termes simples triangulaires, ce qu’on essaie de faire depuis qu’on est allés là-bas. Voici comment on y est allés, disons. Au début, on s’est concentrés sur la partie qui comprend les combats et ce n’était pas par hasard, vu que les talibans étaient au pouvoir et ils menaçaient tout ce qui se passait et ce qu’on prévoyait faire, et puis les Afghans n’étaient pas capables de s’en occuper, alors on a dû se battre nous-mêmes.

« Le développement était accessoire, surtout parce que le danger était si grand qu’il a fallu qu’on s’y emploie peu à peu. L’entrainement, ce qu’on voulait faire depuis le début, c’était encore moins important parce qu’il n’y avait pas de forces afghanes à entrainer. Et le gouvernement, les aider à gouverner, eh bien, nous, les militaires, nous n’avons pas de capacités importantes pour les aider, mais nous avons quand même employé notre équipe consultative stratégique à Kaboul pour essayer de le faire un peu. Mais si on regarde ce mélange de choses en marche : les Forces canadiennes, les Afghans, et la communauté internationale; c’est là qu’on en était.

« La transition qui nous intéresse c’est vers là où on pourra se concentrer sur l’entrainement, pour que les combats deviennent un composé des combats des ELMP et de nos unités afghanes, de nos forces d’opérations spéciales qui pourchassent les chefs, et cetera; et puis aussi une capacité de réaction ou de réserve, au cas où les choses ne se passent pas bien. Et puis ensuite, on pourra se concentrer davantage sur le développement et on pourra le rendre plus sûr et continuer à s’occuper de la partie qui concerne le gouvernement.

« Ensuite, la troisième partie, c’est celle où le développement prend le plus d’importance. C’est la construction et la partie gouvernementale. La partie qui concerne l’entrainement devient celle où on épaule l’entrainement de l’armée nationale afghane, et la partie concernant les combats devient simplement celle des combats les plus importants des forces spéciales anti-terroristes. Et les Afghans s’occupent de tout le reste.

« Alors il faut aller de l’un à l’autre, et puis au suivant, et on pense que c’est justement là qu’on se trouve. Alors, le problème c’est de savoir combien de temps il faut pour aller complètement de l’un à l’autre, et on travaille là-dessus tous les jours. »

Le pire dans le meilleur emploi du monde

Quand le général Hillier dit qu’il a « le meilleur emploi du monde », il le dit avec tant de conviction qu’on ne peut faire autrement que croire qu’il le croit vraiment; toutefois, quand il parle du pire qu’il y a dans son emploi, sa voix change, il baisse les yeux et il donne l’impression, reconnaissable entre toutes, que ce dont il parle, c’est quelque chose de véridique.

« Il y a toutes sortes de choses qui ne se passent pas comme on voudrait, et tout, mais croyez-moi, quand on a la vie d’hommes et de femmes entre les mains, tout ce qui touche à la bureaucratie habituelle et qui fait que les choses ne se passent pas tout à fait comme on le souhaiterait, quand on fait deux pas en avant et un en arrière, ou même à l’occasion un pas en avant et deux en arrière, toutes ces choses-là ne veulent vraiment plus dire grand-chose.

« Ce qui est vraiment pénible, c’est quand on reçoit un appel au milieu de la matinée, ou au milieu de la nuit — et, autrefois, je disais pour rire avec mes gars que personne ne m’appelle à trois heures du matin pour me dire que j’ai gagné à la loterie, mais ce n’était pas vraiment très drôle — quand le téléphone sonne à trois heures du matin, maintenant, j’en suis au point où je m’assois, je ne me presse pas, je me prépare, parce que je sais ce qu’il y a à l’autre bout. C’est la seule raison pour laquelle les gens m’appellent, parce que nous avons perdu quelqu’un. C’est ça la partie du travail que je ne souhaite à aucun chef d’état-major de la défense.

« (Je) prends (mes) responsabilités avec beaucoup de sérieux; ça veut dire que je vais sans faute voir la famille, et je m’assure qu’elle a notre soutien, qu’elle l’a le plus vite possible. Et comprenez-moi, c’est durant le pire des jours de leur vie que je vais voir ces gens. Toutefois, je ne peux pas vraiment comprendre ce qu’ils endurent parce ce que ça ne m’est jamais arrivé. Je pleure avec eux, mais c’est difficile de sympathiser parce que nous n’avons pas eu la même expérience. On va voir chacune des familles pour leur parler, et je ne les ai pas toutes rencontrées parce que des fois j’étais à l’étranger et je ne pouvais pas revenir assez vite, et on leur dit à quel point on est fier de leur fils ou, dans le cas de Nichola Goddard, de leur fille, et à quel point on est fier qu’ils étaient des militaires, et qu’ils faisaient partie de nous, et qu’ils nous ont si bien servi, et que maintenant notre travail c’est de faire en sorte que la trace de leurs pas dans le sable ne soit jamais effacée. On va les voir pour les inspirer et les aider durant les jours les plus difficiles, les pires de leur vie, et chaque fois ce sont eux qui nous inspirent : grâce à leur force, à leur dignité, à leur courage et à la fierté qu’ils ressentent eux-mêmes pour leur enfant, leur fille, leur mari, leur père. »

Opérations spéciales : Les Hommes en Noir canadiens

Au fur et à mesure que la bataille du Kandahar s’éloigne de la confrontation armée directe, le combat ressemble de plus en plus à celui pour lequel les forces d’opérations spéciales ont été conçues. La Force opérationnelle interarmées 2 — la force anti-terroriste au paroxysme des facultés militaires — se trouve en Afghanistan depuis 2002, et le général confirme que le Régiment d’opérations spéciales du Canada (ROSC) mène actuellement des opérations en Afghanistan aussi. Bien que les détails des opérations sont secrets, le général dit franchement que les forces d’opérations spéciales canadiennes pourchassent les chefs des talibans à travers le Kandahar.

« (Les forces d’opérations spéciales canadiennes) sont un facteur des plus importants. Quand il s’agit de poursuivre et ébranler la cohérence des talibans, c’est-à-dire de maintenir la pression sur leurs commandants, nous sommes des plus efficaces. Nos opérations ne servent pas à attaquer chacun des combattants talibans, car beaucoup d’entre eux sont eux-mêmes des gens qui ont été acculés au combat, qui n’avaient d’autre choix que de prendre les armes parce qu’ils n’avaient pas d’argent pour nourrir leur famille, ou qui ont été forcés de le faire parce que c’était moins dangereux de nous faire face que le contraire. Alors nous ne sommes pas aux trousses de chaque combattant taliban.

« Ce qu’on veut faire, c’est supprimer les commandants qui s’occupent d’orchestrer, de faciliter, de payer, de commander, de planifier et de pousser les gens à nous attaquer ou à attaquer les Afghans ou les innocents. Et c’est sur ça que nos forces spéciales se concentrent. C’est comme ça qu’on détermine les conditions favorables au succès mais, ce qui est tout aussi important pour nous, ça sert à réduire énormément les risques que courent nos hommes et nos femmes.

« J’ai dit (durant un discours récent) qu’on avait débarrassé le champ de bataille de six commandants qui étaient responsables de la mort de 21 soldats canadiens; eh bien, ce chiffre à changé. On a supprimé sept commandants qui étaient responsables de la mort de 27 soldats et, en soit, ça veut dire que ces commandants, qui sont des gens capables, ne sont plus en train de tirer des plans et d’organiser et lancer des attaques contre nous, et encore moins contre les Afghans ou les organismes d’aide.

Le chef d’état major et la Légion royale canadienne

« Je vais toujours porter dans mon cœur le fait que j’étais chef d’état-major de la défense et vice-président honoraire de la Légion durant l’année de l’ancien combattant (2005). Je sais fort bien les efforts que la Légion royale canadienne a faits pour s’assurer que la “trace des pas dans le sable” qu’ont laissé nos anciens combattants ne soit jamais effacée, et ce qu’elle est en train de faire pour s’occuper de nos générations d’anciens combattants plus jeunes. Le soutien de la Légion nous inspire tous. »

Les quatre leçons du général Hillier sur la guerre anti-insurrectionnelle

La guerre anti-insurrectionnelle est notoirement délicate, pleine de stratégies qui peuvent sembler aberrantes et de paradoxes. Pour gagner, le commandant doit bien comprendre les vieilles leçons — on peut gagner toutes les batailles sans toutefois gagner la guerre, mais les insurgés peuvent gagner rien qu’en refusant de perdre, et bien qu’il n’y ait pas de solution militaire au problème de l’insurrection, on ne commande que des forces militaires — tout en essayant de saisir une situation singulière dans toute sa complexité. Alors après plus de deux ans durant lesquels il a dirigé les opérations anti-insurrectionnelles en Afghanistan, voici ce que le chef d’état-major de la défense a appris.

1. « Il faut fixer les gens de la région, qui ne désirent qu’avoir une vie normale, sur notre soutien réel en leur faveur. Et savez-vous, je ne suis même pas sûr que la démocratie telle que nous la connaissons et des normes de vie comme les nôtres soient possibles en Afghanistan. Mais, ma foi, tout ce que les gens de là-bas désirent c’est de vivre sans souffrir de la faim, sans être en danger et que leurs enfants et eux-mêmes ne risquent de se faire tuer quand ils vont quelque part, d’avoir la possibilité d’un avenir qui soit un tout petit peu meilleur, peut-être de pouvoir obtenir des soins, et certainement que leurs enfants aient de l’éducation. Alors il faut être un soutien évident pour les gens et pour ce qu’ils essaient de faire, que ce soit évident dans tout ce qu’on fait, c’est la première partie.

2. « On ne gagne pas une campagne anti-insurrectionnelle par la force militaire. Ce qu’il faut faire, c’est contrer les insurgés, dans ce cas-ci, les talibans; on les empêche d’arrêter ou même de freiner le progrès, bien que des fois ils réussissent à le freiner, mais on les empêche de l’arrêter, jusqu’à ce qu’on ait réussi à construire le pays autour d’eux. Le point où la réussite est assurée est difficile à voir, mais d’après moi c’est subjectif. Alors, maintenant, s’il y a une grosse explosion à Kaboul, les gens se demandent si le gouvernement afghan se maintient encore, s’il est encore là. Car, voyez-vous, la confiance est encore fragile. À un moment donné, l’Afghanistan va devenir comme les autres pays, elle aura encore des problèmes de violence, mais quand ils auront lieu, personne ne s’inquiétera que ça donne lieu à toute une série d’événements et que ça fasse tomber le gouvernement, parce qu’ils auront confiance que leur gouvernement sera capable de s’en occuper. Et c’est là où il faut en venir.

3. « Lorsqu’on construit les institutions en Afghanistan, malgré l’insurrection, il faut le faire à l’image des Afghans. Ce n’est pas ce que nous voulons comme solution. C’est celle qu’ils veulent. Ainsi, de quoi leurs unités auront l’air, et comment leur police va fonctionner, et où ils veulent un pont ou un puits, ce n’est pas toujours évident pour nous, alors on doit se rappeler constamment que c’est leur pays et qu’ils seront encore là dans 50 ans, pas nous, alors il faut s’assurer que ce soit non seulement l’image afghane, mais que la philosophie soit afghane, que la construction soit afghane, et que des Afghans participent au mécanisme décisionnel et puis ensuite qu’ils prennent ces décisions eux-mêmes en tenant compte de la compréhension précise de leur pays, de leur population et de leur système qu’ils ont.

4. « D’après nous, pour contrer l’insurrection, il faut des soldats, des marins et des aviateurs et aviatrices professionnels comme on n’en a jamais eu besoin auparavant. Cela nécessite une direction au niveau le plus bas. Des jeunes gens sur lesquels nous comptons pour faire des choses phénoménales, dans un chemin poussiéreux et dangereux, loin de toute autre unité, avec des Afghans de la place… Les militaires qu’il faut pour ça sont des professionnels absolument incroyables et, d’après moi, (l’Afghanistan) a confirmé que nos gens en uniforme sont vraiment des professionnels.